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MÉDITATIONS


Mon cœur revient à Dieu plus docile et plus tendre,
Et, de ses châtiments perdant le souvenir,
Comme un enfant soumis n’ose lui faire entendre
Qu’un murmure amoureux pour se plaindre et bénir.

Que le deuil de mon âme était lugubre et sombre !
Que de nuits sans pavots, que de jours sans soleil !
Que de fois j’ai compté les pas du temps dans l’ombre,
Quand les heures passaient sans mener le sommeil !

Mais loin de moi ces temps ! que l’oubli les dévore !
Ce qui n’est plus pour l’homme a-t-il jamais été ?
Quelques jours sont perdus ; mais le bonheur encore
Peut fleurir sous mes yeux comme une fleur d’été !

Tous les jours sont à toi : que t’importe leur nombre ?
Tu dis ; le temps se hâte, ou revient sur ses pas.
Eh ! n’es-tu pas celui qui fit reculer l’ombre
Sur le cadran rempli d’un roi que tu sauvas ?

Si tu voulais, ainsi le torrent de ma vie,
À sa source aujourd’hui remontant sans efforts,
Nourrirait de nouveau ma jeunesse tarie,
Et de ses flots vermeils féconderait ses bords ;

Ces cheveux dont la neige, hélas ! argente à peine
Un front où la douleur a gravé le passé,
L’ombrageraient encor de leur touffe d’ébène,
Aussi pur que la vague où le cygne a passé ;

L’amour ranimerait l’éclat de ces prunelles,
Et ce foyer du cœur, dans les yeux répété,
Lancerait de nouveau ces chastes étincelles
Qui d’un désir craintif font rougir la beauté.