Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/23

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les tentatives prématurées de ses amis. La barbare déloyauté du kiaia de Soliman-Pacha fut plus puissante enfin sur lui que les conseils de la prudence. Milosch avait obtenu une amnistie pour les insurgés de Iagodina ; au lieu de tenir leur parole, les Turcs firent venir les chefs de cette insurrection à Belgrade, en firent fusiller cent cinquante, et en empalèrent trente-six. Milosch, qui était lui-même à Belgrade, eut la douleur de voir le supplice de ses compatriotes. Leur sang se leva contre lui, et cria dans son cœur. Les Turcs s’aperçurent de sa rage ; ils craignirent sa vengeance, et le firent prisonnier ; mais il s’échappa à peine arrêté, franchit les remparts, se réfugia dans les montagnes de Ruduik, y rallia ses partisans, et l’insurrection se répandit comme le feu dans toutes les forêts de la Servie.

Milosch était né en 1780 ; sa mère, Wischnia, s’était mariée deux fois. Son premier mari se nommait Obren ; elle eut un fils nommé Milan. Son second mari s’appelait Tescho ; elle en eut plusieurs enfants. L’un de ces enfants fut Milosch. Ses parents n’ayant aucune fortune, il fut obligé d’abord de conduire les troupeaux de bœufs que les riches marchands du pays envoyaient aux marchés de la Dalmatie. Il entra ensuite au service de Milan, son frère maternel, qui faisait le commerce de bétail. Les deux frères s’aimaient si tendrement, que Milosch prit aussi le nom d’Obrenowitsch, qui était celui du père de Milan. Le commerce des deux frères prospéra. Riches et influents déjà à l’époque de la première insurrection, ils y prirent part, chacun selon la nature de son caractère. Milan, paisible et doux, restait à la maison et pourvoyait à l’administration du