Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/431

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verse la terre est un sage ou un héros. Ce peuple, qui a attendu le Messie, qui a attendu l’hégire, qui a attendu Bonaparte, attend toujours quelque chose et quelqu’un, même quand ce quelqu’un n’est qu’un pauvre voyageur promenant son ombre par désœuvrement sur le sable du désert ou sur les colonnes renversées de Balbeck.

C’est là tout le secret de l’accueil que j’ai reçu des Arabes, et surtout des Maronites du mont Liban. On a répandu en Europe, à mon retour, que j’avais dépensé des trésors pendant ces deux années de pérégrinations en Orient ; que j’avais prodigué, en présents sur toute ma route, l’or, les étoffes précieuses, les armes de prix, les perles et les diamants ; que là était l’origine de ma fortune détruite, et de la nécessité où j’étais de vendre les foyers de ma famille dans mon propre pays.

Tout cela est un chapitre de plus de ces mille et une nuits fantastiques qu’on invente sur tous les hommes qui ont la sottise de laisser prononcer leur nom par la foule. La vérité, c’est que j’ai voyagé en Orient comme on y voyage avec sa famille, avec quelques amis, avec un certain nombre de serviteurs, avec une caravane d’ânes, de mulets, de chameaux et de chevaux arabes ; caravane indispensable quand on parcourt des contrées désertes et qu’on a pour demeure des tentes ; la vérité, c’est que j’ai répondu bien modestement par quelques présents de peu de valeur, monnaie du pays, aux hospitalités et aux présents des Arabes ; la vérité enfin, c’est que ce voyage de deux ans par terre et par mer ne m’a coûté en totalité que cent mille francs : cent mille francs, sur lesquels j’ai rapporté encore en Europe des