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DE LA POÉSIE.

plus de sa forme artificielle, elle n’a presque plus de forme qu’elle-même. À mesure que tout s’est spiritualisé dans le monde, elle aussi se spiritualise. Elle ne veut plus de mannequin, elle n’invente plus de machine ; car la première chose que fait maintenant l’esprit du lecteur, c’est de dépouiller le mannequin, c’est de démonter la machine et de chercher la poésie seule dans l’œuvre poétique, et de chercher aussi l’âme du poëte sous sa poésie.

Mais sera-t-elle morte pour être plus vraie, plus sincère, plus réelle qu’elle ne le fut jamais ? Non sans doute ; elle aura plus de vie, plus d’intensité, plus d’action qu’elle n’en eut encore ! et j’en appelle à ce siècle naissant qui déborde de tout ce qui est la poésie même, amour, religion, liberté, et je me demande s’il y eut jamais dans les époques littéraires un moment aussi remarquable en talents éclos et en promesses qui écloront à leur tour. Je le sais mieux que personne, car j’ai été souvent le confident inconnu de ces mille voix mystérieuses qui chantent dans le monde ou dans la solitude, et qui n’ont pas encore d’écho dans leur renommée. Non, il n’y eut jamais autant de poëtes et plus de poésie qu’il y en a en France et en Europe au moment où j’écris ces lignes, au moment où quelques esprits superficiels ou préoccupés s’écrient que la poésie a accompli ses destinées, et prophétisent la décadence de l’humanité. Je ne vois aucun signe de décadence dans l’intelligence humaine, aucun symptôme de lassitude ni de vieillesse ; je vois des institutions vieillies qui s’écroulent, mais des générations rajeunies que le souffle de vie tourmente et pousse en tout sens, et qui reconstruiront sur des plans inconnus cette œuvre infinie que Dieu a donnée à faire et à refaire sans cesse à l’homme, sa propre destinée. Dans cette œuvre, la poésie a sa place, quoique Platon voulût l’en bannir. C’est elle qui plane sur la société et qui la juge, et