Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 1, part. 1, A-Am.djvu/111

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Sur-le-champ il grippa Lycas
D’un vilain coup de coutelas,
Qui lui fit abreuvoir à mouches
Auprès de l’œil qu’il avait louche.
Scarron


— Agric. Plaie profonde des arbres, causée par l’altération des fibres ligneuses, et où l’eau s’amasse : La blessure ne se cicatrise jamais parfaitement, et souvent elle produit des abreuvoirs au pied de l’arbre. (Buff.)

— Chass. Endroit où les oiseaux se rendent pour se désaltérer, et près duquel les oiseleurs disposent des pièges et surtout des gluaux : Chasser à l’abreuvoir. Prendre des oiseaux à l’abreuvoir. Les loriots ne sont point faciles à élever ni à apprivoiser ; on les prend à la pipée, à l’abreuvoir, et avec différentes sortes de filets. (Buff.)

— Maçonn. Intervalle laissé par les maçons entre les pierres, pour y faire entrer du plâtre ou du mortier.

Encycl. Les règles à suivre pour la pureté des abreuvoirs sont de la plus haute importance. Il faut avoir soin de les curer fréquemment, de ne pas souffrir qu’on y lave du linge, des laines, et surtout qu’on y mette rouir du chanvre, de n’y point laisser entrer les canards, les oies, les cochons, d’en détourner les ruisseaux qui pourraient y conduire les eaux sales, les immondices liquides des maisons voisines, les eaux de fumier, etc. On comprend que la présence de matières animales et végétales, surtout dans une eau dormante, est nécessairement nuisible à la santé des animaux qui viennent s’y désaltérer.

Abreuvoir (l’), tableau de H. Berghem, musée du Louvre, n° 20. Une paysanne debout, tenant une quenouille et un fuseau, fait désaltérer son troupeau dans une mare. Dans le fond, un pont d’une seule arche réunit deux masses de rochers, et, plus loin, au dernier plan, une chaîne de montagnes va se perdre dans les brumes transparentes du matin. Ce tableau, un des plus célèbres de Berghem et des plus fréquemment cités, provient de l’ancienne collection. Il a été gravé par Daudet dans le Musée royal et par Filhol.

ABRÉVIATEUR, TRICE adj. (a-bré-vi-a-teur, tri-se — rad. abrévier, abréger). Qui abrége : Qu’y a-t-il de plus prompt, de plus imprévu, de plus abréviateur de l’espace et du temps, que l’échéance d’une obligation ? (Proudhon.)

ABRÉVIATEUR s. m. (a-bré-vi-a-teur — rad. abrévier). Celui qui abrège l’ouvrage d’un autre : Justin est l’abréviateur de Trogue-Pompée. (Acad.) Il faut du goût et de l’intelligence pour être un excellent abréviateur. (Acad.) J’ai pris, comme vous voyez, l’emploi de votre abréviateur, tandis que je vous laisse celui de tuteur de la Henriade. (Volt.) M. Baour-Lormian, comme abréviateur, a fait preuve de goût et de sagesse. (Boissonade.)

— Officiers de la chancellerie romaine qui dressent les minutes et les bréviatures des lettres apostoliques. On les appelle abréviateurs, parce que leurs minutes sont remplies d’abréviations.

ABRÉVIATIF, IVE adj. (a-bré-vi-a-tif, i-ve — rad. abréviateur). Qui abrége, qui indique une abréviation : Signe abréviatif. Caractères abréviatifs. Lettres abréviatives. Formule abréviative.

ABRÉVIATION s. f. (a-bré-vi-a-si-on — lat. abbreviatio, même sens, formé de brevis, bref). Action d’abréger : Une maladie grave et longue a interrompu pendant près de deux ans le cours de mes travaux ; cette abréviation de ma vie, déjà fort avancée, en produit une dans mes ouvrages. (Buff.)

