Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/277

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sa découverte un miracle ; et peu s’en fallut, dans l’excès de leur reconnaissance, qu’ils ne l’adorassent comme un dieu.

Après avoir parcouru les montagnes et les vallées du Karman pendant plusieurs jours, nous arrivâmes à la rivière de Karassan, rapide et profonde ; l’ayant traversée, nous nous dirigeâmes vers les côtes, où le chemin devient moins difficile. Nous fîmes connaissance avec les Bédouins de l’Agiam-Estan, qui nous accueillirent fort bien ; et, le quarante-deuxième jour de marche depuis notre entrée en Perse, nous arrivâmes à El-Hendouan, où était campée une de leurs plus grandes tribus, commandée par Hebiek-el-Mahdan. — Nous espérions que notre voyage tirait à sa fin ; mais le scheik nous apprit que l’émir Sahid était encore à neuf grandes journées de là, à Mérah-Famés, sur les frontières de l’Inde, nous offrant des guides pour nous y conduire, et nous indiquer les endroits où il fallait faire provision d’eau. Sans cette précaution, nous eussions été exposés à périr dans ce dernier trajet.

Des courriers prirent les devants pour avertir le grand prince de notre approche et de nos intentions pacifiques. Le neuvième jour, il vint à notre rencontre, à la tête d’une armée de formidable apparence. Dans le premier moment, nous ne savions pas trop si ce déploiement de forces était pour nous faire honneur ou pour nous intimider. Le drayhy commençait à se repentir de s’être aventuré si loin de ses alliés. — Cependant il fit bonne contenance, plaça les femmes et les bagages derrière les troupes, et s’avança avec l’élite de ses guerriers, accompagné de son ami le