Page:Langlois - Le couronnement de Louis.djvu/46

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Je vais plus loin et je dis que c’est dans le poème aujourd’hui représenté par la seconde partie du Coronement Looïs que ce fait historique a, reçu son développement littéraire. Il y a, en effet, entre le poème et la Chronique de Salerne des ressemblances tellement frappantes qu’on ne peut les attribuer au simple hasard.

Dans le Coronement Looïs nous voyons un Guaifier, roi de Capoue, fait prisonnier avec sa famille et ses sujets par les Sarrasins et délivré par les Francs ; dans la chronique nous trouvons un Guaifier, souverain de Salerne, réduit à la dernière extrémité, presque fait prisonnier avec sa famille et ses sujets par les Sarrasins et délivré par les Francs. Dans les deux récits les infidèles, après leur défaite, quittent l’Italie. Ce sont là les faits principaux, ceux qui forment le fonds du récit, et ils sont identiques de part et d’autre [1]. C’est seulement en entrant dans les détails qu’on trouve des différences. Voyons si ces différences sont aussi réelles qu’elles paraissent l’être de prime abord, si elles ne dépendent pas de la différence essentielle des deux genres de récit, de la chronique et de la poésie. Le chroniqueur cherche à raconter les événements tels qu’ils se sont passés dans la réalité, et ces évènements, une fois écrits, restent immuables sur le parchemin. Le trouvère, au contraire, prend un fait que souvent il ne connaît que très imparfaitement, qu’il déforme

  1. La confusion de Salerne et de Capoue est naturelle ; les deux villes étant relativement voisines et les habitants ayant pris une part égale à la lutte contre les Sarrasins.