— Retranchement de lettres ou de syllabes pour écrire certains mots plus rapidement ; se dit aussi des lettres initiales qui servent à représenter un mot tout entier : Les yeux du Régent ne pouvaient lire ma petite écriture courante et pleine d’abréviations, quoique fort peu sujette aux ratures et aux renvois. (St-Simon.) La date du pape ne se met jamais que de la main du dataire ou sous-dataire tout du long, sans abréviation. (Pellisson.) || Se dit également des signes ou caractères d’imprimerie qu’on a inventés pour suppléer à certaines syllabes, et même à certains mots : Il a changé dans plusieurs imprimeries les anciens caractères, trop barbares et presque indéchiffrables à cause des fréquentes abréviations. (Fonten.) || II se dit enfin de certains signes qui servent à représenter des mots. Ainsi III, IV, V, VI, etc., en tête d’un paragraphe ou d’un alinéa, sont les abréviations de troisième, quatrième, cinquième, sixième, etc. ; de même, 1°, 2°, 3°, etc., sont les abréviations de premièrement ou primo, secondement ou secundo, troisièmement ou tertio, etc.

— T. de chancell. Notes ou caractères qui suppléent la lettre que l’on retranche pour abréger, dans le style des expéditions de la chancellerie romaine. Ces expéditions sont écrites sans æ et sans œ, sans points et sans virgules. Les pièces écrites autrement sont évidemment suspectes.

Par abréviation, loc. adv. D’une manière abréviative ; abréviativement : Héribert, comte de Vermandois, que le commun de nos annales appelle, par abréviation, Hébert… (Est. Pasquier.) Cicéron avait distribué dans le sénat des copistes qu’il exerçait à écrire par abréviation presque aussi vite que la parole. {La Harpe.)

Encycl. Le besoin d’une écriture plus rapide et qui se renfermât dans un espace plus étroit fit inventer les abréviations. De là les sigles, les ligatures, les monogrammes, les notes tyroniennes. (V. ces mots.) Disons seulement quelques mots des abréviations proprement dites. Elles étaient fort en usage chez les Grecs et chez les Romains. Elles consistaient dans l’omission d’une partie des lettres qui composaient les mots. Tantôt on ne laissait subsister que la première lettre du mot, tantôt on n’en retranchait que les dernières, tantôt on supprimait celles du milieu. Ensuite on imagina certains signes abréviatifs pour remplacer des syllabes, des consonnes doubles, des diphthongues. Les abréviations étaient employées dans les inscriptions, les manuscrits, les lettres et même dans les lois et les décrets. Leur emploi donna lieu à tant d’abus, que l’empereur Justinien se vit obligé de les proscrire. — En France, les abréviations, d’abord rares sous les rois de la première race, et même sous ceux de la seconde, se multiplièrent tellement sous les Capétiens, que Philippe le Bel, en 1304, essaya d’y remédier par une ordonnance qui bannissait des minutes des notaires et surtout des actes juridiques, toutes les abréviations exposant ces actes à être falsifiés ou mal entendus ; l’abus n’en persista pas moins dans les deux siècles suivants, et l’on vit même les abréviations passer des manuscrits dans les premiers livres imprimés. L’étude des abréviations employées dans les anciens manuscrits est une partie importante de la paléographie.

Citons les abréviations qui sont aujourd’hui le plus généralement employées :

