Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 10, part. 4, Mard-Memmonium.djvu/142

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çais, né à Marveil (Périgord), mort vers 1200. Son talent poétique le fît bien accueillir à la cour du vicomte de Béziers, Roger II, surnommé Taillefer, et il conçut pour la vicomtesse Adélaïde un amour que, selon l’usage du temps, il célébra dans ses vers. Cet amour déplut à son heureux rival, le roi de Castille Alphonse IX, qui le fît exiler. Marveil a chanté sa passion, ses joies et ses tristesses dans de nombreuses pièces de vers, dont le style est facile et naturel, et qui ne manquent ni de charme ni de tendresse. Raynouard en a publié quelques-unes dans son Choix des poésies des troubadours.

MARVEJOLS, en latin Marolagium, Maringium, ville de France (Lozère), chef-lieu d’arrond., à 20 kilom. N.-O. de Mende, sur la rive droite de la Coulagne, dans un riche et fertile vallon ; pop. aggl., 4,343 hab.—pop. tot., 4,734 hab. L’arrond. comprend 10 cant., 78 comm.et 51,039 hab. Tribunal de première instance, justice de paix, collège communal. Fabrication de serges, cadis et autres étoffes de laine ; tanneries, teintureries, briqueteries, filatures de laine. Cette petite ville est régulière, bien percée, bien bâtie et ornée de jolies fontaines : on y trouve quelques belles promenades. Elle était autrefois fortifiée.

L’origine de Marvejols ne paraît pas remonter au delà du XIe siècle. Une charte datée de 1060, le plus ancien document que nous possédions sur cette ville, fait mention du don de Marvejols à la fameuse abbaye de Saint-Victor de Marseille. Il est probable que Marvejols n’était guère alors qu’un village. Il eut les rois d’Aragon pour seigneurs suzerains, et fut plus tard compris (1258) dans le territoire rendu par l’un d’eux à Louis IX. Les guerres civiles du XVe siècle ayant causé un préjudice considérable à Marvejols, Charles VII, pour dédommager la ville, y institua une Monnaie royale (1443). Louis XI en fit présent, en 1483, à Louis de Joyeuse, lors du mariage de ce seigneur avec Jeanne de Bourbon. Les habitants de Marvejols embrassèrent le parti de la Réforme. En 1586, l’amiral de Joyeuse tomba à l’improviste sur ce refuge des huguenots, passa la population au fil de l’épée, détruisit les remparts et brûla la ville. Henri IV autorisa les habitants à relever leurs murailles et les y aida efficacement. Marvejols fut une des villes les plus cruellement atteintes par la révocation de l’édit de Nantes ; elle ne s’est jamais bien relevée de ce coup.

Il existe encore trois des anciennes portes de Marvejols ; sur chacune d’elles on lit une inscription qui rappelle la destruction et la reédification de la ville. Avant 1789, les états généraux de la province s’assemblaient tous les deux ans à Marvejols.

MARVELL (André), homme politique et écrivain satirique anglais, né à Kingston-upon-Hull, comté d’York, en 1620, mort à Londres en 1678 Lorsqu’il eut terminé ses études, il voyagea en Hollande, en France, en Italie, en Espagne, apprit les langues de ces divers pays et fut, pendant quelques années, secrétaire de l’ambassadeur anglais à Constantinople. De retour en Angleterre, Marvell devint un des secrétaires de Cromwell (1657), fut peu après nommé membre du Parlement par le bourg de Hull, qu’il ne cessa depuis lors de représenter, et bien qu’il prit rarement la parole à la Chambre des communes, il y exerça néanmoins une grande influence. Lors de la restauration des Stuarts, il passa sur le continent pour ne point être inquiété, habita pendant deux ans la Hollande et l’Allemagne, fut ensuite secrétaire de lord Carlisle, ambassadeur extraordinaire dans les Etats du Nord et revint prendre, en 1665, sa place a la Chambre des communes. Marvell, qui s’était fait connaître dans sa jeunesse par quelques poésies satiriques, publia en 1672 son fameux pamphlet : la Répétition mise en prose ( the Rehearsal transprosed), dont le titre est en partie emprunté à une comédie du duc de Buckingham. Dans cet écrit il accable des plus piquants sarcasmes le savant docteur S. Parker, défenseur virulent du pouvoir arbitraire et absolu. Parker lui ayant répondu par son Reproof to the Rehearsal transposed, Marvell lui répliqua par la Deuxième partie de la Répétition mise en prose (1673), qui mit tous les hommes de bon sens et d’esprit de son côté, et fut tellement écrasante pour son adversaire que celui-ci ne riposta point.

