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MÉDITATIONS POÉTIQUES.

Ainsi l’homme, courbé sous le poids des années,
Pleure son doux printemps, qui ne peut revenir.
« Ah ! rendez-moi, dit-il, ces heures profanées !
» Ô dieux ! dans leur saison j’oubliai d’en jouir. »
Il dit : la mort répond ; et ces dieux qu’il implore,
Le poussant au tombeau sans se laisser fléchir,
Ne lui permettent pas de se baisser encore
Pour ramasser ces fleurs qu’il n’a pas su cueillir.


Aimons-nous, ô ma bien-aimée !

Et rions des soucis qui bercent les mortels.
Pour le frivole appât d’une vaine fumée,
La moitié de leurs jours, hélas ! est consumée

Dans l’abandon des biens réels.


À leur stérile orgueil ne portons point envie ;
Laissons le long espoir aux maîtres des humains !

Pour nous, de notre heure incertains,

Hâtons-nous d’épuiser la coupe de la vie

Pendant qu’elle est entre nos mains.

Soit que le laurier nous couronne,

Et qu’aux fastes sanglants de l’altière Bellone
Sur le marbre ou l’airain on inscrive nos noms ;
Soit que des simples fleurs que la beauté moissonne

L’amour pare nos humbles fronts,

Nous allons échouer, tous, au même rivage.

Qu’importe, au moment du naufrage,

Sur un vaisseau fameux d’avoir fendu les airs,

Ou sur une barque légère
D’avoir, passager solitaire,

Rasé timidement le rivage des mers ?