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GÉORGIE

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Sur la foi de l’étymologie du fleuve Rion nu Phase, le faisan aurait été abondant sur ses rives. Les rivières sont poissonneuses, notamment le Kour et ses affluents, mais n’admettent surtout, à cause de leur chute rapide, que des truites et des saumons remontant en abondance de la Caspienne. Les Géorgiens attribuent au brochet la verlu de guérir de la jaunisse lorsque, dans un vase d’eau fraîche, on le regarde avec obstination. Les richesses minérales comprennent quelques gisements de pierres précieuses parmi lesquelles l’émeraude, le lapis-lazuli (vallée de Sarcineth), des mines de fer et de cuivre (id.), d’or et d’argent (enté du Darial). La Géorgie possède de nombreuses sources minérales, entre autres celles de Bardjom, près de Tiilis, sanatorium d’été très recherché, celles d’Otzkhi près de l’ancienne ville d’Odzarakhi dans le Samtskhé. Les bitumes d’Akhtala, près de Wedjin, sont réputés contre les rhumatismes et les affections cutanées. Une légende rapporte, dans le voisinage, l’existence d’un village englouti sous le lac Ear la colère du ciel. Dans le Karthli, sur la rive de la iagoua et près du bourg d’Outsra en Kakhétie, on trouve des terres odorantes jouissant de différentes propriétés thérapeutiques, dit la renommée, tellement fortes que des oiseaux s’y asphyxiaient au vol. Une partie de la Géorgie est comprise dans le bassin naphtifère succédant à celui de Bakou.

Ethnographie. — Les Géorgiens font partie du groupe ibérien ou kartbvélien des populations du Caucase. Ils sont d’origine fort ancienne, mais leur parenté anthropologique est sujette à discussion : tandis que pour les uns ils seraient d’origine aryenne, d’autres, et parmi eux M. Max Millier, les considèrent comme étant d’origine touranienne. Quoi qu’il en soit, ils se distinguent actuellement nettement des populations voisines telles que les Imérétiens et les Mingréliens. Le type amérien est difl’érent du type imérien, et cette différence correspond à l’interposition entre les deux groupes de la passe de Souram qui a pu arrêter vers l’E. l’infiltration d’éléments ethniques occidentaux agissant dans l’O. de l’isthme caucasique. La race géorgienne est une des plus belles. Grand, svelte et solide, le Géorgien a l’ovale de la figure parfait, les yeux et les cheveux bruns, ceux-ci abondants, le nez busqué et la carnation claire. La beauté tant vantée des femmes géorgiennes est réelle, mais la Karlhvélienne de Tiflis passe pour être moins belle que l’Iméritiennede Koutaïs. Le roi Wakhtang trace ainsi le caractère du Géorgien :« Il est brave, patient dans les fatigues, hardi à monter à cheval, leste et agile. Il est généreux et ne songepointaamasser.il est prodigue de son bien et de celui d’autrui, glorieux, aimant l’instruction. Les Géorgiens se soutiennent mutuellement ; ils sont voluptueux ; ils aiment à se rappeler le bien et à le rendre ; ils changent facilement du bien au mal ; ils sont têtus, ambitieux, intelligents, flatteurs, insolents. » Ce portrait est à peu près le même que tracent du Géorgien les auteurs modernes. Malheureusement s’il est brave, mâle et solide, bon amphytrion et altruiste, le Grousi est assez souvent mauvais administrateur de son bien et s’abandonne trop facilement aux fines spéculations du citadin arménien. Il aime le plaisir, la chasse, le sport et la table. La « lesghinka », danse élégante et passionnée, introduite au Daghestan, fait ses délices et ceux des spectateurs. Grand buveur, il multiplie les toasts, « Allah verdy ! », et peut absorber des quantités étonnantes de son excellent vin de Kakhétie. Ce vin est fabriqué dans de grandes jarres ou kwewri pouvant contenir jusqu’à 100 hectol. et conservé souvent dans des outres de bœuf ou de buffle qui lui communiquent un goût spécial. Le costume indigène, pantalon large dans des bottes molles, tunique à manche, redingote à pans longs, kalpak petit en peau de mouton, fait plate de jour en jour au costume européen moins pittoresque. Les femmes s’habillent à l’européenne avec, comme coiflure, un petit bonnet brodé d’or et drapé de la tchadra, un voile élégant dont elles savent s’orner très coquettement. La maison du Géorgien est de pierre ou de brique, à toit plat ; celle du paysan, souvent en terre ou en bois, adossée à un rocher, mais toujours précédée d’un auvent sur piliers. Outre les Géorgiens proprement dits, au nombre de 289,018, la Grousie (gouvernement de Tiflis) est habitée par les représentants de races suivantes : de la branche karthvélienne, Imérétiens et Gouriens, 3,769 ; Pchaves, Chevsoures,etc, 20,079 ;Mingréliens, 87 ; Lesghiens, etc., 2,250 ; Turco-Tatares, 60,337 ; Sémites, 5,323 ; de la race indo-européenne : Slaves, 38,296 ; Allemands, Grecs, Moldaves, etc., 20,496 ; Iraniens, 51,988 ; Arméniens, 162,209. Total, 660,800 (1878).

