Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 1, part. 2, An-Ar.djvu/110

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nombril. S’est dit d’Adam et d’Eve, qui, sortis tout formés des mains du Créateur, ne devaient pas avoir de nombril. Cette question a été l’objet des plus graves controverses de la part des écrivains catholiques.

ânon s. m’, (â-non — rad. âne). Le petit do l’âne : La chair de Z’ânon passe pour être excellente : Mécène en régalait ses convives. Au bout de cinq ou six mois, on peut sevrer i’ÀNON. (Buff.)

— Par compar. et ironiq. Enfant sot, ignorant : C’est un ânon, un véritable Ânon. Il n’a pu répondre un mot : Quel Ânon !

— Proverbialem. Un ânon ne sera jamais qu’un âne, Un enfant sot et ignorant ne sera jamais qu’un sot.

ANON ou ONON, rivière de l’Asie septentrionale, dans la Russie d’Asie, prend sa source aux monts-Kantaï, qui séparent la Mongolie de la Russie asiatique, reçoit plusieurs affluents, entre autres l’Ingola, et se jette dans l’Amour ou Sakhalian, après un cours de 250 kil.

ANONACÉ, feu

anone). Bot. Qui ressemble à dit aussi anonk.

— s. f. pi. Famille de plantes qui a pour type le genre anone.

— Encycl. La famille des anonacées (anonëes de Jussieu, glyptospermées de Ventenat) renferme des arbres et des arbrisseaux à rameaux cylindriques, portant des feuilles alternes, pétiolées, simples, penninérves et entières. Les fleurs présentent un calice à trois folioles ; une corolle à six pétales alternant sur deux, rangs ; des étamines nombreuses, libres, à filets très-courts : un pistil composé d’ovaires nombreux, uniloculaires, surmontés chacun d’un style et d’un stigmate simples. Le fruit se compose de capsules nombreuses, libres ou soudées en une sorte de cône charnu ou écailleux. Les graines ont un tégument formé de deux membranes, l’extérieure coriace, l’intérieure mince, renfermant un embryon très-petit, entouré d’un albumen corné. La plupart des anonacées croissent dans les régions tropicales des deux continents ; quelques-unes cependant s’avancent, dans l’Amérique du Nord, jusqu’à la latitude de 33». Les végétaux de cette famille sont remarquables par leurs propriétés médicales ou économiques. Les écorces sont en général aromatiques et stimulantes. Les feuilles ont des propriétés analogues, mais à un degré plus faible ; il en est de même des fruits de quelques

. espèces, tandis que chez d’autres les fruits sont alimentaires et très-estimés. Un grand nombre à’anonacëes sont cultivées dans nos serres comme végétaux d’ornement. Les principaux genres de cette famille sont les suivants : corossol, monodore, canang, habzéli, asiminier, porcélie, xylopie, guattérie, etc. ANONCHALIR. V. ANNONCHALIR.

anonb s. f. (a-no-ne). Bot. Genre type de la famille des anonacées, qui renferme environ quarante espèces, propres aux régions ôquatoriales, et dont plusieurs produisent des fruits très-recherchés. Les espèces les plus remarquables sous ce rapport sont : Vanone muriquée ou cachiman épineux ; Vanone réticulée, appelée aussi cachiman ; Vanone chêrimolie, ou chérimolier ; Vanone êcailleuse, vulgairement atocire, attier, cœur de bœuf ou corossol.

ANONÉ, ÉE adj. V. ANONACÉ.

ânonnant (â-no-nan) part. prés, du v. Anonner : Nous admirions quelquefois comme, en ânonnant, il ne laissait pas de sortir heureusement de toutes sespériodes. (Mme de Sév.)

Anonné, ÉE (â-no-né) part. pass. du v. Anonner : Aies pauvres lettres « ""* J» »i«v™

blés quand elles sont ÂNONNEMENT

de Sév.) parlant

, ANONNER v. n. ou intr. (â-no-né — rad, ûnon). Mettre bas, en parlant de l’ânesse.

— Lire avec peine et fatigue, en hésitant, on épelant : Il y a deux ans que cet enfant va à l’école, et il ne fait encore çu’Anonner ! (Acad. J Chateaubriand ânonne, et Montesquieu n aurait vraisemblablement pas pu lutter contre le dernier clerc du dernier avoué de Brives-la-Gaillarde. (Cormon.)

