Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 32.djvu/178

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
177
DES ESCLAVES.

déchirée, comme le vêtement du martyr, pendant un demi-siècle, était devenue une loi de son pays, et bientôt serait infailliblement une loi de l’humanité ! Le saint vieillard, absorbé déjà dans les pensées éternelles, et qui depuis longtemps n’avait pas proféré une parole, parut se ranimer comme une flamme remuée sous la cendre ; il joignit ses mains amaigries par la vieillesse et consumées par le zèle, il les éleva vers le ciel, d’où lui était venu le courage et d’où lui venait enfin la victoire ; il bénit Dieu ; il s’écria comme l’auteur des choses : « Ce que j’ai fait est bien ! Je meurs content. » Et son esprit monta peu d’instants après dans l’éternité, emportant avec lui devant Dieu les chaînes brisées d’un million d’hommes !

Messieurs, ayons toujours devant les yeux cet exemple de la patience triomphant des injustices et des préjugés du temps, et demandons à Dieu qu’un demi-siècle de travaux et de calomnies nous mérite un pareil jour.

Je demande à porter à mon tour un toast analogue aux sentiments qui nous unissent tous. Messieurs, à l’unité des peuples, à l’unité des idées, par les religions, par les moyens de communication intellectuelle, les langues ; par les moyens de communication matérielle, les chemins de fer ; à l’unité qui centuple les forces du genre humain par la puissance de l’association, et qui prépare l’unité divine, c’est-à-dire la confraternité de toutes les races et de tous les hommes !

fin de l’émancipation des esclaves.