Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 32.djvu/373

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RAPHAËL

rerait. Je ne sortirais qu’a la nuit tombée. Je monterais par le dehors de la ville jusqu’à la maison du vieux médecin. J’entrerais par la porte du jardin ouverte sur la campagne. Je passerais les heures solitaires du soir dans de délicieux entretiens. Je serais heureux de souffrir cette gêne et cette humiliation mille fois récompensées par ces heures bénies. Je concilierais ainsi, pensais-je en moi-même, ce que je devais de respect au sacrifice fait par ma pauvre mère et de culte à l’image que je venais adorer.

CXXXV

Par une pieuse superstition de l’amour, j’avais mesuré mes pas sur ma longue route à pied, de manière à arriver de l’autre côté du mont du Chat, à l’abbaye de Haute-Combe, le jour anniversaire de celui où le miracle de notre première rencontre et de la révélation de nos deux cœurs s’était fait dans la pauvre auberge des pêcheurs, au bord du lac. Il me semblait que les jours avaient des destinées comme les autres choses humaines, et qu’en retrouvant le même soleil, le même mois, la même date, dans le même lieu, je retrouverais une partie de celle que je regrettais. Ce serait un augure du moins de notre prochaine et longue réunion.

CXXXVI

Du bord des rampes à pic qui descendent du sommet du mont du Chat vers le lac, j’apercevais déjà, à ma gauche, les vieilles ruines et les longues ombres de l’abbaye qui se