Il fit paraître ensuite deux autres pamphlets également remarquables ; M. Smirke ou le Théologien à la mode, suivi d’un Essai historique concernant les conciles généraux, les credo et les impostures en matière de religion (1676, in-4°), contre le docteur Turner, et le Tableau de l’origine du papisme et du gouvernement arbitraire en Angleterre (1675, in-fol.). Marvell n’était pas moins remarquable par la noblesse de son caractère que par l’élévation de ses idées et par son sincère attachement à la liberté. Charles II, qui goûtait beaucoup son esprit et sa conversation, s’efforça, mais en vain, de le gagner à sa cause. Il lui fit faire les offres les plus séduisantes et lui envoya, par le premier ministre Damby, un jour où il le savait dans une situation très-gênée, une somme de 1,000 livres sterling (25,000 fr.). Bien que ce jour-là Marvell, sans aucune fortune personnelle, se trouvât réduit à aller emprunter une guinée à un de ses amis, le ministre le trouva inébranlable dans ses refus. « Cet homme, si fier et si austère, dit Burnet, était le drôle le plus éveillé de son temps, le satirique le plus amusant de l’époque. Il écrivait dans un genre burlesque, mais d’une manière si particulière et si divertissante que, depuis le roi jusqu’aux marchands, ses livres furent lus avec grand plaisir. » Dans la société, Marvell était réservé et silencieux ; c’était seulement dans des réunions intimes qu’il se livrait à sa gaieté naturelle, et il était alors le plus charmant causeur. On croit qu’il mourut empoisonné. L’édition la plus complète de ses œuvres a été publiée en 1776 (3 vol. in-4°).

MARVILLE, village et commune de France (Meuse), canton, arrond. et à 15 kilom. S.-E. de Montmédy, sur l’Othain ; 1,315 hab. Usine à foulon, tannerie, chaussonnerie, quincaillerie, fabrique de pointes. Ce village, autrefois fortifié, tire son nom, suivant certains auteurs, du voisinage d’un temple dédié à Mars (Martis villa), et paraît devoir son origine à une villa romaine située sur une colline dite de Saint-Hilaire, qui domine au N.-O. Le château féodal a complètement disparu, mais il subsiste encore quelques vestiges de l’enceinte féodale.

MARVILLE-MOUTIERS-BRULÉ, village et commune de France (Eure-et-Loir), canton, arrond. et à 7 kilom. de Dreux ; 680 hab. L’église paroissiale, construction du Xe siècle assez bien conservée, est surmontée d’un clocher commencé sur de grandes proportions, mais resté inachevé. Restes de deux anciens châteaux. C’est sur le territoire de cette commune que se livra, le 19 décembre 1562, la bataille dite de Dreux, entre les catholiques et les protestants.

MARVOISIN s. m. {mar-voi-zain). Vitic. Variété de raisin.

MARVY (Louis), graveur français, né à Versailles en 1815, mort à Paris en 1850. Il prit des leçons du paysagiste Jules Dupré, puis s’adonna à la gravure à l’eau-forte et employa avec beaucoup de succès le procédé du vernis mou. Dessinateur habile, Marvy a reproduit d’un burin facile un grand nombre de tableaux de peintres modernes, particulièrement de Decamps, de Cabat, de Corot, de Diaz, etc., qu’il a rendus populaires. Ses gravures pittoresques, pleines de vigueur et de franchise, sont justement appréciées. Il a composé lui-même beaucoup de paysages à l’eau-forte et publié, en 1834, sous le titre de : Un été en voyage, une série de vingt gravures remarquables.

MARX (Jacques), médecin juif, né à Bonn (Prusse) en 1743, mort à Hanovre en 1789. Il fit des voyages en Angleterre et en Hollande, se lia avec le célèbre Fothergill, et, après avoir été médecin de l’électeur de Cologne, il se fixa à Hanovre. On peut reprocher à Marx de n’avoir pas su secouer le joug des préjugés et de s’être montré l’antagoniste acharné et violent de Herz, lorsque ce savant médecin s’éleva contre les inhumations précipitées, alors en usage parmi les juifs. Marx a beaucoup contribué à propager l’usage du gland de chêne torréfié comme tonique en guise de café. Nous avons de lui : De spasmis seu motibus convulsivis optimaque iisdem medendi ratione (Halle, 1765, in-4°) ; Observata quædam medicæ (Berlin, 1772, in-8°) ; Novæ observationes medicæ (Hanovre, 1774, in-8°) ; De la phthisie pulmonaire (Hanovre, 1784, in-8°) ; Sur la sépulture des morts (Hanovre, 1787, in-8°) ; Histoire des glands (Leipzig, 1789, in-8°).

MARX (Edmond), médecin français, né vers 1797, mort à Paris en 1865. Il se fit recevoir docteur à Paris en 1829. Elève de prédilection, favori et confident même de Dupuytren, il doit à l’amitié de l’immortel chirurgien une bonne partie de sa réputation scientifique. Le docteur Marx devint médecin des épidémies de la Seine et médecin de la maison du baron de Rothschild, dont il était le coreligionnaire. On-lui doit : Mémoire sur les polypes de la matrice ; Diagnostic différentiel des luxations et des fractures du bras ; Réduction des luxations anciennes ; Opération de la cataracte par la kératonyxis ; Ligature de l’artère sous-claviére ; Etranglement des hernies par le collet du sac ; Kystes hydatiques ; Traité théorique et pratique des blessures par armes de guerre, d’après les leçons de Dupuytren (1834, 2 vol. in-8"), en collaboration avec M. Paillard ; Leçons orales de clinique chirurgicale de Dupuytren (Paris, 1839-1840, 6 vol. in-8°). en collaboration avec M. Brière de Boismont ; Des accidents fébriles à forme intermittente et des phlegmasies à siège spécial qui suivent les opérations pratiquées sur le canal de l’urètre (1861, in-8°) ; De la fièvre typhoïde (1864, in-8").