— v. a. ou tr. : Est-il vrai que la Dubois récite ce rôle comme une petite fille qui Anonne

sa leçon ? (Volt.). "

ânonneur, EUSE adj. et s. (â-no-neur,eu-ze — rad. anonner). Celui, celle qui ânonne, qui hésite, qui balbutie en lisant.

ANONYCHIE s. f. (a-no-ni-chî — du gr. a priv. : onux, onuchos, ongle). Anat. Absence d’ongles.

anonymat s. m. (a-no-ni-ma — rad. anonyme). État de ce qui est anonyme : Si je pouvais tout vous dire sur cette entreprise, .

A$0-

je vous dirais comment, pour obtenir /’anonymat, on falsifiait tes écritures. (Journ.) M. Cobt’cit reproche au Times de cumuler les avantages de son influence auprès du pouvoir, et l’impunité de r anonymat quand il attaque les individus. (Journ.) n On dit aussi dans, le même sens

ANONYMIB et ANONYMW&

—A nonymat dans lesjournnux. V. signature.

ANONYME adj. (a-no-ni-me — du gr. a priv. ; onuma, nom). Qui n’a pas de nom : Maintenant, on ne parlait plus que de cet homme, de cet homme qui devait se mettre à la place de tous, et rendre l’espèce humaine anonyme, en accaparant la célébrité pour lui seul, et en empêchant tout être existant de l’acquérir. (Mme de Staél.) A Constantinople, les rues ne sont pas numérotées... À travers ce dédale anonyme, chacun se conduit au juger et se retrouve au moyen de ses remarques particulières. (Th. Gaut.)

— Dont le nom est inconnu, qui n’a pas fait connaître son nom : Auteur anonyme. Poète anonyme. Calomniateur anonyme. Ce ne pouvait être la belle inconnue, la maîtresse anonyme de mon ami Georges. (Scribe.)

Ouvrage né d’un auteur anonyme. Gresset.

il Se dit aussi de l’écrit, de l’ouvrage, de l’œuvre dont l’auteur n’a pas fait connaître son nom : Poème, roman -anonyme. Pamphlet anonyme. Lettre anonyme. Tableau anonyme. Les lettres anonymes marquent toujours, de la part de celui qui les écrit, un grand fonds de lâcheté et de bassesse. (Richelet.) Des correspondances signées ou anonymes pleuvent sous sa main. (Lamart.) Une calomnie anonyme fait d’une pierre deux coups. (A. d’Houdetot.) De toutes les lâchetés, la plus odieuse est la calomnie lancée par une lettre anonyme. (Laténa.) C’est un immense avantage pour un livre destiné à la popularité que d’être anonyme. (Renan.) Un colonel disait qu’il avait reçu une lettre anonyme signée de tous les officiers de son régiment. Les lettres anonyme»

Sont ordinairement les armes d’un méchant. La Chaussée.

Il Par anal. : Tous les malheurs anonymes inquiètent leur tendresse. (Ch. Nod.) Ce monsieur-appartient à la classe intéressante des enfants anonymes. (Balz.) C’est celai un enfant anonyme ! quelle tournure cela aurait-il dans le quartier ? (Scribe.) Un grand nombre d’idées se répandent anonymes datis le monde ; on n’en sait pas l’auteur, et on subit leur puissance. (Villcm.) il Mystérieux, caché, qu’on ne saurait définir : C’était une de ces existences anonymes, comme il y en a dans certaines maisons. (Balz.)

— Comm. Société anonyme, Association commerciale dans laquelle tous les associés, inconnus du public, n’engagent que leur mise, et qui n’est désignée que par l’objet de l’entreprise : Les compagnies de chemin de fer sont des sociétés ANONYMES. On pourrait former, en remplacement du salaire, des sociétés anonymes entre les ouvriers et les fabricants. (Chateaub.)

— Prat. Ligne anonyme, Dans un testament, Endroit qui concerne dos personnes qui ne sont pas désignées par leur propre-nom.

