Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 1, part. 3, As-At.djvu/157

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— Par ext. S’attaquer à, diriger ses efforts cont rc : C/tassez des corps tes maladies les plus obscures ; n’attentkz pas sur.celles de l’esprit. (La Bruy.)

— Absol. Accomplir un crime ou luidonner un commencement d’exécution : Un Marsyas songea qu’il coupait la gorge à Denys ; celui-ci le fit mourir. C était une grande tyrannie, car, quand même il y aurait pensé, il h’avait pas attenté. (Montesq.)

Nous nous rangeons certainement de l’avis de Montesquieu ; mais la réponse que fit l’ombrageux tyran n’en reste pas moins bonne :

« Si tu n’y avais pas songé le jour, tu n’en aurais pas rêvé la nuit. ■

— Activ. Tenter, en parlant d’un acte cri’ minel ou injuste : Ils ne Boulaient rien attenter contre te roi et contre la reine, (Boss.) Qu’attentez-bou*, malheureux, et quelle injustice est la vôtre ? (Boss.) On n’attente rien de pis contre le vrai mérile} que de le laisser sans récompense. (La Bruy.)

Il n’attentera rien, tant qu’il craindra pour lui.

Guise attenta, quel que fût Bon projet. Trop peu pour un tyran, mais trop pour un sujet.

— Gramm. On dit attenter à ou attenter sur dans le même sens ; toutefois, attenter à paraît être généralement préféré avec un noni de chose pour régime, et attenter sur avec un nom de personne. Voici cependant des exemples contraires à cette règle :.

■ Il défend à mes mains d’at(en/er sur mes jours.

Çypris

Défend au glaive, au i

Le verbe attenter contenant la préposition ad, à, contre, et signifiant tenter contre, devrait avoir pour régime le nom de la’personne ou de la chose que Ton viole ou que 1 on tente de violer, sans autre préposition, c’est-à-dire qu’il devrait être essentiellement actif comme il l’est en latin, et que l’on devraitdire attenter un prince, attenter un droit. Toutefois, ce sens logique est complètement inusité, et, dans les cas même où ce verbe a été employé activement, on lui a donné- pour régime le nom

du crime, de l’attentat, ce qui n’est guère moins illogique que le sens neutre ou la double préposition que l’on donne ordinairement à ce verbe.

ATTENTIF, IVE adj. (a-tan-tif, i-ve-lat. attentus, même sens- formé de ad, à ; tentus. tendu). Qui prête de l’attention ; qui suit quelque chose, qui y applique son esprit avec attention : Élève, auditeur attentif. Soyez plus attentif. Etve attentif aux leçons d’un maître, aux • onseils d’un ami. Chiétiens, soyez attentifs. (Boss.) 1 ts étaient attentifs pour remarquer comment le discours de Mentor serait reçu. (Kén.) Les gens heureux en amour ont l’air profondément attentifs. (H. Beyle.) On est curieux avant d’être attentif. (Alibert.)

Des coursiers attentifs le crin s’est hérissé.

Racine.

Il Soigneux, diligent ; qui veille avec attention, qui s’occupe de quelque chose avec

beaucoup de soin : Être attisntif a son travail, à ses devoirs, à ses intérêts. Les hommes sont toujours attentifs o surprendre ou à éviter d’être surpris. (Mass.l Plus Dieu vous afflige, plus il vous aime, plus il est attentif sur vous. (Mass.) Suffit-il à un évêque d’avoir été attentif à soi-même ? (Mass.) Le berger , soigneux et attentif est debout auprès de ses brebis. (La Bruy.) Attentive à servir le prochain, elle ne lest pas moins à ce qui peut le blesser. (Fléch.) Carlhage fut principalement attentive à conserver l’empire de là mer, et Home à garder celui de. la terre. (Montesq.) Je ne croyais pas que, pour un esprit attentif, ily eût depetits objets dans la nature. (Barthél.) Je suis au plus attentif sur mes pensées, mes paroles et mes actions. (Dider.) Les alarmes du présent et tes menaces de l’avenir laissent à peine aux plus attentifs une heure.de tranquillité. (Dupanl.) Une femme coquette n’est attentive qu’à son miroir. (E. de Gir.)

À ses seules fureurs Thèbes fut attentive.

Voltaikb.

