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RAPHAËL

du lac et des forêts sous les piliers croulants, dans les nefs démantelées et sous les voûtes déchirées de la vieille église vide de l’abbaye, qu’il n’y avait autrefois de lueurs de cierges, de vapeur d’encens et de chants monotones dans les cérémonies et dans les processions qui les remplissaient jour et nuit. La nature est le grand prêtre, le grand décorateur, le grand poëte sacré et le grand musicien de Dieu. Le nid d’hirondelles où les petits appellent et saluent le père et la mère, sous la corniche ébréchée du vieux temple ; les soupirs du vent du lac qui semblent apporter sous les cloîtres dépeuplés de la montagne les palpitations de la voile, les gémissements de la vague, les dernières notes des chants des pêcheurs ; les émanations embaumées qui traversent par moments la nef ; les fleurs qui l’effeuillent et dont les étamines pleuvent sur les tombes, le balancement des draperies vertes qui tapissent les murs, l’écho sonore et répercuté des pas du visiteur sur les souterrains où dorment les morts : tout cela est non moins pieux, non moins recueilli, non moins infini d’impressions que l’était jadis le monastère dans toute sa splendeur sacrée. S’il y a des hommes de moins avec leurs misérables passions rapetissées par l’étroite enceinte où ils les avaient confinées et non ensevelies, il y à Dieu de plus, jamais aussi visible et aussi sensible que dans la nature, Dieu dont la splendeur sans ombre semble rentrer dans ces tombeaux de l’esprit, avec les rayons de soleil et avec la vue du firmament, que des voûtes n’interceptent plus.

XXIV

Je n’étais pas en ce moment assez maître de mes pensées pour me rendre compte de ces vagues réflexions.