— Substantiv. Celui, celle qui reste anonyme : Ce vaudeville, cette brochure est d’un anonyme. (Acad.) n État de ce qui est anonyme, absence de nom : Un grand écrivain a, pour ainsi dire, un style individuel et incommutable qui ne lui permet pas de garder aisément /’anonyme. (Volt.) Je voulais cacher sous l’anonyme cette voix qui soupirait en moi. (Lamart.) On ne devrait garder ^’anonyme que lorsqu’on fait mieux que les autres. (A. d’Houdetot.) Messieurs, dit un soir un acteur en s’avançant vers la rampe après une première représentation, ta pièce que nous venons d’avoir l’honneur de vous donner est de monsieur un tel, qui désire garder /’anonyme.

Sous le voile de l’anonyme, En cachant son nom, sans se faire connaître : Le voile de l’anonyme ajrop souvent servi à cacher de coupables attaques.

— Encycl. Bibliogr. On appelle anonyme un ouvrage qui paraît sans nom d auteur, dontl’auteur est inconnu. On peut, selon Barbier, distinguer trois espèces d anonymes : l’auteur d’un ouvrage, son éditeur et son traducteur. Les anonymes de ces trois genres sont si communs dans nos bibliothèques, qu’on peut les porter au tiers du nombre d’articles dont elles sont composées, et la connaissance de ces anonymes fait partie de la science du bibliothécaire. ’ Parmi les auteurs, dit André Baitlet, les uns suppriment leurs noms pour éviter laconfusion d’avoir mal écrit ou mal choisi leur sujet ; les autres, pour éviter la récompense ou la louange qui pourrait leur revenir de leur travail ; ceux-cil par la crainte de s’exposer au public et de faire trop parler d’eux ; ceux-là, par un mouvement de pure humilité, pour tacher de se rendre utiles au public sans être connus ; d’autres enfin par une indifférence et un mé bassesse et comme un sot orgueil de passer pour auteurs ; de même qui en ont usé quelquefois des princes en publiant leurs propres ouvrages sous le nom de leurs domestiques, > (Jugement des Sçavants, t. I, 1890.) « Il résulte ordinairement, disent les encyclopédistes, deux préjugés de la précaution que les auteurs prennent de ne pas se nommer :

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unéestime excessive ou un mépris mal’ fondé pour des ouvrages sans nom d auteur, parce qu’un nom, pour certaines gens, est un préjugé qui leur fait adopter tout sans examen, et que pour d’autres un livre anonyme est toujours un ouvrage intéressant, quoique réellement il soit faible ou dangereux. ■ Quelques-uns de ces ouvrages ont vainement excité la curiosité

la Batrachomyomachie, successivement attribuée à Homère, à Pigrès d’Haîicarnasse, et a d’autres auteurs plus récents ; l’Imitation de Jésus-Christ (V. cet article), que se disputent Gessen, Thomas À Kempis et Gerson, sans qu’on puisse encore en déterminer d’une manière bien certaine le véritable auteur ; l’Anonyme de Bavenne, géographie publiée en 1688, et qui semble remonter au ixe siècle ; le Gouvernement présent ou Éloge de Son Éminence, sanglante satire publiée en 1633 contre Richelieu, qui ne put jamais en découvrir l’auteur ; enfin les Lettres de ’ Junius, écrites par un anonyme, dont les Anglais s’évertuent depuis un siècle à retrouver les traces. Inutile de parler ici d’une imitation de ces fameuses lettres, qui. a paru dans le Figaro, et qui n’en était qu’un pâle reflet : il y a des choses qui, comme l’arche sainte, renversent les téméraires qui osent y porter la main.

La curiosité ou éveillent ces sortes d’ouvrages a donné lieu à de nombreux travaux d’érudition, dont les plus estimés sont : le

littéraire, publiée en 1758 par l’abbé de la Porte ; le-Dictionnaire bibliographique, com AKÔ.