Bertrand dérobait tout ; Raton, de son cOté",

Était moins-allenli/ aux BOuris qu’au fromage. La Fontaine.

Il S’est dit des choses dans le même sons : La mer, attentive <i payer le tribut qu’elle doit à ses maîtres, enrichit nos tables de poissons délicats. (Barthél.)

— Empressé, plein ^d’attention pour les autres : Yoil& une maîtresse de maison fort

— Avec un nom de chose pour sujet, Qui se tait avec certaines précautions, certaines attentions : L’éducation doit être attentive à inspirer l’amour de la patrie. (Montesq.) Il Qui décelé le désir de plaire ou d’être utile : Soins attentifs. Politesse, affection attentive. J’avais pour eux les déférences les plus attentive. (Le Sage.) Que/ homme indif-

fèrent et barbare ne prend pas des manières plus attentives près d’une fille de seize ans, aimable et sage, qui met de la décence dans son maintien et de l’honnêteté dans ses propos ? (J.-J. Rouss.) Mon excellent hôte m’entourait de tous les soins attentifs d’une amitié délicate. (E. Sue.)

Oreille attentivel Attention : Prêtant une oreille attentive, je cherchais à saisir quelques sons. (Chateaub.)

Prêtez-moi l’un et l’autre une oreille attentive.

— s. m. Galant assidu et empressé auprès d’une femme : Au spectacle, au oal, en soirée, la vue d’un adorateur, ou d’un simple attentif, lui donnait la fièvre. (Scribe.) // est donc nécessaire que l’habitudéde mon attentif exprime ceci : qu’il m’a demandée et m’épouse parce qu’il n aurait osé aspirer à ma tante. (A. Karr.) Les jeunes filles se promènent, suivies à quelque distance par leurs amis et leurs attentifs, car en Espagne l’on n’est pas dans l’usage de donner le bras aux femmes. (Th. Gaut.) La charmante femme de soixante ans n’a pas encore su renoncer à la visite journalière de son attentif. (Balz.) n Cette dernière acception, tout à fait moderne, ne nous paraît pas heureuse.

— Antonymes. Inattentif, dissipé, distrait, étourdi, inappliqué.

ATTENTION s. f. (a-tan-si-on— lat. attentio, même sens ; dérivé ûeattendere, tendre vers). Application, concentration volontaire de l’esprit sur un objet déterminé : Grande attention. Attention soutenue, sérieuse. Écouter avec, attention. Attirer sur soi i’attention. Porter.son attention sur tel objet. Manquer ^’attention. Cela est digne de toute votre attention. Écoutez-moi avec plus dr- tention. Je réclame toute votre attention. (Acad.) Donnez-moi.de nouveau vos attentions. (Boss.) L’attention de l’esprit est la prière naturelle que nous faisons à la vérité intérieure pour qu’elle se découvre à nous. (Malebrancne.) nous devrions être plus savants que nous ne sommes, dans beaucoup de choses, si l’inquiétude et l’agitation de notre volonté ne troublaient et ne fatiguaient sans cess<> notre attention. (Malebranche.) Je prêche fort à votre fils /’attention à ce que les autres disent, et la présence d’esprit pour l’entendre-vite et y répondre. (M«« de Sév.) Dites-nous les moindres détails ; rien ne sera au-dessous de notre attention. (Mme de Maint.) Je veux mériter votre attkntion, plus par la vérité que par la grandeur de ce que je dis. (Fiéch.) Ce ne sont pas seulement les grands objets qui ont plusieurs faces, ce sont aussi les plus petits, et une grande attention est un microscope qui les grossit : (Ponten.) Malebranche avait si bien acquis la pénible habitude de ("attention, que, quand on lui proposait quelque chose de difficile, on voyait dans l’instant son esprit se pointer vers l objet et le pénétrer. (Fonten.) Je vous demande un ■ peu de /’attention que je vous ai donnée : évitez, si vous pouvez, d’être impatient ; j’éviterai d’être diffus. (J.-J. Rouss.) Ce qui manque le plus de nos jours, c’est le respect dans l’ordre moral, et /’attention dans l’ordre intellectuel. (Koy.-Coll.) Ce n’est pas connaître les hommes ni tes routes du cœur que de négliger les moyens extérieurs de soutenir /’attention et d’éueiller de pieux sentiments, (Frayss.) Franklin porta dans les divers

