Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 1.djvu/420

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
418
MÉDITATIONS


S’éveiller le cœur pur, au réveil de l’aurore,
Pour bénir, au matin, le Dieu qui fait le jour ;
Voir les fleurs du vallon sous la rosée éclore,

Comme pour fêter son retour ;


Respirer les parfums que la colline exhale,
Ou l’humide fraîcheur qui tombe des forêts ;
Voir onduler de loin l’haleine matinale

Sur le sein flottant des guérets ;


Conduire la génisse à la source qu’elle aime,
Ou suspendre la chèvre au cytise embaumé,
Ou voir les blancs taureaux venir tendre d’eux-même

Leur front au joug accoutumé ;


Guider un soc tremblant dans un sillon qui crie,
Du pampre domestique émonder les berceaux,
Ou creuser mollement, au sein de la prairie,

Les lits murmurants des ruisseaux ;


Le soir, assis en paix au seuil de la chaumière,
Tendre au pauvre qui passe un morceau de son pain,
Et, fatigué du jour, y fermer sa paupière

Loin des soucis du lendemain ;


Sentir sans les compter, dans leur ordre paisible,
Les jours suivre les jours, sans faire plus de bruit
Que ce sable léger dont la fuite insensible

Nous marque l’heure qui s’enfuit ;


Voir de vos doux vergers sur vos fronts les fruits pendre
Les fruits d’un chaste amour dans vos bras accourir,
Et, sur eux appuyé, doucement redescendre :

C’est assez pour qui doit mourir.