Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1879, tome 2.djvu/106

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position contre les doctrines religieuses l’entraîna à reconnaître occasionnellement la morale de d’Holbach, qui est en contradiction avec son système. L’homme qui, dans la littérature allemande, a prêché l’égoïsme de la façon la plus absolue et la plus logique, Max Stirner, se trouve en opposition avec Feuerbach.

Dans son fameux ouvrage l’Individu et sa propriété (1845), Max Stirner alla jusqu’à rejeter toute idée morale. Tout ce qui, d’une manière quelconque, soit comme puissance extérieure, soit comme simple idée, se place au-dessus de l’individu et de son caprice, est rejeté par Stirner comme une odieuse limite du moi par lui-même. C’est dommage que ce livre, — le plus exagéré que nous connaissions, — n’ait pas été complété par une deuxième partie, par une partie positive. Ce travail eût été plus facile que de trouver un complément positif à la philosophie de Schelling ; car, pour sortir du moi limité, je puis, à mon tour, créer une espèce quelconque d’idéalisme, comme l’expression de ma volonté et de mon idée. En effet, Stirner donne à la volonté une valeur telle qu’elle nous apparaît comme la force fondamentale de l’être humain. Il peut nous rappeler Schopenhauer. — C’est ainsi que toute médaille à son revers !

Stirner n’a pas de relations étroites avec le matérialisme ; son livre n’a d’ailleurs pas exercé une influence assez considérable pour que nous nous en occupions davantage. Il est temps que nous portions notre attention vers l’époque actuelle.

La décadence de l’idéalisme allemand, qui date, selon nous, de 1830, se convertit insensiblement en une lutte contre les pouvoirs existants, politique et ecclésiastique, lutte dans laquelle le matérialisme philosophique ne joua d’abord qu’un rôle secondaire, quoique tout le caractère de l’époque commençât à tourner au matérialisme. On pourrait clore la poésie allemande avec l’année 1830, et l’on ne perdrait pas d’œuvre véritablement importante. Non-seulement