trice qui te distinguait en toute chose. (Mignet.) Pour ne parler que de /’attention, il est incontestable qu’elle obéit à lavolonté. (V. Cousin.) L’attention est le burin de la mémoire. (Lévis.) L’attention est d’étroite embouchure : il faut y verser ce qu’on dit avec précaution, et pour ainsi dire goutte à goutte. (J. Joubert.) L’attention ne doit pas être trop longtemps fatiguée. (Villem.) L’attention double les forces de l’esprit. (Théry.) L’attention suppose un esprit fin, persévérant et dispos. (Alibert.) L’attention est au métaphysicien ce que le télescope est à l’astronome. (Alibert.) La faiblesse de /’attention, celle de la votante, sont les traits communs de l’animalité et de l’enfance humaine. (C. Renouvier.) L’homme qui appelle /’attention sur ses traits, d’esprit esl un pauvre qui fait sonner son argent. (Laténa !)

Que mon bon ange aussi me débarrasse De cet homme à prétention,

Qui, commandant l’attention,

À ses moindres propos attache une préface.

Il Soins attentifs et soutenus : Travailler avec attention. Mettre de /’attention dans tout ce qu’on fait. Avec un peu «/’attention, vous auriez évité ces fautes. Mettez plus d'attention dans vos paroles. Il semble que te temps soit un ennemi commun contre lequel tous les hommes sont convenus de se conjurer ; toute leur vie n’est qu’une attention continuelle à s’en défaire. (Mass.)

— Compte que l’on tient d’une chose, fondé sur l’importance qu’on y attache : Cette dernière raison me semble être la seule qui mérite quelque attention. (Buff.)

— Sollicitude, obligeance, égards, prévenances : // m’a donné mille preuves â'attention pendant ma maladie. (Acad.) Madame de Chaulnes a une attention pour moi pareille " ’- ——- (Mme de Sév.) Vous voulez qu’on

ATT,

Madame ne rebuta point l’air d’t de politesse du roi pour elle. (St-Sim.)-Le* petites attentions, qui semblaient devoir échapper à la supériorité de son génie, n’échappaient pas à la bonté de son cœur. (Mass.). En vérité, il faut remonter jusqu’aux beaux temps de la Grèce, pour trouver un prince victorieux qui fasse un tel usage de son loisir, et qui daigne avoir pour un particulier étranger des attentions si distinguées. (Volt.) Je voudrais être â portée de vous témoigner combien je suis sensible à vos attentions. (J.-J. Rouss.) // a pour moi des attentions dont je suis confus. (Le Sage.)

l’aire attention, avoir attention à ou sur, Prendre en considération, avoir égard à, soin de : // ne fait aucune attention à ce qu’on lui conseille, à ce qu’on lui dit. Ayez attention à ce qu’il ne vous échappe pas. Faites attention que cela est impraticable. (Acad.) C’est un homme qui n’A attention à rien. (Acad.).Ayez attention sur votre langue. (Boss.) Ils ne firent pas assez {/’attention à. un avis si salutaire. (Fén.) Vous aurez attention A votre santé. (Mme de Sév.) Les savants, uniquement occupés des siècles passés, ne font nulle attention aux mœurs de ceux qui les environnent, et avec qui ils sont obligés de vivre. (La Bruy.) On disait que j’avais beaucoup plus d’esprit et de vues que l’ordinaire

des gen$, que chacun me- craignait et avait attention à moi. (St-Sim.) On «’avait attkntion qu’À la diminution de leur prix. (Montesq.) il Avoir.attention est une locution qui a vieilli, et qu’on remplace presque toujours aujourd’hui par faire attention.

Faute-d’attention, loc. adv. Par manque d’attention : C’est faute d’attention qu’il n’a pas relevé cette erreur. (Acad.) il Les grammairiens ont beaucoup disputé sur ces deux locutions, faute d’attention, faute d’inattention, qu’on ne doit pas employer indifféremment l’une pour 1 autre ; l’usage différent qu’il faut en faire est toujours indiqué par le sens qu’on attache au mot faute. S’il remplit toutes les fonctions d’un substantif, c’est-à-dire s’il est accompagné d’un déterminatif, il faut dire : C’est une faute d’inattention. Cet enfant /ait dans ses devoirs des fautes d’inattentiont c’est-à-dire des fautes occasionnées par l’inattention. Si, au contraire, le mot faute n’est précédé d’aucun déterroinatif exprimé ou sous-entendu, il perd

