Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 1, part. 1, A-Am.djvu/241

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d’un employé qui ne fait qu’une très-courte apparition dans son bureau : J’ai été absent toute la journée ; je n’ai fait que prendre l’air du bureau.

— Au plur. air désigne la vaste étendue de l’atmosphère : L’immensité desairs. La fumée s’exhale et s’évanouit dans les airs. (Fléch.) L’homme n’est rien qu’un fantôme, une ombre, une vapeur dans les airs. (X. de Maist.) Le vol d’un insecte qui traverse les airs suffit pour me persuader. (X. de Maist.) Un calme profond règne dans les airs. (Chateaub.) L’Être suprême alluma le soleil, et le lança avec les autres planètes dans la vaste solitude des airs. (Barthél.) Quand on aura trouvé le moyen de naviguer dans les airs, les despotes n’habiteront plus que des casemates. (L.-J. Larcher.)

Avez-vous dans les airs entendu quelque bruit ?
Racine.
Ses foudres impuissants se perdaient dans les airs.
Voltaire.


|| Néanmoins, dans ce sens, s’empl. indifféremment au singulier ou au pluriel avec les verbes battre, fendre, frapper, percer, traverser, etc., en parlant des oiseaux, des animaux, des choses, des cris, des différents bruits, et même des personnes : Une flèche, un trait qui fend l’air, les airs. Son cheval fendait l’air. Qui a donné aux oiseaux et aux poissons ces rames naturelles qui leur font fendre l’eau et l’air ? (Boss.) Il part avec la rapidité d’un aigle qui fend les airs. (Fén.) Pour Dominique, il se frappait la poitrine et perçait l’air de ses cris. (B. de St-P.) L’exécution fut prompte : le jeune homme fendit les airs. (Montesq.)

Qui frappe l’air, bon Dieu ! de ces lugubres cris ?
Boileau.
Je suis oiseau, voyez mes ailes :
Vive la gent qui fend les airs !
La Fontaine.
     Qu’importe, au moment du naufrage,
Sur un vaisseau fameux d’avoir fendu les airs ?
Lamartine.
        Au-dessus des mers et des syrtes,
De Cypre bien-aimée où fleurissent les myrtes,
Colombes, fendez l’air de votre vol tremblant.
De Banville.

— En poésie, entre dans un grand nombre de périphrases pour désigner l’espace : Les champs, les plaines, les régions, l’empire de lair. Le vague de lair ou des airs.

De l’empire des airs n’est-il donc plus le roi ?
Roucher.
Dans l’océan des airs l’affreux orage gronde.
Delille.
Ainsi les champs de l’air s’épurent par l’orage.
Chaussard.


|| Est exprimé quelquefois lui-même par une périphrase :

        Dieu des tempêtes, ô Borée,
Respecte ce héros qui, volant sans effroi
À travers les écueils de mer éthérée,
        Ose s’élever jusqu’à toi.      Roman.

Les habitants de l’air, des airs, Les oiseaux.

Je vais faire la guerre aux habitants de l’air.
Boileau.
Loin d’elle tout languit, les habitants des airs
Suspendent leurs ébats, négligent leurs concerts.
Luce de Lancival.


|| Le roi des airs, L’aigle :

L’aigle, reine des airs, avec Margot la pie,
Différentes d’humeur, de langage et d’esprit
            Et d’habit,
      Traversaient un bout de prairie.
La Fontaine.

En l’air, loc. adv. Dans l’air, dans l’espace qui est au-dessus de notre tête : Regarder en l’air. Il le défia de lui envoyer des architectes qui sussent bâtir une tour en l’air. (La Font.) || Se dit aussi d’une chose qui ne paraît pas soutenue : Un escalier qui est tout en l’air. (Acad.)

— Tirer en l’air, Faire partir une arme à feu en dirigeant en l’air le canon, sans but fixe. || Tirer un coup de fusil en l’air, cracher en l’air, Faire une chose inutile. || Cracher en l’air pour que cela retombe sur le nez, Faire par dépit une chose qui tourne contre son auteur. || Être toujours en l’air, avoir toujours un pied en l’air, Être toujours prêt à partir, à courir, à sauter : Cet enfant est toujours en l’air. Il faudra n’être plus ici un pied en l’air, comme vous y êtes toujours. (Mme de Sév.). || Un pied levé et l’autre en l’air, Se dit fam. pour exprimer un état d’incertitude ou d’inquiétude : Son attention continuelle pour nous autres fainéants la tenait un pied levé et l’autre en l’air. (Dider.) || Bâtir en l’air, Former des projets chimériques.

