Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/323

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» À ces paroles, un aga qui se trouvait mêlé au cortége s’écria : « Le Wahabi a raison contre lui-même ; le proverbe arabe a dit vrai : « La sagesse est sur les lèvres de ceux qui » vont mourir. » Et il courut à cheval au sérail rapporter au sultan les paroles d’Ebn-Sihoud, en ordonnant au bourreau de surseoir à l’exécution jusqu’à son retour. Mais il revint quelques instants après ; le sultan, sans vouloir l’entendre, l’avait renvoyé en colère à l’Atméidan, avec l’ordre de lui rapporter avant une heure la tête du Wahabi. Ebn-Sihoud, qui avait continué sa prière jusqu’au retour de l’aga, tendit tranquillement sa tête, et le bourreau l’abattit d’un seul coup de sabre. — Quelques jours après ce grand spectacle, je retournai à Latakieh, où je suis resté jusqu’à mon départ pour la France. »

Cet appendice n’est qu’une des heures de nos longs entretiens avec Fatalla. Les Orientaux sont conteurs comme tous les peuples assis au soleil. Les histoires, les légendes, les voyages, les aventures, tous les bruits et toutes les rumeurs qui traversent ces pays de silence s’amassent lentement dans leur mémoire, comme les pluies rares de leur ciel dans les citernes du désert : ils les versent à leurs hôtes aussi largement que l’eau de leurs puits. Chez eux, le récit est en quelque sorte une des fonctions et des offices de l’hospitalité. Mais je craindrais de fatiguer le lecteur en lui faisant veiller ces mille et une nuits du souvenir. Elles ne peuvent intéresser que ceux qui, comme moi, aiment dans l’Orient le pays natal de leur imagination.