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distinctions des principaux courants.

comme objet de science, pour en découvrir les lois, ou lui en imposer. Chaque grammairien [1], Dubois, Meigret, Pelletier, Ramus, apporte sa théorie, plus ou moins influencée par l’image toujours présente du grec et du latin : surtout en matière d’orthographe, ils se livrent à leur fantaisie, selon que prédomine en eux le souci d’y exprimer l’étymologie ou la prononciation. Au milieu de toutes ces témérités, Robert Estienne, suivi plus tard par son fils Henri, énonce le principe à qui l’avenir appartient : la souveraineté de l’usage.

Plus utiles ouvriers de la langue sont les traducteurs, en même temps que par leur activité nos Français s’incorporent toute la meilleure substance des anciens. Leur effort surtout est fécond pour les auteurs grecs, dont la langue reste même alors accessible à peu de personnes : c’est par eux que Thucydide [2], Hérodote, Platon. Xénophon viennent élargir les idées, Homère. Sophocle renouveler le goût poétique du public qui lit. François Ier, comme s’il l’eût compris, encourage fort les traducteurs. Et de fait, les traductions de Salel et de Lazare de Baïf préparent les lecteurs de Ronsard et les auditeurs de Jodelle. Cependant une grande œuvre seule doit nous arrêter, hors de toute proportion avec les autres et par son mérite et par son influence : c’est le Plutarque d’Amyot.

Mais il faut auparavant donner un souvenir à un petit écrit qui n’est pas une traduction, et toutefois ne saurait être classé ailleurs que parmi les traductions : c’est le Contr’un de La Boétie, l’ami de Montaigne, le bon et par endroits délicieux traducteur des Économiques de Xénophon [3].

  1. À consulter : Livet, la Grammaire et les Grammairiens au xvie siècle, Paris. 1859. A.-F. Didot, Observ. sur l’orthographe française. Paris. 1858. Thurot, Histoire de la prononciation, 2 vol. in-8, 1881-1884. Egger, ouvr. cité.
  2. Thucydide, par Seyssel ; Hérodote, par Saliat ; Platon, par Despériers et par Le Roy ; Xénophon, par Seyssel et par la Boétie, etc. ; Homère, par Jehan Sanxon et par Salel ; l’Électre de Sophocle et l’Hécube d’Euripide, par Lazare de Baïf, etc.
  3. Biographie : Étienne de la Boétie, né en 1530 à Sarlat, mort en 1563, fut conseiller au parlement de Bordeaux. Il écrivit à 16 ou 18 ans, peut-être à 20 ou plus, le Contr’un, dont Montaigne, son grand ami, a essayé d’atténuer le caractère. Cf. Essais, l. I, chap. XXVII et XXVIII.

    Éditions : Le Contr’un fut imprimé pour la première fois en 1576, dans les Mémoires de l’État de la France (t. III) de S. Goulard, recueil de pamphlets calvinistes. Œuvres complètes, p. p. L. Feugère, in-16, Paris, 1846 ; par P. Bonnefon, Paris, 1892.

    À consulter : D’Armaingaud. Montaigne et la Boétie. Revue Politique et Parlementaire, 1906 (Cf. Revue d’Histoire littéraire, 1906). — On a beaucoup disputé en ces derniers temps sur le Contr’un. Je ne puis adhérer à la thèse du D’Armaingaud qui veut faire de cet écrit un pamphlet dirigé contre Henri III et en aitribue, sinon la rédaction intégrale, du moins la publication avec des modifications et des additions virulentes, à Montaigne, dont cette hypothèse fait un prêcheur d’assassinat et un révolutionnaire enflammé en faveur des huguenots. Il est possible que le Contr’un soit