En l’air signifie encore À la légère, sans réflexion : Parler, agir en l’air. Traiter une affaire en l’air. Vous l’accusez seulement en l’air de quatre faussetés. (Pasc.) Ce n’est point une illusion ni une de ces choses que l’on dit en l’air, c’est une vérité. (Mme de Sév.) Parler ainsi, c’est parler en l’air et vouloir être cru sur tout ce qu’on s’imagine. (Fén.) Il fut question de mademoiselle d’Armagnac et de mademoiselle de la Trémouille, mais fort en l’air. (St-Sim.)

Sur des soupçons en l’air je m’irais alarmer !
Molière.


|| Sans importance, sans réalité, sans fondement : Contes en l’air. Raisonnements, paroles, propositions en l’air. Ce n’est pas ici une prédiction en l’air. (Mass.) Prétendent-ils m’amuser par des contes en l’air ? (Mol.) À considérer cet ouvrage comme un système, j’en trouve le fondement bien incertain, bien en l’air. (Dider.) Promesses en l’air que tout cela. (Mariv.) Je n’ai pas prétendu faire un système en l’air et qui n’eût aucun fondement. (Fonten.)

Ce discours en leur bouche est un discours en l’air.
Boileau.
Babille, berce-toi d’espérances en l’air.
Collin d’Harleville.

|| En désordre, sens dessus dessous : Tout est en l’air dans cette maison. Son appartement, son cabinet est en l’air pour les préparatifs du départ. Nous sommes en l’air, tous nos gens sont occupés à déménager. (Mme de Sév.) || S’agiter, être en mouvement : Quand on apprit leur arrivée, toute la ville fut en l’air. (Acad.) Toutes les têtes sont en l’air, dans l’attente de ce grand jour. (Mme d’Epinay.) La ville est en l’air, votre opposition à l’Église a révolutionné vos parents. (Balz.) Vous êtes si aimée que toute la maison est en l’air pour vous. (Balz.) || Être dans une certaine inquiétude : Je les ai trouvés tout en l’air.

— Peint. On dit qu’il n’y a pas d’air dans un tableau, pour exprimer que les figures ne se détachent pas assez du fond, et qu’il y a beaucoup d’air, pour exprimer qu’elles se détachent bien : Je ne sens pas d’air entre ce bras et le champ du tableau. (Balz.) Ce sont des écrans que ces toiles sans air, sans profondeur, où les peintres craignent de mettre de la couleur. (Balz.)

— Art milit. On dit qu’un corps d’armée est en l’air, quand il n’est pas appuyé sur son flanc.

— Anc. chim. Nom générique donné aux différents gaz : Air déphlogistiqué, air du feu, air vital, air éminemment respirable, air empyrial ou empyréal. L’oxygène. || Air fixe, air méphitique, air solide de Hales, L’acide carbonique. || Air inflammable, L’hydrogène. || Air inflammable de marais, L’hydrogène carboné. || Air phlogistiquê, L’azote. || Air puant de soufre, L’acide sulfhydrique.

— Fauconn. Prendre l’air. Se dit de l’oiseau s’élevant à perte de vue. || Nouer (nager) entre deux airs, Manière de voler particulière aux oiseaux de proie.

— Liturg. Dans l’Église grecque, le morceau d’étoffe qui recouvre le calice, et qu’on appelle voile dans la liturgie romaine.

Encycl. Physiq. L’air est le fluide gazeux qui forme autour du globe terrestre une enveloppe désignée sous le nom d’atmosphère (V. ce mot pour la description des propriétés de l’air considéré en masse, c’est-à-dire au point de vue météorologique et astronomique). L’air est sans saveur et sans odeur, transparent et incolore. Il est compressible et élastique, c’est-à-dire qu’une masse quelconque d’air diminue de volume quand elle est soumise à une certaine pression, et reprend son volume primitif aussitôt que la pression cesse. Il est pesant, car un ballon de verre dans lequel on a fait le vide pèse moins que lorsqu’il est rempli d’air. Comme tous les autres corps, il se dilate par la chaleur : une vessie gonflée crèvera si on l’échauffe, et deviendra flasque si on la refroidit. Il est permanent, c’est-à-dire qu’il ne se laisse ni liquéfier, ni solidifier. Il est mauvais conducteur du calorique et de l’électricité, à moins qu’il ne soit humide. C’est à la densité de l’air, prise comme unité, que l’on compare celle des différents gaz. Sa puissance réfractive est également prise pour unité quand on veut évaluer celle des fluides gazeux.

