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RAPHAËL

jaunes des peupliers, des prairies, des moissons. Quelques plateaux un peu plus élevés, qui furent autrefois des îles, se renflent au milieu de cette vallée marécageuse. Ils portent des maisons couvertes de chaume noyées sous les branches. Au delà de ce bassin desséché, le mont du Chat, plus nu, plus roide et plus âpre, plonge a pic ses pieds de roche dans l’eau du lac du Bourget plus bleu que le firmament où il plonge sa tête. Ce lac, d’environ six lieues de longueur sur une largeur qui varie d’une à trois lieues, est profondément encaissé du côté de la France. Du côté de la Savoie, au contraire, il s’insinue sans obstacle dans des anses et dans de petits golfes entre des coteaux couverts de bois, de treillis, de vignes hautes, de figuiers. Ces arbres trempent’leurs feuilles dans ses eaux. Le lac s’étend à perte de vue et va mourir au pied des rochers de Châtillon, qui s’ouvrent pour laisser s’écouler ce trop-plein du lac dans le Rhône. L’abbaye de Haute-Combe, tombeau des princes de la maison de Savoie, s’élève sur un contre-fort de granit au nord ; elle jette l’ombre de ses vastes cloîtres sur les eaux du lac. Abrité tout le jour du soleil par la muraille du mont du Chat, cet édifice rappelle, par l’obscurité qui l’environne, la nuit éternelle dont il est le seuil pour ces princes descendus du trône dans ses caveaux. Seulement, le soir, un rayon du soleil couchant frappe et se réverbère un moment sur ses murs comme pour montrer le port de la vie aux hommes ; à la fin du jour. Quelques barques de pêcheur glissent silencieusement sur les eaux profondes sous les falaises de la montagne. La vétusté de leurs bordages les fait confondre par leur couleur avec la teinte sombre des rochers. Des aigles aux plumes grisâtres planent sans cesse au-dessus des rochers et des barques comme pour disputer leur proie aux filets ou pour fondre sur les oiseaux pêcheurs qui suivent le sillage de ces bateaux le long du bord.