Page:Laplace - Œuvres complètes, Gauthier-Villars, 1878, tome 6.djvu/121

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deux gaz azote et oxygène. Une légère enveloppe remplie de gaz hydrogène, le plus rare de tous les fluides élastiques, s’élève avec les corps qui y sont attachés, jusqu’à ce qu’elle rencontre une couche de l’atmosphère assez peu dense pour y demeurer en équilibre. Par ce moyen, dont on doit l’heureuse expérience aux savants français, l’homme a étendu son domaine et sa puissance : il peut s’élancer dans les airs, traverser les nuages et interroger la nature dans les hautes régions de l’atmosphère, auparavant inaccessibles. L’ascension la plus utile aux sciences a été celle de M. Gay-Lussac, qui s’est élevé à 7 016m au-dessus du niveau des mers, hauteur la plus grande à laquelle on soit encore parvenu. Il a mesuré, à cette hauteur, l’intensité de la force magnétique et l’inclinaison de l’aiguille aimantée, qu’il a trouvées les mêmes qu’à la surface de la Terre. Au moment de son départ de Paris, vers 10h du matin, la hauteur du baromètre était de 0m,7652, le thermomètre marquait 30°,7, et l’hygromètre à cheveu 60°. Cinq heures après, à la plus grande élévation, les mêmes instruments indiquaient 0m,3288, — 9°,5 et 33°. Ayant rempli un ballon de l’air de ces couches élevées, il en a fait avec un grand soin l’analyse, et il n’a point reconnu de différence entre cet air et celui des couches les plus basses de l’atmosphère.

Ce n’est que depuis un demi-siècle environ que les astronomes ont fait entrer les hauteurs du baromètre et du thermomètre dans les Tables de réfraction ; l’extrême précision que l’on cherche maintenant à donner aux observations et aux instruments d’Astronomie faisait désirer de connaître l’influence de l’humidité de l’air sur sa force réfringente, et s’il est nécessaire d’avoir égard aux indications de l’hygromètre. Pour suppléer aux expériences directes qui manquaient sur cet objet, je suis parti de l’hypothèse que les actions de l’eau et de sa vapeur sur la lumière sont proportionnelles à leurs densités, hypothèse d’autant plus vraisemblable que des changements dans la constitution des corps, beaucoup plus intimes que la réduction des liquides en vapeurs, n’altèrent point d’une manière sensible le rapport de leur action sur la lumière à leur densité. Dans cette hypothèse, le pouvoir