Page:Landry, Manuel d’économique, 1908.djvu/114

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IV. — L’intérêt de l’individu.

1. L’intérêt de l’individu par rapport à un moment du temps.

49. — Faisons l’hypothèse d’un homme qui serait uniquement préoccupé de ses intérêts, et qui, par-dessus le marché, connaîtrait ces intérêts parfaitement bien, qui du moins, dans la mesure où son savoir lui permettrait de les déterminer, les déterminerait d’une manière parfaitement correcte. Cette hypothèse est celle de l’homo oeconomicus.

L’homo oeconomicus obéit dans toutes ses actions au principe économique. Ce principe a été énoncé de diverses manières. On a dit qu’il nous ordonnait d’acquérir le plus possible de biens, ou encore d’acquérir le plus possible de biens avec le moins possible d’efforts ; on l’a appelé aussi le « principe du moindre effort ». Toutes ces formulations sont inexactes ou incomplètes. Ce que le principe économique veut, c’est la maximisation de notre bonheur ; ce principe demande que nous réglions notre activité économique en telle sorte que l’excédent de nos plaisirs sur nos peines — pour autant bien entendu qu’il dépend de notre activité économique — soit porté à son maximum.

Comment donc arriverons-nous au résultat qui vient d’être dit ?

Nous supposerons, pour commencer, que nous n’avons à considérer qu’un moment du temps ; ou encore, considérant une période, nous envisagerons cette période comme si elle était indivisible, et qu’il fût impossible de distinguer en elle des moments successifs.

Nous savons que ces éléments du bonheur dont l’économique a à s’occuper sont de deux sortes. Il y a d’un côté des éléments positifs : ce sont les biens que nous « consommons ». Et il y a d’un autre côté des cléments négatifs : ce sont les labeurs que nous nous imposons pour obtenir ces biens[1].

1° L’homo oeconomicus emploiera, naturellement, les biens qu’il possède à satisfaire ceux de ses besoins dont la satisfaction représentera pour lui le plus de plaisir, ou correspondra à la plus grande diminution de peine. S’il peut, d’autre part, échanger des biens qu’il possède contre d’autres qui lui seront plus utiles, il ne manquera pas de le faire.

Mais imaginons que notre homme n’ait que de l’argent, c’est-à-dire quelque chose qui n’est pas, normalement, utile par soi-même, qui est seulement un moyen de se procurer des biens directement utiles. Comment emploiera-t-il cet argent ? comment réglera-t-il son budget de dépenses ? Il le réglera en telle manière que par rapport à tous les biens

  1. Voir Effertz, Antagonismes économiques, lre partie, chap. 3, I, § 1.