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DE LA POÉSIE.

entre cette nature et lui ; c’est à nous de lui en servir, et de lui expliquer, par ses sentiments rendus dans sa langue, ce que Dieu a mis de bonté, de noblesse, de générosité, de patriotisme et de piété enthousiaste dans son cœur. Toutes les époques primitives de l’humanité ont eu leur poésie ou leur spiritualisme chanté : la civilisation avancée serait-elle la seule époque qui fît taire cette voix intime et consolante de l’humanité ? Non sans doute ; rien ne meurt dans l’ordre éternel des choses, tout se transforme : la poésie est l’ange gardien de l’humanité à tous ses âges.

Il y a un morceau de poésie nationale dans la Calabre, que j’ai entendu chanter souvent aux femmes d’Amalfi en revenant de la fontaine. Je l’ai traduit autrefois en vers, et ces vers me semblent s’appliquer si bien au sujet que je traite, que je ne puis me refuser à les insérer ici. C’est une femme qui parle :

Quand, assise à douze ans à l’ombre du verger,
Sous les citrons en fleur ou les amandiers roses,
Le souffle du printemps sortait de toutes choses,
Et faisait sur mon cou mes boucles voltiger,
Une voix me parlait, si douce au fond de l’âme
Qu’un frisson de plaisir en courait sur ma peau.
Ce n’était pas le vent, la cloche, le pipeau,
Ce n’était nulle voix d’enfant, d’homme ou de femme ;

C’était vous, c’était vous, ô mon ange gardien,
C’était vous dont le cœur déjà parlait au mien !

Quand plus tard mon fiancé venait de me quitter,
Après des soirs d’amour au pied du sycomore,
Quand son dernier baiser retentissait encore
Au cœur qui sous sa main venait de palpiter,