Ant., antienne (dans les livres d’église). — A. M., assurance mutuelle. — A. T., Ancien Testament. — Bon, baron ; Bonne, baronne. — C.-à-d., c’est-à-dire. — Ch. ou Chap., chapitre. — Chev., chevalier. — Cte, comte ; Cesse, comtesse. — D. dom (en parlant d’un bénédictin ou d’un seigneur portugais) ; don (en parlant d’un noble espagnol). — Do, dito (ce qui a été dit). — Xbre, décembre. — E. ou Em., Éminence (en parlant d’un cardinal). — Etc., et-cætera (et le reste). Exc, Excellence. — Fer, février. — Fo, folio. — Fr, frère. — Id., idem (le même). — Ibid., ibidem (le même, dans le même endroit). — Jer, janvier. — J.-C., Jésus-Christ. — L. c. ou loc. cit., loco citato (à l’endroit cité). — LL. AA., Leurs Altesses. — LL. AA. II., Leurs Altesses Impériales. — LL. AA. RR., Leurs Altesses Royales. — LL. MM., Leurs Majestés. — M., monsieur. — MM., messieurs. — Md., marchand. — Me, maître (en parlant des avocats). — Mgr, monseigneur. — Mgrs, messeigneurs. — Mis, marquis ; Mise, marquise. — Mlle, mademoiselle. — Mlles, mesdemoiselles. — Mme ou Mad., madame. — Mmes ou Mesd., mesdames. — N., nom (se met au lieu du nom quand on ne le connaît pas). — Na, nota (remarque). — N. B., nota bene (notez bien). — N.-D., Notre-Dame (en parlant de la Vierge). — No, numéro. — 9bre, novembre. — N.-S., Notre-Seigneur (en parlant de J.-C). — NN. SS., nos seigneurs. — N. S.-P., Notre Saint-Père (le pape). — N. T., Nouveau Testament. — Nt, négociant. — N. T. C. F., notre très-cher frère. — NN. TT. CC. FF., nos très-chers frères. — 8bre. octobre. — P. ou pag., page. — P. ex., par exemple. — Pass., passim (en divers endroits). — P., père (titre de certains religieux, d’un abbé). — P. ou pl., planche. — P.-S., post-scriptum. — Préc., précédent. — Ro, recto. — r., répons (dans les livres d’église), — S., signé. — 7bre, septembre. — Sect., section. — S. ou St, saint ; Ste, sainte ; SS., saints. — S. P., Saint-Père (le pape). — PP. ou SS. PP., saints Pères (Pères de l’Église). — S. A., Son Altesse (en parlant d’un prince). — S. A. S., Son Altesse Sérénissime (en parlant d’un grand-duc). — S. Em., Son Éminence (en parlant d’un cardinal). — S. Exc., Son Excellence (en parlant d’un ministre). — S. G., Sa Grâce (en parlant d’un duc). — S. G., Sa Grandeur (en parlant d’un évêque ou du chancelier de France). — S. H., Sa Hautesse (en parlant de l’empereur de Turquie). — S. M., Sa Majesté. — S. M. A., Sa Majesté Aulique (l’empereur d’Autriche). — S. M. B., Sa Majesté Britannique (le roi ou la reine d’Angleterre). — S. M. C., Sa Majesté Catholique (le roi ou la reine d’Espagne). — S. M. I., Sa Majesté Impériale. — S. M. I. et R., Sa Majesté Impériale et Royale. — S. M. T.-C, Sa Majesté Très-Chrétienne (le roi de France). — S. M. T.-F.. Sa Majesté Très-Fidèle (le roi de Portugal). — S. S., Sa Sainteté (le pape). — S. S., Sa Seigneurie (en parlant d’un lord anglais). — S. S., Saint Sacrement. — T.-S. S., Très-Saint Sacrement. — Suiv., suivant. — T. ou tit., titre. — T. ou tom., tome. — T. S. V. P., tournez, s’il vous plaît. — v., verset (dans les livres d’église). — Ve ou vve, veuve. — Vo, verso. — Vol., volume. — V. A., Votre Altesse. — V. E., Votre Eminence. — V. Exc., Votre Excellence. — V. G., Votre Grâce, Votre Grandeur. — V. S., Votre Seigneurie. — Vte, vicomte ; Vtesse, vicomtesse.

— Astronomie :

A., austral. — B., boréal. — AM., avant le passage au méridien. — PM., après le passage au méridien. — Asc. dr., ascension droite. — Déclin. ou D., déclinaison. — Long., longitude. — Latit., latitude.