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bibïiograp/iiqi—, abbé Duclos ; enfin, l’excellent Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes, publié pour la première fois en ISOS par A. Barbier, bibliothécaire du Conseil d’Etat. Nous croyons intéressant de faire suivre cet article de la liste des ouvrages les plus importants publiés en France sous le voile de l’anonyme, et dont les auteurs, connus depuis, sont devenus célèbres à un titre quelconque :

Les Cent Nouvelles nouvelles, du roi Louis XI, encore dauphin ; Paris, 1486 ;

La Satyre Ménippée, de la Vertu du catholicon d’Espagne, par P. le Roy, Gillot, Passerat, Rapin, El. Chrétien et P. Pithou ; Tours, 1593, in-8<> ;

« La Confession catholique du sieur de Sancy, par Agrippa d’Aubigné ; Amsterdam, 1593, m-12 ;

VApologie pour Jean Chàtel, par Jean Boucher, le prêtre ligueur ; Paris, 1595 ;

L’Histoire comique de Francion, par Ch. Sorel ; Paris, 1623 ;

Les Aventures du baron de Fœneste, par Agrippa d’Aubigné ; 1630, in-8» ;

Artamène ou le Grand Cyrus, par Madeleine deScudéry ; 1650 ;

Les Lettres provinciales, par Biaise Pascal ;

Paris, 1656-1657 ;

La Logique ou l’Art de penser", par Ârnauld et Nicole ; Paris, 1662 ;

Histoire des Amours du grand Alcandre (Henri IV), par la princesse de Conti ; Leyde, 1664 ; in-12 ;

Déflexions ou Sentences et Maximes morales, par le duc de La Rochefoucauld ; Paris, Barbin, 1665, in-12 ;

La Princesse de Clèves, par Mme de La. Fayette ; Paris, Barbin, 1678 ;

Les Caractères, de La Bruyère ; Paris, 1088 ;

Le Testament politique de Richelieu, par le marquis Hay du Chastelet ; 1696, in-lî ;

Les Amusements sérieux et comiques, par Dufresny ; Paris, Barbin, 1699, in-12 ;

Histoire de la mère et du fils (de Marie de Médicis et de Louis XIII), par le cardinal de Richelieu ; 1730 ;

Histoire du chevalier dés Grieux et de Manon Lescaut, par l’abbé Prévost ; Amsterdam, 1733 ;

L’Anli-Machiavel, par Frédéric II, roi de. Prusse, publié par Voltaire ; La Haye, 17*0 ;

LEsprit des Lois, par Montesquieu ; Genève.

ITJB 9 17^1 ïrt-jn.

Les Lettres sur les Sourds-Muets, par Diderot ; 1751, in-12 ;

’ L’Ami des hommes, par le marquis de Mirabeau ; 1756 ;

L’Exposition de la doctrine de l’Église, par Bossuet ; Paris, 1761 ; ouvrage qui détermina, la conversion du maréchal de Turenne ;

Le Dictionnaire philosophique, de Voltaire ;

Le Bon Sens du curéMeslier, par d’Holbach ; Londres, 1772 ;

L’Histoire critique de Jésus-Christ, ou Analyse raisonnée des Évangiles, par te baron —»’»-.»— ^ date ;

d’Holbach ; !

La Bible expliquée, par Voltaire ; 1773. La première édition portait : Par plusieurs aumôniers de Sa Majesté : L. R. D. P. Quand l’auteur se décida à se nommer, il dit dans l’avertissement de cette édition : « L’explication de ces quatre lettres a embarrassé plusieurs savants. Quelques-uns ont cru qu’elles désignaient le vainqueur dé Molwitzèt "déLissa, quoique ce prince n’ait guère d’aumônier et fasse sa prière tout seul, comme.il gouverne ses États et commande ses armées. » ’

L’Essai sur les mœurs et CEsprit des nations, par Voltaire ; 1775 ;

Les Lettres d une princesse d’Alfemagne, par Euler ; Berne, 1778, 3 vol. in-8° ;

Les Liaisons dangereuses, par Choderlos de La Clos ; Paris, 1782, in-12 ;

L’Apocalypse de la liaison, par Diderot, sans indication dfe lieu, an X (1802) ;..

Les Poésies de Clotilda de Surville, par Étienne de Surville ; Paris, 1803 ;

Du reste, on peut voir, par ce qui précède, que l’anonymat n’est qu’une chppe de circonstance ; s’il existe à la première édition, il ne tarde pas à disparaître aux éditions suivantes, surtout quand l’Ouvrage a de la valeur.

