Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 32.djvu/14

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le général Leclerc ? Telle était sa faveur auprès de lui qu’on pouvait dire :

Les vainqueurs sont jaloux du bonheur des vaincus.
est la terreur des noirs.

» Une émeute avait-elle éclaté, c’était lui que Toussaint envoyait, non pour apaiser mais pour châtier ; à son approche tout tremblait, il n’y avait aucune grâce à espérer. Dessalines est brave, mais n’a aucune instruction ; il est général en chef… Qui a pu décider sa défection ? Il ne faut pas en douter : l’arrestation de Toussaint. Cependant je ne puis croire qu’il puisse longtemps se conserver dans sa place avec si peu de moyens. Pour gouverner il faut plus que du courage et des moyens violents. Violentum nihil durabile.

» Maurepas est âgé de quarante ans ; il est né a Saint-Domingue, et y a été assez bien élevé ; il parle avec beaucoup de grâce et de précision. Bien fait de sa personne, gentil, même coquet, splendide en tout, d’une bravoure éprouvée et possédant l’art militaire au dernier point. Il lit beaucoup et a une bibliothèque choisie. Il aime la nation française autant qu’il déteste les Anglais. Il n’a jamais voulu séparer son sort de celui de Toussaint ; aussi nous a-t-il fait plus de mal à lui seul que tous les généraux de Toussaint. Lorsqu’il se soumit on lui conserva le commandement du port de Paix ; j’ai servi sous ses ordres. Il avait dans cette ville une maison qui aurait été belle à Paris. Rien n’avait été oublié pour l’embellir et la décorer. Elle devait avoir coûté des sommes immenses. J’ai constamment mangé à sa table. Dans les commencements, je ne revenais pas de mon étonnement de lui voir cette aisance à