Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 10.djvu/430

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le fleuve. M. de Rulhières, qui commandait cette gendarmerie, ayant rassemblé ses officiers pour leur communiquer cet ordre, ils répondirent tous que leurs soldats les abandonneraient, et que, pour conserver une apparence d’empire sur eux et pour prévenir une défection éclatante, il fallait les éloigner du champ de bataille et les porter sur un autre point. « Lâches que vous êtes ! s’écria un de ces officiers indigné en s’adressant à ses cavaliers, si vous ne voulez que courir, allez aux Champs-Élysées, il y a de la place. » Au moment de ce flottement des esprits, la foule des fuyards, qui s’échappait du Carrousel sous le feu des Suisses, faisait irruption dans la cour du Louvre, se jetait dans les rangs, entre les jambes des chevaux, en criant : « On massacre nos frères ! » À ces cris, la gendarmerie se débanda, prit par pelotons la porte qui conduit à la rue du Coq, et se sauva au galop par toutes les rues voisines du Palais-Royal.


XIII

Les Suisses étaient vainqueurs, les cours vides, les canons repris ; le silence régnait autour des Tuileries. Les Suisses rechargèrent leurs armes et reformèrent leurs rangs à la voix de leurs officiers. Les gentilshommes entourant le maréchal de Mailly le conjuraient de former une colonne d’attaque de toutes les forces disponibles qui restaient au château, de se porter au Manége avec du canon, d’y rallier les cinq cents hommes de l’escorte du roi encore en bataille