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DES ESCLAVES.

divin distributeur des destinées sociales les ait ordonnées ainsi, qu’il faille retenir une partie, une moitié de la race qu’il a créée, dans les souffrances physiques. D’accord avec les colons, même sur le principe de l’émancipation, sur l’indemnité et sur les avantages du travail libre. Le gouvernement n’a, pour obtenir le résultat de l’émancipation, qu’a discuter avec les colons le chiffre de l’indemnité, qu’à garantir aux colons des travailleurs libres, et enfin qu’à se décider par des enquêtes et par l’exemple de l’Angleterre entre une émancipation partielle et progressive et une émancipation totale et immédiate. Quand une fois le pays et le gouvernement auront cette foi généreuse dans un principe, cette conscience irrésistible d’un grand devoir à accomplir à tout prix, voilà donc les trois questions qu’il aura à résoudre : garantir aux colons des travailleurs libres après la mesure de l’émancipation, émanciper entièrement ou progressivement, enfin indemniser suffisamment. Les deux premières questions sont purement administratives et expérimentales. Nous pensons, nous, et en cela nous sommes heureusement d’accord avec les colons, que l’émancipation entière et immédiate est celle qui présente le plus de chances favorables et dans l’intérêt de l’humanité et dans l’intérêt des colons. Dans l’intérêt de l’humanité, parce que les esclaves à demi rachetés resteraient pour l’autre partie de leur temps sous la verge et sous l’arbitraire du maître, qui pourrait les surcharger de travail et se venger de cette demi-liberté conquise sur ses intérêts. Dans l’intérêt des colons, parce que le rachat partiel et successif, en privant le maître d’une partie de ses droits sur l’esclave, donnerait lieu à des contestations sans nombre, et laisserait une foule d’intérêts indirects sans compensation ! La question de la quotité de l’indemnité resterait donc seule à résoudre. Elle présente sans doute des difficultés ; elle ne se réglera jamais à l’amiable ; le haut arbitrage de la métropole sera nécessaire ; des controverses sans terme viendront compliquer et obscurcir les droits mutuels de l’état des colons et de l’esclave. Mais si nous examinons cette question de l’indemnité autour d’une haute et impartiale raison, si nous appelons à cet examen et la morale des philosophes et la conscience de l’humanité et la pratique de l’homme d’État, cette question devient claire et se résout ainsi, selon moi.

Le colon dit : « Mes esclaves sont ma propriété aussi légitime, aussi inviolable que votre maison, ou votre champ ; car je les ai achetés ou reçus en héritage sous la garantie de la même loi. »

Nous disons, et l’esclave dit avec nous ; « Aucune loi ne peut donner à l’homme la propriété de l’homme ; car la loi n’est que la sanction de la justice ; car aucune conscience humaine ne peut légitimer l’esclavage ; car nul n’est obligé de ratifier une loi qui le prive des droits donnés par la nature. »

Quelle sera donc la solution ?

La voici : C’est qu’une compensation est due pour le redressement de