Transparence de l’air. L’air, avons-nous dit, est transparent et incolore ; il faut ajouter que, pris en grande masse, il ne possède pas ces propriétés d’une manière absolue. Le bleu du ciel n’est pas autre chose que la couleur propre de l’air : voûte azurée sont deux mots qui représentent deux illusions d’optique. Malgré sa grande transparence, l’air intercepte une partie des rayons lumineux qui le traversent ; il en intercepte d’autant plus qu’il est traversé dans une plus grande épaisseur. Quand le soleil est très-élevé, nous ne pouvons en soutenir l’éclat, parce que les rayons nous parviennent après avoir parcouru dans l’atmosphère le trajet le plus court possible. Ce même soleil ne produit sur l’œil qu’un effet peu sensible quand il est près de disparaître, parce qu’alors les rayons lumineux qui nous arrivent en rasant le plan de l’horizon traversent une bien plus grande épaisseur d’atmosphère. La teinte bleue et le peu d’éclat des objets éloignés, par exemple, des montagnes qui limitent l’horizon, sont encore une preuve frappante de la coloration et de l’imperfection de transparence de l’air. « L’œil, dit M. Leplay, est tellement familiarisé avec la relation qui existe entre ces effets et la distance des objets, que le moyen le plus efficace dont le peintre puisse disposer pour représenter sur un même tableau des objets très-inégalement éloignés du premier plan, est d’affaiblir leurs couleurs propres par une teinte de bleu dont l’intensité croît avec la distance. »

Pesanteur de l’air et pression atmosphérique. La pesanteur de l’air, soupçonnée par Aristote, fut mise hors de doute par Galilée au commencement du xviie siècle. Le savant florentin la démontra en pesant un ballon de verre tour à tour rempli d’air ordinaire et d’air comprimé : il trouva le second poids supérieur au premier. On répète ordinairement cette expérience dans les cours publics en la modifiant de la manière suivante : on fait le vide dans un grand ballon de verre qui se ferme à l’aide d’un robinet, et on le met en équilibre à l’un des bras de la balance ; ensuite, on ouvre un peu le robinet, et l’on entend un sifflement qui annonce la rentrée de l’air ; la balance ne tarde pas à pencher du côté du ballon ; celui-ci est devenu plus lourd, et son poids augmente ainsi tant que le sifflement se fait entendre. Pour terminer l’expérience, on ouvre complètement le robinet, et l’on rétablit l’équilibre en ajoutant des poids dans l’autre bassin de la balance. Ces poids additionnels font connaître combien pèse un volume d’air égal à la capacité du ballon. On trouve de cette façon qu’à la température de 0° centigrade, 1 litre d’air sec pèse un peu plus de 1 gramme, environ 1 gr. 3 (1,299, selon Biot et Arago).

L’air, en vertu de sa pesanteur, doit exercer une pression sur tous les corps avec lesquels il est en contact. À raison de l’extrême mobilité de ses molécules, il doit, comme les liquides, transmettre dans tous les sens les pressions qu’il reçoit. On voit que la pression atmosphérique se déduit logiquement de la pesanteur de l’air. La découverte du rôle important que joue cette pression dans la nature forme une époque mémorable dans l’histoire des sciences physiques ; on peut la considérer comme un des premiers et des plus beaux triomphes de la méthode expérimentale.