— Chimie :

Ag, argent. — Al, aluminium. — As, arsenic — Au (aurum), or. — Az ou N, azote ou nitrogène. — Ba, baryum. — Bi, bismuth. — Bo, bore. — Br, brome. — C, carbone. — Ca, calcium. — Cd, cadmium. — Ce, cerium. — Cl, chlore. — Co, cobalt. — Cr, chrome. — Cu, cuivre. — Di, didyme. — Er, erbium. — Fe, fer. — FI, fluor. — Gl, glucinium. — H, hydrogène. — Hg (hydrargyrum), mercure. — II, ilmenium. — Io, iode. — Ir, iridium. — K (kali), potassium. — La, lanthane. — — Li, lithium. — Mg, magnésium. — Mn, manganèse. — Mo, molybdène. — Na (natron), sodium. — Nb, niobium. — Ni, Nickel. — O, oxygène. — Os, osmium. — Pb, plomb. — Pd, palladium. — Pe, pelapium. — Ph, phospore. — Pt, platine. — Rh, rhodium. — Ru, ruthénium. — S, soufre. — Sb (stibium), antimoine. — Se, sélénium. — Si, silicium. — Sn (stannum), étain. — Sr, strontium. — Ta, tantale. — Te, tellure. — Tg, tungstène, — Th, thorium. — Ti, titane. — Tr, terbium. — U, uranium. — Vd, vanadium. — Y, yttrium. — Zn, zinc. — Zr, zirconium.

— Comptabilité et commerce :

A., accepté (sur une lettre de change). — A. P., à protester. — A. S. P., accepté sous protêt. — A. S. P. P. C, accepté sous protêt pour compte. — B. P. F., bon pour francs (sur les billets à ordre). — C. O., compte ouvert. — P., protêt. — R., reçu. — S/C, son compte. — V/C, votre compte.

— Géographie :

N., Nord. — S., Sud, — O., Ouest. — E., Est. — N.-E., Nord-Est. — N.-O., Nord-Ouest. — N.-N.-E., Nord-Nord-Est. — N.-N.-O., Nord-Nord-Ouest. — E.-N.-E., Est-Nord-Est. — O.-N.-O., Ouest-Nord-Ouest.-S.-S.-E., Sud-Sud-Est. — S.-S.-O., Sud-Sud-Ouest. — E.-S.-E., Est-Sud-Est. — O.-S.-O., Ouest-Sud-Ouest.

— Mathématiques :

Cosec, cosécante. — Cos, cosinus. — Cot, cotangente. — C. q. f. d., ce qu’il fallait démontrer. — Log, logarithme. — Q. e. d. (quod erat demonstrandum), ce qui était à démontrer. — Sec, sécante. — Sin, sinus. — Tang, tangente.

— Médecine :

A ou AA, ana, de chaque. — Add. adde, ajoutez. — B. A., balneum arenæ, bain de sable. — B. M., bain-marie. — B. V., bain de vapeur. Cochleat., cochleatim, par cuillerée. — Coq., coque, faites cuire. — Déc., décoction. — Dr, docteur. — D. M., docteur-médecin. — D. M. P., docteur-médecin de la Faculté de Paris. — F. S. A., fac secundum artem, faites selon l’art. — Gutt. ou Gt, gutta, goutte. — Inf., infundatur, qu’on fasse infuser. — M., misce, mêlez. — Man., manipulus, poignée. — P. Æ. ou P. E., partes æquales, parties égales. — Pug., pugillus, pincée. — Q. P., quantum placet, à volonté. — Q. S., quantum satis, quantité suffisante. — R., recipe, prenez (au commencement d’une formule). — S. A., secundum artem, selon l’art.

