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SOUVENIRS POLITIQUES

pour son parti une perte réelle. Voici le portrait que faisait de lui M. Achintre dans ses Portraits parlementaires :

« C’était vers le milieu de la session de 1869, l’hon. M. Dunkin achevait à peine l’exposé d’un budget assez obscur, lorsque, des bancs de la gauche, un député se leva et prit la parole. De petite taille, très brun, tout de noir habillé, le député commença d’abord d’une voix grêle à féliciter l’honorable trésorier ; puis, l’organe gagnant en amplitude, en fermeté, suivirent quelques aphorismes financiers : tout budget, disait l’orateur, est l’art de déterminer les besoins de l’état politique et social, de percevoir le revenu public avec le plus d’économie pour le trésor et le moins de dommage pour le contribuable ; extraire le revenu public de l’état général du revenu du pays, etc., etc. La voix s’échauffait, le diapason montait, et tandis que la Chambre attentive, enchaînée à cette parole nette et claire, suivait l’analyse minutieuse du budget, examinait les pièces de cette machine compliquée, l’honorable trésorier, anxieux, à chaque total corrigé par son contradicteur, sursautait comme sous le coup d’une vive piqûre. Gouvernement civil, justice, éducation, intérêts de la dette, toutes les dépenses y passèrent, les colonnes de chiffres officiels si brillamment allignées furent renversées, et la Chambre si satisfaite quelques minutes aupar-