Le but, l’effort de la science, est de lier les faits les uns aux autres et de réduire ainsi le nombre des principes, des causes, des forces. Une expérience de Galilée avait prouvé que l’air est pesant ; une expérience de Torricelli, élève de Galilée, montra qu’à la pesanteur de l’air se rattachent un grand nombre de phénomènes qui se produisent journellement sous nos yeux, notamment l’ascension de l’eau dans les tuyaux des pompes aspirantes. L’ancienne physique expliquait cette ascension par une hypothèse qui nous paraît aujourd’hui singulière, mais qui s’accordait très-bien avec l’esprit général de ses théories. On supposait que la nature a horreur du vide, et qu’ainsi, plutôt que de souffrir un vide dans le tuyau, elle y fait monter de l’eau pour remplir l’espace que l’aspiration a dépouillé d’air. Au commencement du xviie siècle, des fontainiers de Florence ayant inutilement tenté d’élever l’eau par le moyen de la pompe à une hauteur plus grande que trente-deux pieds (10 m. 66 c.), il fallut modifier la généralité de la théorie, et admettre que la nature avait fait tout l’effort dont elle était capable, quand elle avait soulevé une colonne d’eau à la hauteur de trente-deux pieds. On comprend tout ce que présentait d’illogique et de bizarre une telle limite à l’aversion prétendue de la nature pour le vide ou à l’efficacité de cette aversion. L’explication cessait d’être sérieuse ; elle ne pouvait d’ailleurs satisfaire les esprits à une époque où le rationalisme cartésien rejetait de la physique toutes les qualités occultes. Torricelli soupçonna que l’ascension de l’eau dans le corps de pompe était due à la pression exercée par l’air sur la surface libre du liquide dans le réservoir, et que la limite de trente-deux pieds était la hauteur nécessaire pour qu’une colonne d’eau fit complètement équilibre à cette pression. Si telle était vraiment la cause du phénomène, cette limite de trente-deux pieds ne pouvait être la même pour tous les liquides. L’expérience faite avec des liquides inégalement pesants devait les montrer s’élevant à des hauteurs inversement proportionnelles à leurs densités ; par conséquent, le mercure, dont la densité est environ treize fois et demie plus grande que celle de l’eau, devait s’arrêter à une hauteur treize fois et demie moindre que trente-deux pieds, ou à vingt-huit pouces environ (76 cent.). C’est ce que Torricelli prouva par une expérience très-simple : il remplit entièrement de mercure un tube de trois pieds de longueur et fermé par une de ses extrémités ; il le renversa dans une cuvette remplie du même métal, sans permettre à l’air d’entrer dans le tube ; la colonne mercurielle baissa, et, laissant un vide dans la partie supérieure du tube, se fixa à la hauteur prévue.

Il était clair qu’une même cause poussait l’eau dans le corps de pompe et retenait le mercure dans le tube privé d’air, et que cette cause trouvait un contre-poids dans la pesanteur des liquides sur lesquels elle agissait ; mais il n’était pas encore rigoureusement démontré, de manière à exclure le doute, que cette cause était la pression atmosphérique. Pascal eut la gloire de mettre cette vérité dans tout son jour, et d’en achever pour ainsi dire la conquête. On peut voir, dans son Traité de la pesanteur de la masse de l’air, avec quelle logique il avait abordé la question. Le point de départ de ses raisonnements est que l’air est pesant : c’est de ce principe que Pascal s’applique à tirer les conséquences.

— Puisque chaque partie de l’air est pesante, il s’ensuit que la masse entière, la sphère de l’air est pesante.

— Comme la masse de l’eau de la mer presse par son poids la partie de la terre qui lui sert de fond, ainsi la masse de l’air presse par son poids toute la surface de la terre.

— Comme le fond d’un seau est d’autant plus pressé par le poids de l’eau qu’il contient qu’il y a plus de hauteur d’eau, ainsi les lieux élevés, comme les sommets des montagnes, ne sont pas si pressés par le poids de la masse de l’air que les lieux profonds, comme les vallons.

— Comme les corps qui sont dans l’eau sont pressés de toutes parts par le poids de l’eau qui est au-dessus, ainsi les corps qui sont dans l’air sont pressés de tous côtés par le poids de la masse d’air qui est au-dessus.

— Comme les animaux qui sont dans l’eau n’en sentent pas le poids ; par la même raison nous ne sentons pas le poids de l’air.

— Si le poids de la masse de l’air, est la cause de l’élévation du mercure dans un tube privé d’air, il s’ensuit que ce poids doit être mesuré par cette élévation, et par conséquent, si l’on porte sur une haute montagne l’appareil de Torricelli, et qu’on parvienne ainsi au-dessus d’une certaine masse d’air, la pression sera plus faible, et la longueur de la colonne beaucoup moindre ; si, au lieu de la pression de l’air, c’était l’horreur du vide, l’élévation du mercure devrait être la même, que le tube fût sur la montagne ou qu’il se trouvât dans la plaine.

