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PRÉFACE GÉNÉRALE.

cris justes du cœur. Mais si l’âme suffit pour sentir, elle ne suffit pas pour exprimer. Le temps m’a manqué pour une œuvre parfaite, parce que j’ai dilapidé le temps, ce capital du génie.

Prodigue du temps, il est juste que l’avenir me manque. Je m’en afflige, mais ne m’en plains pas.

Le seul mérite de cet immense recueil de mes œuvres, ce sera d’être une faible partie de l’histoire intellectuelle, poétique, littéraire, philosophique, politique, des années qui se sont écoulées de 1820 à 1860, presque un demi-siècle. Ces volumes ne sont pas un monument, ce sont des traces, des pierres milliaires marquées de mon nom et laissées sur la route du temps pour mesurer les pas de la pensée. Ce demi-siècle a passé par les mêmes traces que moi ; j’ai noté les miennes en vers, en prose, en harangues, en actions plus ou moins mémorables ; les autres n’ont pas noté leur passage dans la vie. Voilà toute la différence.

Puisse le public ne pas se tromper au mobile qui me fait revenir sur ces traces de mes sentiments ou de mes idées ; c’est un sacrifice du devoir, très-pénible, mais très-obligatoire.

Ne pouvant pas vendre de la terre, je vends de l’amour-propre : car je ne prétends pas me glorifier de ces œuvres.

Certes j’aimerais mille fois mieux prendre toutes ces pages sans les relire et sans provoquer personne à les relire ;