son caractère de substantif, et forme, avec la préposition de, une véritable.locution prépositive, ce qui en change complètement le

sens. Ainsi Le Sage a eu tort de dire : Monsieur, avec tout son esprit, fait des fautes d’attention, ce qui signifie des fautes provenant ■ de l’attention, sens évidemment contraire à celui que l’auteur avait dans l’esprit. C’est ainsi que l’on dirait des fautes d’inexpérience, d’inapplication, et non des fautesd’expérience, d’application. Ceux qui acceptent ces locutions, les justifient au moyen de cette explication : des fautes contre l’attention, contre l’expérience, etc., ce qui est évidemment un abus de l’ellipse.

— Ellipt. et impérativ. Attention ! Soyez attentif : Attention ! je vais donner le signal. Il S’empl. surtout en t. milit. : Attention au

commandement ! On dit aujourd’hui : Garde à vos ! ellipse de Prenez garde à vous !

— Philos. Premier acte de la sensation transformée, dans le système de Condillac. il Dans le système de Laromiguière, Faculté fondamentale qui produit directement toutes les opérations primitives, et dont le développement engendre les autres facultés..

— Mar. Pavillon d’attention, Pavillon que l’on hisse pour faire comprendre que l’on a vu ou compris un signal.

— Syn : Attention, applicnlion, contension, méditation, réflexion. Y. APPLICATION.

»igi-

s. (La Bruy.) L

i, Macmnt,

  fait que rien n’échappt.

L’attention est l’application volontaire de l’esprit à une chose. (Jouffroy.) L’exactitude empêche qu’on n’omette la moindre chose : La qualité la plus indispensable d’un cuisinier est /’exactitude. (BrUl.-Sav.) Le soin est l’application d’esprit que l’on met à faire quelque chose : Celui qui destine ses ouvrages à l’impression doit les corriger avec soin. (Acad.) La vigilance fait qu’on ne néglige rien : Il trompe la vigilance d’un ennemi habile et prévoyant. (Boss.)

— Syn. Attention», considération, égards, ménogeiuent*. La considération consiste à témoigner le cas qu’on fait des personnes : Les vieillards qui conservent les goûts du jeune âge perdent en considération ce qu’ils gagnent en ridicule. (Na’pol. 1er.) Les égards consistent dans l’observation des convenances sociales : La science des égards est celle de. la politesse. (Scudéri.) Les ménagements consistent à éviter de choquer l’honneur et les inclinations d’autrui : On pourrait nous reprocher trop de ménagement, trop de douceur, trop de condescendance. (Boss.) Les attentions consistent à rendre à une personne des soins officieux, empressés, capables de lui plaire : C’est un très-galant homme, plein d’attentions et de soinsi (J.-J. Rouss.)

—Antonymes. Absence, dissipation, distraction, étourderie, inadvertance, inapplication, préoccupation.

— Encycl. Quand on considère l’aZ/en/ion comme un simple fait, comme une manifesta ATT

tion narticujière de l’activité de l’âme, elle) peut être définie l’acte par lequel l’esprit s’arrête plus ou moins longtemps sur un objet exclusivement a tout autre ; le mot en lui-même

n’exprime rien de plus, il nous montre l’esprit tendu, dirigé vers un point unique, sans rien préjuger sur la cause de cette tension, de cette direction. Il est aisé de sentir que l’attention, même dans ce sens restreint, doit être déjà un moyen de mieux voir et de mieux connaîtrecar on distingue moins nettement la véritable manière d’être d’une chose quand on en voit plusieurs autres en même temps, et surtout quand, après l’avoir vue un instant, on porte aussitôt ses regards sur d’autrès-objets. Les choses ne se montrent à nous d’abord que sous une de leurs faces, et la connaissance que nous en prenons par un premier regard est nécessairement très-incomplète ; elle est même souvent fautive, parce qu’elles peuvent se présenter à nous dans des circonstances qui en altèrent l’apparence même ; plus elles restent longtemps sous nos yeux ; plus il est probable qu elles reprendront leur apparence ordinaire, au cas où cette altération aurait eu lieu ; plus il y a lieu de croire aussi qu’elles se montreront, sous des aspects nouveaux, et qu’enfin elles se feront mieux connaître de toutes les manières.