Une expérience, faite par Périer à la prière de Pascal, aux environs de Clermont en Auvergne, ne tarda pas à apprendre au monde savant que la colonne mercurielle baissait à mesure qu’on s’élevait dans l’atmosphère, et révélait ainsi la force extérieure et variable qui la tenait suspendue. Les hauteurs de la colonne de mercure prises, successivement au niveau de la ville de Clermont et au sommet du Puy-de-Dôme présentèrent, dans les circonstances où Périer fit ses observations, une différence de trois pouces une ligne et demie. Pascal lui-même répéta l’expérience à Paris, sur la tour de Saint-Jacques-la-Boucherie, et trouva, pour une différence de niveau de vingt-cinq toises, une différence de plus de deux lignes dans la hauteur de la colonne de mercure. Dès lors, le doute ne fut plus possible ; la cause occulte, l’horreur du vide, fut définitivement condamnée ; la cause extérieure, la vraie cause, fut admise au nombre des principes fondamentaux de la physique.

L’appareil de Torricelli, modifié par plusieurs conceptions ingénieuses, est devenu, sous le nom de baromètre (V. ce mot), un moyen usuel de mesurer les variations qu’éprouve en chaque lieu la pression atmosphérique ; c’est aujourd’hui un des plus précieux auxiliaires des sciences météorologiques. Les hauteurs de la colonne barométrique étant en rapport avec l’élévation des divers lieux au-dessus de la surface de la mer, sont naturellement un moyen de mesurer cette élévation. Pascal se servit le premier du baromètre pour cet usage.

Nous ne nous étendrons pas ici sur les phénomènes naturels dont on se rend compte très-simplement par le principe de la pesanteur de l’air. C’est la pression atmosphérique qui précipite l’air dans nos poumons quand nous exécutons les mouvements de la respiration. « Quand le poulmon s’ouvre, dit très-bien Pascal à ce sujet, et que le nez et les conduits sont libres et ouverts, l’air qui afflue à ces conduits, poussé par le poids de toute sa masse, y entre et y tombe par l’action naturelle et nécessaire de son poids, ce qui est si intelligible, si facile et si naïf, qu’il est estrange qu’on ait été chercher l’horreur du vide, des qualitez occultes et des causes si éloignées et si chimériques pour en rendre raison, puisqu’il est aussi naturel que l’air entre et tombe dans le poulmon à mesure qu’il s’ouvre, que du vin tombe dans une bouteille quand on l’y verse. »

Compressibilité et élasticité de l’air. L’air est éminemment compressible et élastique. Non seulement les molécules de l’air sont dans un état d’indépendance mutuelle, comme cela a lieu dans les liquides, mais encore elles sont animées d’une force répulsive en vertu de laquelle elles s’écartent indéfiniment quand on diminue, à l’aide de la machine pneumatique, la pression atmosphérique qui fixe la distance où elles se trouvent les unes des autres à la surface de la terre. Il n’y a point de limite à la contraction que l’on peut faire subir à une masse d’air en la soumettant à des pressions graduellement croissantes. À cette augmentation de pression correspond une égale augmentation de force élastique, de sorte que ces deux expressions, force élastique de l’air et pression supportée par l’air peuvent être prises indifféremment l’une pour l’autre.

Le volume d’une masse d’air est en raison inverse de la pression que cette masse d’air supporte, pourvu que la température reste constante, telle est la loi de compressibilité de l’air et des gaz. Cette loi a été énoncée, en Angleterre par Boyle, et en France par l’abbé Mariotte, à peu près vers la même époque (vers 1670). On la désigne en France sous le nom de ce dernier physicien.

La loi de Mariotte se vérifie, pour l’air, au moyen de l’appareil connu sous le nom de tube de Mariotte. C’est un tube de verre recourbé en siphon et dont les deux branches sont inégales. La petite branche est fermée, la grande est ouverte ; la première est divisée en parties d’égale capacité, la seconde en parties d’égale longueur. Pour faire l’expérience, on verse d’abord du mercure dans l’appareil par le sommet de la grande branche, de manière que la surface du liquide soit au même niveau dans les deux branches. L’air renfermé dans la petite branche est soumis alors à la pression atmosphérique qui s’exerce dans la grande sur la surface du mercure. On verse ensuite du mercure dans le grand tube jusqu’à ce que la