Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 32.djvu/343

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
342
RAPHAËL

CXVI

Ainsi s’écoulèrent, sans autre diversité que celle de mes études et de nos impressions, les mois délicieux de l’hiver.

Ils touchaient à leur fin. Déjà les premières splendeurs du printemps entreluisaient au sommet des toits, sur le dédale humide et obscur des rues de Paris. Mon ami V***, rappelé par sa mère, partit. Il me laissa seul dans la petite chambre où il m’avait reçu. V*** devait revenir en automne. Il avait payé ce logement pour l’année entière. Absent, il me laissait encore sa fraternelle hospitalité. Je le vis partir avec un serrement de cœur. Je n’aurai plus personne à qui parler de Julie. Mes sentiments allaient peser sur mon cœur d’un poids d’autant plus lourd que je ne les déposerais plus dans un autre cœur. Quand c’était un poids de bonheur, je pouvais encore le soulever. Mais bientôt il devint un poids d’angoisses qu’il m’était impossible de confier à personne, et encore moins à celle que j’aimais.

CXVII

Ma mère m’écrivit que les désastres inattendus de fortune et des gênes domestiques avaient frappé notre famille avec une telle âpreté du sort que la maison paternelle, autrefois si large, si ouverte et si hospitalière, était devenue une indigence relative qui forçait mon pauvre père à me retrancher la moitié de ma pension, pour suffire, avec bien de la peine, à l’entretien et à l’éducation des six autres enfants.