— Musique :

A., alto. — A. T., a tempo. — Al S., al segno. — All., allegro. — Arp., arpeggio. — B., basso. — B. C., basso continuo. — C. B., contrabasso. — C. C., col canto. — Cal., calando. — Clar., clarinetto. — CR. ou Cresc., crescendo. — D. C., da capo (à recommencer). — D. ou Dest., destra. — Dal S., dal segno. — Decr. ou decresc., decrescendo. — Dim., diminuendo. — Dol., dolce. — F., forte. — FF., fortissimo. — FP., forte-piano. — P., piano. — PP., pianissimo. — Perd., perdendosi. — Pizz., pizzicato. — RF. ou Rinf., rinforzando. — S. ou Sin., sinistra (main gauche). — S. T., senza tempo. — SF. ou Sforz., sforzando. — Scherz., scherzando. — Smorz., smorzando. — Ten., tenuto. — Unis., Unisono. — V., violino. — V. S., volti subito (tournez vite). — VV., violini.

— Abréviations anglaises :

C’est une habitude, dans toutes les classes de la société anglaise, d’abréger les noms de baptême. Voici les principales de ces abréviations pour les noms de femmes :

Annie, Anna, Anne. — Becky, Rebecca. — Bella, Isabelle. — Bethsy, Elisabeth. — Bridgett, Brigitte. — Cary, Caroline. —Em, Emma. — Fan, Fanny. — Harriett, Harriott, Henriette. — Kate, Katty, Catherine. — Lotty, Charlotte. — Magy, Marguerite. — Nell ou Nelly, Hélène. — Pat, Marthe. — Polly, Molly, Marie ou Maria. — Suky, Suzanne.

Pour les noms d’hommes :

Ben, Benjamin. — Dick, Dicky, Richard. — Franck, Francky, François. — Harry, Henri. — Jem, Jemmy, James. — Johny, John. — Sam, Samuel. — Tom, Tommy, Thomas. — Will, Willy, William.

Ajoutons que quelques-uns de ces noms ne sont autre chose que des équivalents.

— Anecdotes. Les abréviations dans le manuscrit produisent parfois des absurdités. L’auteur écrit : J’ai qq. amis, on imprime : J’ai 99 amis. — Tr. (transfiguration) de N.-S. J.-C. devient Trinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Un musicien, qui avait composé un prologue d’opéra, le remit au célèbre Lulli, en le priant en dire son avis. À quelques jours de là, l’auteur vint réclamer son manuscrit, en demandant à Lulli s’il avait eu le temps de le parcourir. « Certainement, répondit celui-ci ; j’y ai même fait une petite abréviation. » Le musicien, enchanté, ouvre son cahier, et au lieu de ces mots : Fin du prologue, il lit : « Fi du prologue ! »

Pierre Pontac, premier président de Bordeaux, avait fait placer au-dessus de la porte de son cabinet quatre P signifiant : Pierre Pontac, Premier Président. Surprenant un jour, les yeux fixés sur ces quatre P, un plaideur qui attendait depuis deux ou trois heures dans son antichambre : « Eh bien, mon ami, lui dit-il, que penses-tu que veulent dire ces quatre lettres ? — Monsieur, répondit le paysan, elles signifient sans doute : Pauvre Plaideur, Prends Patience. »

Au temps de Voltaire, les billets du Théâtre-Français portaient ces lettres O. T. P. Q. M. V. D., initiales des mots de ce vers d’Horace :

Omne tulit punctum qui miscuit utile dulci.

(La perfection, c’est de joindre l’utile à l’agréable.)

À la première représentation d’Oreste, un plaisant interpréta ainsi ces abréviations :

« Oreste Tragédie Pitoyable Que Monsieur Voltaire Donne. »

Un soldat brosseur, chargé de distribuer les cartes de son capitaine, fut fort intrigué de voir placardé dans tous les vestibules administratifs, cet avis au public : Tournez le bouton S. V. P. Il interrogea à ce sujet deux camarades de chambrée, qui ne purent tomber d’accord : l’un lisait Sans vous presser, et l’autre, Si vous pouvez.