Mais quelle ■ est la cause de ce fait que nous appelons attention ?. Quand l’esprit est ainsi tendu vers un objet, qu’est-ce qui le tend ? Est-ce sa volonté propre ou est-ce Quelque chose qui vient du dehors ? Il faudrait, pour résoudre cette question, connaître la nature intime de l’âme beaucoup mieux qr.o nous ne la connaissons. Néanmoins, l’étude des faits semble prouver qu’il y a deux espèces d’attention, l’une qui est presque involontaire et qui nous est imposée par les circonstances extérieures, l’autre que nous créons nous-mêmes ou que nous nous imaginons créer en faisant usage de notre liberté. Lin commerçnnt’qui vient d’apprendre la nouvelle d’une faillite où il perd une somme considérable, pense sans cessé aux moyens qu’il pourra employer pour échapper à la ruine, et il ne pourrait guère penser à autre chose, lors même qu’il le voudrait : c’est là une attention en quelque sorte forcée, et le vrai nom de cette tension constante d’un esprit vers un seul objet serait plutôt alors préoccupation. Mais le mathématicien qui s’applique à trouver la solution d’un problème, le chimiste qui s’enferme dans son laboratoire pour analyser un corps dont il veut connaître la nature, sont attentifs parce qu’ils veulent l’être, et c’est là le véritable caractère de l’attention, de celle du moins qui peut être féconde et qjii est la vraie source, de toutes nos connaissances comme de toutes nos découvertes. C’est ce que voulaitdire Butfon quand il affirmait que le génie n’est autre chose que la patience, et c’est aussi ce que signifiait la réponse que fit Newton lorsqu’on lui demanda comment il avait pu découvrir le principe de la gravitation universelle : < Je l’ai trouvé, dit-il, en y pensant toujours, c’est-à-dire en dirigeant constamment sur un seul objet, la cause des mouvements célestes, toutes les forces de mon esprit, tous les efforts de ma pensée. » Certes, il ne viendra à personne la pensée de nier que Newton ne voulût réellement penser sans cesse au système du monde pour en découvrir les lois ; mais en résulte-t-il nécessairement que Newton fût le véritable auteur, le créateur de sa propre attention ? Il voulait, mais pourquoi voulait-il ? Ce ne serait pas répondre sérieusement que de dire : parce qu’il le voulait. Son tempérament, son éducation première, les circonstances au milieu desquelles il avait passé sa vie, ne sont-ce pas là des causes tout aussi extérieures que 1 est pour le négociant l’annonce d’une faillite ? et ces causes n’étaient-elles pas d’une nature tout aussi nécessitante ? On dira peut-être que Newton se sentait moins contraint, plus libre dans l’attention qu’il portait au système du monde que le négociant dans celle avec laquelle il s’efforce de trouver un remède au dé^sastre qui l’a frappé ; il est possible que cela, soit vrai, mais on peut douter que la liberté soit démontrée par cela seul qu’elle est sentie, car toute erreur consiste précisément à sentir vrai ce qui est faux. Ainsi, quand on veut descendre au fond des choses, on voit que l’attention ne peut être définie d’une manière complètement satisfaisante ; il y a certainement une attention qui est volontaire, et c’est la meilleure ; mais cela signifie-t-il que tous les hommes peuvent se donner à eux-mêmes cette attention, ou, si on l’aime mieux, cette volonté de l’attention ? C’est un mystère qui ne sera révélé que le jour où la philosophie pourra nous dire nettement ce que c’est que la liberté de l’homme, et si le sentiment qu’il en a prouve quelque chose de plus que l’absence d’une contrainte visiblement extérieure.

Il peut arriver que l’objet sur lequel se porte l’attention soit multiple de sa nature, et alors on peut se demander si l’esprit se fixe à la fois sur toutes les parties ou s il ne les examine que l’une après l’autre. Nous ne voyons pas de raisons bien décisives qui empêchent de croire que l’attention puisse embrasser à la fois plusieurs objets concourant au même ensemble. Pourquoi, par exemple, Newton n’aurait-il pas pu réunir sous son regard toutes les planètes qui circulent autour de notre soleil ? Cependant, on a quelquefois soutenu l’opinion contraire, et l’on a prétendu que, dans ce cas, l’a//CTî/ !on se porte successivement