Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 32.djvu/6

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rer. Il faut absolument, ajoutai-je, que vos appels à l’abolition de l’esclavage des noirs soient combinés avec la reconnaissance d’une indemnité due aux colons ; il faut que les deux mesures soient simultanées pour être vraiment humaines ; il faut vous présenter aux colonies la liberté dans une main, l’indemnité dans l’autre ; et que vous ménagiez la transition de l’esclavage au travail libre, de manière à ce que ce bienfait pour les uns ne soit pas une ruine et une catastrophe pour les autres ; il ne faut pas qu’une goutte de sang tache par votre faute cette grande réhabilitation de l’humanité.»

Ces idées et ces mesures furent adoptées par l’immense majorité des partisans de l’abolition de l’esclavage. L’Angleterre, qui sait si bien introduire le principe moral dans ses actes administratifs, sollicitée depuis quarante ans par la voix sainte et obstinée de Wilberforce, venait de nous devancer. Elle avait fait pour ses colonies à esclaves ce que je demandais pour les nôtres ; elle avait donné généreusement à ses colons une indemnité de cinq cents millions, prix d’une vente rachetée dans les lois.

Nous ne cessâmes pas pendant plusieurs années de provoquer la France à imiter ce noble exemple de l’Angleterre ; la tribune retentissait de nos discours (je donne ici quelques-uns des miens pour faire comprendre la question). On nous répondait par des applaudissements qui ne coûtent rien et par des ajournements qui promettent tout sans rien tenir ; nous marchions ainsi les yeux bandés vers un cataclysme des colonies ; car si l’émancipation, au lieu de s’accomplir sous la main prudente, forte et pleine d’or d’un gouvernement, venait à s’accomplir par l’insurrection, par la propagande anglaise,