Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 1.djvu/398

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
396
MÉDITATIONS

Il voit les passions, sur une onde incertaine,
De leur souffle orageux enfler la voile humaine.
Mais ces vents inconstants ne troublent plus sa paix ;
Il se repose en Dieu, qui ne change jamais ;
Il aime à contempler ses plus hardis ouvrages,
Ces monts vainqueurs des vents, de la foudre et des âges,
Où dans leur masse auguste et leur solidité
Ce Dieu grava sa force et son éternité.
À cette heure où, frappé d’un rayon de l’aurore,
Leur sommet enflammé que l’orient colore,
Comme un phare céleste allumé dans la nuit,
Jaillit étincelant de l’ombre qui s’enfuit,
Il s’élance, il franchit ces riantes collines
Que le mont jette au loin sur ses larges racines,
Et, porté par degrés jusqu’à ses sombres flancs,
Sous des pins immortels il s’enfonce à pas lents :
Là, des torrents séchés le lit seul est la route ;
Tantôt les rocs minés sur lui pendent en voûte,
Et tantôt, sur leurs bords tout à coup suspendu,
Il recule étonné : son regard éperdu
Jouit avec horreur de cet effroi sublime,
Et sous ses pieds longtemps voit tournoyer l’abîme.
Il monte, et l’horizon grandit à chaque instant ;
Il monte, et devant lui l’immensité s’étend
Comme sous le regard d’une nouvelle aurore ;
Un monde à chaque pas pour ses yeux semble éclore,
Jusqu’au sommet suprême où son œil enchanté
S’empare de l’espace, et plane en liberté.
Ainsi lorsque notre âme, à sa source envolée,
Quitte enfin pour toujours la terrestre vallée,
Chaque coup de son aile, en l’élevant aux cieux,
Élargit l’horizon qui s’étend sous ses yeux ;
Des mondes sous son vol le mystère s’abaisse ;
En découvrant toujours, elle monte sans cesse,