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XVI
PRÉFACE.


infatigable, comme le sont presque tous les grammairiens, et le Grand Dictionnaire aime à rendre cet hommage à un mérite modeste et incontestable.

Dictionnaire étymologique de la langue française, par Roquefort ; 1829, 2 vol. in-8°. Cet ouvrage contient les mots du Dictionnaire de l’Académie française, avec les principaux termes d’arts, de sciences et de métiers. Il est précédé d’une excellente dissertation sur l’étymologie, par Champollion-Figeac, éditeur de l’ouvrage. Le dictionnaire de Roquefort a une valeur incontestable, soit au point de vue philologique, soit comme histoire d’un grand nombre de mots de la langue française. Au reste, les travaux de ce savant ont donné une grande impulsion à cette branche de l’érudition.

Nouveau Dictionnaire de la langue française, contenant la définition de tous les mots en usage, leur étymologie, leur emploi par époques, leur classification par radicaux et dérivés, les modifications qu’ils ont subies, les idiotismes expliqués, développés et rangés par ordre chronologique, de nombreux exemples choisis dans les auteurs anciens et modernes et disposés de manière à offrir l’histoire complète du mot auquel ils se rattachent, par Louis Dochez ; Paris, 1860, un vol. in-4°, avec un discours préliminaire par M. Paulin Paris. C’est un ouvrage très-estimable, que l’auteur a composé seul, en y sacrifiant dix années de sa vie, la plus grande partie de sa fortune et son existence même, car il mourut au moment où l’on tirait les dernières feuilles, et n’eut même pas, comme Moïse, la consolation de contempler, au moins du regard, le fruit de ses longs et pénibles travaux. Comme on l’a vu par le titre, on trouve dans cet ouvrage « l’état civil de la langue reproduit aux principales époques de son histoire, avec les adjonctions nécessitées par les actes de naissance des nouveaux membres de la grande famille. » L’auteur à dépouillé lui-même tous ceux de nos chefs-d’œuvre qui devaient lui fournir des exemples pour appuyer ses acceptions, et, dans cette galerie, le xixe siècle n’a pas été oublié : on y trouve les noms de P.-L. Courier, Chateaubriand, Joubert, Ozanam, Guizot, Thiers, Cousin, Lamartine, V. Hugo, Alexandre Soumet, Hég. Moreau, A. de Musset, Lamennais, Ravignan, Lacordaire, Gratry, Dupanloup, Proudhon, Sainte-Beuve, Phil. Chasles, Scribe, Hon. de Balzac, G. Sand, Th. Gautier, etc. Ces noms sont une preuve des soins que l’auteur a apportés à la composition de son dictionnaire. Il donne, comme M. Littré, et par ordre chronologique, une série d’exemples qui montrent les différentes physionomies que nos vocables ont revêtues aux périodes successives de notre histoire littéraire, et le dictionnaire Dochez a précédé de plusieurs années le dictionnaire Littré. Est-ce à dire que ce dernier s’est inspiré du plan de son devancier ? Nous ne le pensons pas. Les études de M. Littré à ce sujet révèlent trop de savoir et de compétence pour qu’on admette un seul instant cette supposition. L’idée est née dans l’esprit des deux lexicographes, comme celle du calcul différentiel s’était simultanément éveillée dans le cerveau puissant de Leibnitz et dans celui de Newton.

Dictionnaire de la langue française, par M. Littré, de l’Institut. Commençons d’abord par proclamer que M. Littré est un de nos linguistes les plus distingués, un libre penseur, un esprit éminemment philosophique. Après cette déclaration, nous nous sentons plus à notre aise pour exprimer franchement notre opinion sur son dictionnaire, dont la publication, bien qu’inachevée encore, est cependant assez avancée pour qu’on puisse juger l’œuvre dès aujourd’hui. Ces précautions oratoires n’étaient pas inutiles : c’est ainsi qu’après avoir rendu justice à l’amabilité d’une femme, on éprouve moins d’embarras pour faire ressortir les imperfections de son visage.

Le dictionnaire de M. Littré donne, ou, pour mieux dire, a la prétention de donner la nomenclature complète des mots français, les idiotismes, des remarques critiques sur les irrégularités et les difficultés de la langue ; les diverses acceptions des mots rangées dans un ordre logique ; la prononciation, l’étymologie, et un historique de tous les termes de la langue française, dans leur ordre chronologique, depuis son origine jusqu’au xvie siècle. Voilà le cadre ; voyons comment il a été rempli. L’historique des mots est parfaitement exposé ; on y voit les formes successives de nos vocables déterminées au moyen de phrases puisées dans Grégoire de Tours, Froissart, le Roman de la Rose, les fabliaux, les poésies des trouvères, Villon, Ronsard, Rabelais, Montaigne, etc. Ces études rétrospectives, cette sorte de philologie archéologique peut plaire aux savants et aux linguistes ; mais elle n’offre qu’un médiocre intérêt pour les gens du monde, qui veulent connaître avant tout la langue telle qu’elle existe aujourd’hui. Et cependant, ce n’est qu’en cela que consiste, à vrai dire, l’originalité du travail, de M. Littré. Les autres parties, qui ne sont qu’une reproduction des dictionnaires antérieurs, laissent singulièrement à désirer. Ainsi, les acceptions sont presque toujours confondues ; à chaque ligne, le sens propre se fourvoie au milieu du sens figuré, et réciproquement. Tel mot, qui présente huit et même dix acceptions marquées par des rapports d’analogie, d’extension, de comparaison, est résumé tout entier en deux ou trois groupes. Ce que l’auteur appelle nomenclature des termes usuels des sciences, des arts, des métiers et de la vie pratique, est rempli de lacunes, et souvent entre deux mots qui se suivent, chez M. Littré, pourraient s’en glisser une vingtaine d’autres, qui, sans être usuels, devraient occuper une place dans un dictionnaire aussi volumineux.

La prononciation laisse peu de prise à la critique, M. Littré a l’oreille délicate, éminemment française ; on s’aperçoit