On sait que les lettres J. N. R. I. sont le monogramme de Jésus-Christ (Jesus Nasarenus Rex Judœorum).

Un ignorant possédait un superbe tableau de Notre-Seigneur sur la croix. Quelqu’un lui demanda de qui était ce chef-d’œuvre. « À moins d’être aveugle, répondit le propriétaire, on voit qu’il est d’Inri. »

On sait que la frégate la Belle-Poule, qui alla chercher les cendres de Napoléon à Sainte-Hélène, était commandée par le prince de Joinville. Le 15 septembre 1840, le Moniteur, annonçant que la frégate venait de mettre à la voile, disait : « La Belle-Poule est partie ce matin, poussée par un joli vent de S.-E. » Un monsieur, peu familiarisé avec les abréviations, lut avec un magnifique sang-froid : « La Belle-Poule est partie, poussée par un joli vent de Son Excellence. »

ABRÉVIATIVEMENT adv. (a-brê-vi-a-ti-ve-man — rad. abréviatif). D’une manière abrégée ; par abréviation : On peut écrire ce mot abréviativement, plus abréviativement. Le point se met après tout mot écrit ou indiqué abréviativement par ses premières lettres, comme c.-à.-d. pour c’est-à-dire ; M. pour monsieur ; A. M. pour assurance mutuelle, etc.

ABRÉVIATURE s. f. (a-bré-vi-a-tu-re — rad. abréviatif). Signe qui représente un mot abrégé, ou une partie abrégée d’un mot ; abréviation : Le livre V contient ce qu’il a pu ramasser des abréviatures, tant communes qu’extraordinaires. (Le Clerc.) || Vieux mot.

ABRÉVIÉ, ÉE (a-bré-vi-é) — part. pass. du v. Abrévier. Il est vieux, mais encore employé, dans le sens d’Abrégé : Toutes ces enseignes sont écrites en caractères abréviés, avec des lettres entrelacées les unes dans les autres, qui en rendent d’abord l’intelligence difficile aux étrangers, grands lecteurs d’enseignes, s’il en fut. (Th. Gautier.)

ABRÉVIER v. a. ou tr. (a-bré-vi-é — du lat. brevis, bref). Rendre plus bref. Cette forme primitive d’abréger a été employée par plusieurs écrivains du xviiie siècle : La première difficulté qui se présente regarde les prénoms, et vient de la manière dont les Romains avaient coutume de les abrévier, car il ne leur arrivait guère de les écrire tout au long. (Boindin.)

— On le trouve même encore dans les écrivains contemporains : Le Petit-Champ-des-Morts, que, pour abréviér ou éviter une idée mélancolique, on appelle d’ordinaire le Petit-Champ… (Th. Gautier.)

S’abrévier, v. pr. Être abrégé : Le nom de Marcus s’abréviait toujours par un M seul. (Boindin.)

ABRÉYER v. a. ou tr. (a-bré-ié — rad. abri. Conserve l’y dans toute sa conj. et ajoute un i aux deux prem. pers. pl. de l’imp. de l’ind. et du prés. du subj.). Mar. Même sens que Abrier. V. ce mot.

ABRI s. m. (a-bri — du lat. arbor, arbre. Il y a peu d’étymologies sur lesquelles on ait plus varié que sur celle de ce mot. L’Académie, dans son Dictionnaire historique, M. Littré, et un grand nombre d’étymologistes, tirent abri du lat. apricus, exposé au soleil. Si l’on ne s’en rapportait qu’à la simple conformité des lettres, il n’y aurait aucune objection à faire contre cette étymologie ; personne, en effet, n’ignore que les labiales p et b se substituent souvent l’une à l’autre. Mais il n’en resterait pas moins un contre-sens choquant entre la signification de abri, lieu couvert, et apricus, lieu découvert. Nous croyons donc rationnel de faire dériver abri de arbor, arbre. D’abord,