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COMMENTAIRE


DE LA HUITIÈME MÉDITATION




La nuit est le livre mystérieux des contemplateurs, des amants et des poëtes. Eux seuls savent y lire, parce qu’eux seuls en ont la clef. Cette clef, c’est l’infini. Le ciel étoilé est la révélation visible de cet infini. L’œil n’y cherche pas seulement la vérité, mais il y cherche l’amour, surtout l’amour évanoui ici-bas. Ces lueurs sont des âmes, des regards, des silences pleins de voix connues. Qui n’a pas senti cela n’a jamais aspiré, aimé, regretté dans sa vie.

J’écrivis cette Méditation sur un étang des bois de Montculot, château de ma famille, dans ces hautes montagnes de Bourgogne, à quelque distance de Dijon, pendant ces belles nuits de l’été, où l’ombre immobile des peupliers frissonne de temps en temps au bord de l’eau transparente, comme au passage d’une ombre. Je détachais la barque du rivage, et je me laissais dériver au hasard, ou échouer au milieu des ajoncs. Ce lieu, que j’ai été obligé de vendre, m’est resté sacré. J’y ai tant lu, tant rêvé, tant soupiré, tant aimé, depuis l’âge de onze ans jusqu’à l’âge d’homme ! J’ai vendu le château, mais pas les mémoires ; les bois, mais pas l’ombre ; les eaux, mais pas les murmures. Tout cela est dans mon cœur, et ne mourra qu’avec moi.