Linguistique. — La langue géorgienne comprend le géorgien ancien et le vulgaire ou moderne, le premier éteint depuis longtemps et parlé encore, d’après Klaproth,’par les Goudomakares des hautes montagnes dans leurs cérémonies religieuses. Le moderne a plusieurs dialectes. L’alphabet, inventé au v*’ siècle par Mesrole, possède 39 lettres dont 10 sifflantes. On écrit de gauche à droite, avec deux sortes de caractères, les uns liturgiques, les autres cursifs. Il n’y a pas d’article ni de genre pour le substantif ; on compte 8 conjugaisons. Le comparatif s’obtient par le préfixe ou et l’affixe si, le pluriel par l’affixe bi ou Un. L’indicatif a 6 temps ; pas de subjonctif. C’est au xi e et au xu e siècle que la littérature et la poésie géorgiennes atteignirent leur apogée et notamment sous le régne de la reine Thamar , dont le nom est aussi populaire que celui de sainte Nine. Cette littérature, assez mal connue encore, comme du reste toute la vie politique et sociale passée de la Géorgie, est riche et comprend surtout des chants de guerre et d’amour, composes par les chevaliers et les troubadours du temps. Les romans de Roustvel, le Tariel (8,000 vers), le roman A’Omaïn, le Daredchaniani et le Wisramiani Thamariani de Tsachroukhadzé, éloge épique de la reine Thamar, sont les œuvres anciennes les plus célèbres. Avec cela, un grand nombre de chansons populaires. La littérature moderne s’attarde surtout dans les légendes et les histoires de saints. La versification géorgienne possède quelques rythmes particuliers, tels que le chaïri et le iambrek, dont l’allure majestueuse se prête aux hymnes liturgiques.

Géographie politique. — Le Karthli (divisé anciennement en Sémo-, China- et Koemo-Karthli , c.-à-d. Karthli supérieur, moyen et inférieur) a pour capitale Tiflis, capitale de Transcaucasie. Bâtie sur les rives de la Koura, la ville date du v e siècle (bâtie en 469 par le roi Vakhtang-Gourgasal ) et a reçu son nom de Tiphilis de la présence de ses eaux thermales. Elle fut détruite en 1773 par Aga-Mohammed, khan de Perse. Bazar curieux. Eglise de Sion, une des plus belles de Géorgie (vi siècle) ; église de Saint-David. Etuves balnéaires au-dessous de leur réputation. La Kala (vieille ville) et les rives de la Koura sont très pittoresques ; les coteaux d’alentour sont arides. Ville russe, ornée de beaux palais. Le jardin de Mouchtaïd est très fréquenté. Colonies allemandes florissantes, établies par le baron Alexandre Nicolai dans le voisinage de la ville. — Myketh, ancienne capitale delà Géorgie, au confluent de l’Aragoua et de la Koura. Nécropole des anciens rois de Géorgie ; la cathédrale est un modèle célèbre de l’architecture du xv" siècle. Sainte Nine y prêcha le christianisme, et Miriane au V e siècle y avait construit une église en bois où fut conservée une tunique du Christ. — Douchet a une vieille forteresse et une église ancienne, dans le voisinage du lac Zimasse que la légende fait recouvrir l’ancien Douchet, détruit par un tremblement de terre. — En Kakhétie, les villes à signaler sont : Telaf, où mourut le roi Eréclé. Dans le voisinage se trouvent la célèbre cathédrale d’Ala-Verdi et le monastère de Choua-Mtha avec les restes de Thinathin, femme de Léon V, roi de Kakhétie. — Signale.

— Tioneti. — Dans le Samtskhé (Sa-Meskhé du pays des Meskhès), Akhaltzikh fut prise en 1829 par le général Paskiévitch. Marché important, fréquenté surtout par les Arméniens. — Aspinsa. — Khertiis^ avec une forteresse datant du xiv e siècle.