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RAPHAËL

pôt fidèle de l’éternité où tout se retrouve, même le souffle qu’on vient de respirer et la minute qu’on croit avoir perdue.

Jamais peut-être depuis la création de ces lacs, de ces torrents et de ces granits, des élans de cœur aussi tendres et aussi enflammés ne s’étaient élevés de ces montagnes vers Dieu. Il y avait dans nos âmes assez de vie et assez d’amour pour animer toute cette nature, eaux, ciel, terre, arbres, rochers, et pour leur faire rendre des soupirs, des ardeurs, des étreintes, des voix, des cris, des parfums, des flammes capables de remplir le sanctuaire entier d’une nature plus vaste et plus vide encore que celle où nous nous égarions. Un globe n’eût-il été créé que pour nous seuls, nous seuls aurions suffi à le peupler, à lui donner la vie, la parole, la bénédiction pendant une éternité ! Et qu’on dise que l’âme humaine n’est pas infinie ! Et qui donc a senti les bornes de sa puissance d’exister et d’aimer, auprès d’une femme adorée, en face de la nature et du temps, et sous l’œil des étoiles ? Ô amour ! que les lâches te craignent et que les méchants te proscrivent ! Tu es le grand prêtre de ce monde, le révélateur de l’immortalité, le feu de l’autel ! et sans ta lueur l’homme ne soupçonnerait pas l’infini !

XLIV

Ces six semaines furent pour moi un baptême de feu qui transfigura mon âme et la purifia. L’amour fut le flambeau qui en m’embrasant m’éclaira à la fois la nature, ce monde, moi-même et le ciel. Je compris le néant de cet univers en voyant combien il disparaissait devant une seule étincelle de la véritable vie. Je rougis de moi-même en me regardant dans le passé et en me comparant à la pureté et à la