Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/220

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Faress : c’était l’amour qu’il commençait à ressentir pour Hafza, la femme d’Aloïan, qui l’avait soigné ; cet amour fut bientôt partagé. — Un jour Aloïan, qui n’avait aucun soupçon, chargea Faress d’escorter sa mère, sa femme et ses deux enfants jusqu’à un nouveau campement, pendant que de son côté il allait à la chasse. Faress ne put résister à cette funeste occasion ; il chargea la tente sur un chameau, y plaça la mère avec les deux petits enfants et les envoya en avant, disant qu’il suivrait bientôt avec Hafza à cheval. Mais la vieille se retourna longtemps en vain, Hafza n’arriva point ; Faress l’avait emmenée sur une jument d’une extrême vitesse jusque dans sa tribu. — Le soir, Aloïan arriva, fatigué de la chasse ; il chercha en vain sa tente parmi celles de sa tribu. — La vieille mère n’avait pu la dresser seule ; il la trouva assise par terre avec les deux enfants. — « Et où est Hafza ? dit-il. — Je n’ai vu ni Hafza ni Faress, répondit-elle ; je les attends depuis ce matin. » — Alors, pour la première fois, il soupçonna la vérité ; et ayant aidé sa mère à dresser la tente, il partit sur son dromadaire noir et courut deux jours, jusqu’à ce qu’il eût rejoint la tribu de Faress.

À l’entrée du camp, il s’arrêta chez une vieille femme qui vivait seule. « Que n’allez-vous chez le scheik ? lui dit-elle ; il y a fête aujourd’hui ; Faress-Ebn-Mehidi, qui avait été laissé sur un champ de bataille et pleuré pour mort, est revenu, ramenant avec lui une belle femme ; ce soir on fait la noce. » Aloïan dissimula et attendit la nuit. Lorsque tout dort, il s’introduit dans la tente de Faress, d’un coup de sabre lui sépare la tête du tronc, et emporte le cadavre hors des tentes ; revenant sur ses pas, il trouve sa