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COMMENTAIRE


DE LA TROISIÈME HARMONIE




Cette Harmonie fut écrite à Montenero, comme la précédente, pendant une halte de toute une journée sous les chênes verts de ce beau cap. Elle fut notée sur les feuilles blanches d’une belle édition in-quarto de Pétrarque que je portais souvent avec moi. Au moment où je détachais ces feuilles, elles me furent enlevées par le vent violent du soir qui s’élève de Limone, et qui souffle par rafale à la mer. Elles tourbillonnèrent un moment au-dessus de moi, et retombèrent à mille pieds sous la concavité du cap. Je les crus englouties par les lames. Je les regrettai un moment, puis je retournai prendre mon cheval à la locanda, et je n’y pensai plus.

Le surlendemain, une jolie enfant à demi nue, fille d’un pauvre ramasseur de coquillages des faubourgs de Livourne, me les rapporta, toutes trempées de l’eau salée. Elle me dit que son père les avait trouvées surnageant sur l’écume au bas du cap de Montenero ; qu’il les avait fait lire aux capucins du couvent ; que les capucins, ne comprenant pas cette langue, avaient dit qu’il