— B.-arts. Parmi les productions de l’art gréco-romain que le temps a épargnées, il en est fort peu dont les auteurs nous soient con-j- façon certaine. Si l’on excepte le

de Naples, aux Offices de Florence, au British Muséum et au Louvre, sont des ouvragesanonymes : c’est ainsi que nous ignorons.quels artistes ont sculpté l’Apollon du Belvédère, VApollon au cygne, le Sauroetone, le Citharède, la Vénus de Médicis, la Vénus d’Arles, la Vénus de Milo, les Niobé, le Rémouleur, les Muses, l’Ariane abandonnée, le Gladiateur, etc. Les différentes attributions que les archéologues ont données à ces chefs-d’œuvre sont Eurement hypothétiques : elles s’appuient pour plupart sur des documents fort peu explicites, puisés dans les écrivains de l’antiquité qui ont apprécié le style des divers maîtres, et qui ont décrit quelques-unes de leurs compositions. Il n’y a guère que le Laacoon et le Taureau Farnèse dont la paternité ait pu être établie sûrement. Pline, qui avait vu ces ouvrages à Rome, où, depuis, ils ont été retrouvés, nous apprend que le premier a été sculpté par Agésandre de Rhodes et par ses fils, Polydore et Athénodore, et qu’Apollonius et Taunscus sont les auteurs du second. Les nombreux objets d’art dont les fouilles de Pompéi et d’Herculanum ont enrichi le musée royal de Naples, sont presque tous des productions anonymes : une peinture monochrome (Femme jouant aux osselets) de l’Athénien Alexandre, deux mosaïques du Samien Dioscorides, un cratère sculpté par Salpion, d’Athènes, et quelques pierres gravées, portent seuls.la signature de leur auteur.

Au moyen Age, l’art s’enveloppe des plus épaisses ténèbres : les enlumineurs, dont le pinceau patient décore les manuscrits de fleurons, d’arabesques, d’allégories mystiques ; les architectes, qui créent des styles nouveaux pour élever les sanctuaires de la religion nouvelle ; les maîtres de pierre, qui déroulent des poiimes complets dans la voussure des porches et sur les chapiteaux des colonnes ; tous ces grands artistes, à la fois si simples et si hardis, si naïfs et si ingénieux, ne nous sont connus que par leurs œuvres. Chez eux, une fpi ardente remplaçait l’amour de la renommée ; travaillant pour Dieu, ils ne se soucièrent pas des hommages de la postérité. Heureusement pour l’histoire de l’art, les chroniques et ’les chartes nous ont conservé les noms de plusieurs d’entre eux. iJans les manuscrits a miniatures, il n’est pas rare.de lire le nom du’ catligraphe ; celui de l’enlumineur, au contraire, ne s’y rencontre presque jamais. À dire vrai, le même artiste cumulait souvent l’un et l’autre emploi, et comme à cette époque on attachait beaucoup plus d’importance à la reproduction des textes sacrés qu’à leur illustration, on ne doit pas s’étonner que l’écrivain passât avant le peintre.

Ce ne fut guère qu’à partir, du xive siècle que, la peinture ayant repris faveur en Italie, les artistes commencèrent à inscrire sur leursouvrages des signatures et des marques proprès à les faire distinguer de ceux de leurs, rivaux. Mais il s’en faut de beaucoup que cet usage^it été général : les plus célèbres artistes. italiens, allemands, néerlandais et français do l’époque de la Renaissance, ont omis fréquemment de signer leurs tableaux. Aussi, nos musées offrent-ils un grand nombre de productions capitales des diverses écoles, cataloguées

  • ~ étant d’auteurs inconnus. Le Louvre,

(allemande, flamande et hollandaise) et dix de. l’école française, dont il a été impossible de fixer l’attribution : à ce nombre il faut ajouter celui, beaucoup plus considérable, des peintures qui ont paru exécutées dans la manière de tel ou tel maître, mais avec des défauts assez graves ou de simples nuances assez marquées pour qu’on ait cru devoir se borner à signaler l’analogie de style. L’authenticité des tableaux italiens de l’école primitive est particulièrement difficile à établir : M. BOrger a dit avec raison que « les connaisseurs’ les plus érudits ne sauraient presque jamais prouver les attributions, lorsque ces œuvres, dé- ’■ placées des monuments pour lesquels elles furent peintes, ont perdu toute tradition certaine, après de longs égarements à l’étranger.» Cela’est si vrai que, sur plus de deux cent, soixante tableaux italiens^qui ont passé de la