MARX (Adolphe-Bernard), compositeur et musicographe allemand, né à Halle en 1799, mort en 1866. Fils d’un médecin, il étudia d’abord le droit dans sa ville natale, où il remplit des fonctions judiciaires, puis devint référendaire au tribunal de Nuremberg. Tout en remplissant ces graves fonctions, le jeune magistrat étudiait la musique et l’harmonie avec le professeur Turk et composait à Nuremberg deux opéras. Renonçant alors à la magistrature, Marx quitta cette ville pour aller habiter Berlin, où il se créa une position indépendante en donnant des leçons de musique et en publiant plusieurs ouvrages d’histoire musicale. Reçu docteur ès musique en 1827, Marx devint professeur de musique à l’université de Berlin, où il fit preuve d’une science très-variée, traitant avec une égale autorité la composition, l’histoire et la philosophie de la musique. Parmi ses principales œuvres théoriques, nous citerons : l’Art du chant (Berlin, 1826) ; De la peinture en musique (Berlin, 1828) ; un excellent Traité de composition (Leipzig, 1837-1845) ; Théorie générale de la musique (1839), et de remarquables articles sur le contre-point, sur Bach, sur Beethoven, Gluck, Grétry, Haydn, Hændel, etc., dans le Dictionnaire de la musique du docteur G. Schilling (Stuttgard, 1835) et dans la Gazette musicale de Berlin. Parmi ses compositions musicales, nous mentionnerons : Jerry et Bœtely, drame lyrique (Berlin, 1825), dont le livret, emprunté au théâtre de Gœthe, a été pris par Scribe pour composer celui du Chalet ; la Vengeance sait attendre, mélodrame emprunté à Calderon de La Barca (1827) ; une Symphonie, exécutée pour la première fois au mariage du prince Guillaume de Prusse, en 1829 ; Livre de chant choral et d’orgue, dans lequel on trouve environ deux cents préludes ; deux oratorios : Saint Jean-Baptiste et Moïse (1833) ; Nahid et Amar ; le Chant du printemps ; plusieurs hymnes pour voix d’hommes, des chœurs, des mélodies très-élémentaires et plusieurs morceaux de piano et de chant. Marx fut l’éditeur de plusieurs des œuvres de Sébastien Bach, et publia un recueil des meilleurs morceaux de ce maître pour orgue et piano, qu’il fit précéder d’une Dissertation sur la façon dont on doit comprendre et exécuter les œuvres de Sébastien Bach. Enfin, il a fait paraître ses Mémoires (1865, 2 vol.).

MARX (Karl), révolutionnaire et socialiste prussien, le principal fondateur de l’Internationale, né en 1814. Il appartient à une famille israélite de Trêves. Il étudia aux universités de Bonn et de Berlin, d’abord le droit, puis l’histoire et la philosophie, qu’un peu plus tard il professa à Bonn, après avoir pris le grade de docteur. En même temps il s’adonnait à l’économie politique, et se formait ces opinions hardies dont il devait rechercher l’application pendant tout le cours de son aventureuse existence. A la mort de Frédéric-Guillaume III (1840), M. Marx abandonna l’enseignement pour entrer à la rédaction de la Gazette rhénane (Die Rheinische Zeitung), que les chefs de la bourgeoisie libérale, Hanseman, Kamphausen, etc., venaient de fonder à Cologne. M. Marx s’y fit tellement remarquer qu’en 1842 on lui confia la rédaction en chef. Mais sa polémique vigoureuse, qui donnait à ses théories politiques un grand retentissement, ne tarda pas à alarmer le pouvoir. On obligea M. Marx à obtenir, pour publier sa feuille, l’imprimatur du censeur ordinaire et l’approbation du préfet de Cologne, et bientôt ce contrôle sévère ayant paru insuffisant, une décision ministérielle suspendit la Gazette rhénane (1843).

M. Marx se réfugia alors à Paris et y publia, avec le docteur Ruge, les Annales franco-allemandes (1844), dont l’entrée fut interdite en Prusse et qui cessèrent bientôt de paraître. Peu après il publia, avec Frédéric Engels, la Sainte famille contre Bruno Bauer et consorts (Paris, 1845), espèce de pamphlet dans lequel il critiquait vivement l’idéalisme allemand, auquel il voulait substituer le réalisme historique. Expulsé de France sur la demande du gouvernement prussien, qu’il poursuivait de ses attaques continuelles, M. Marx se rendit à Bruxelles, où il publia en français un Discours sur le libre échange (1846) ; Misère de la philosophie, réponse à la Philosophie de la misère de M. Proudhon (1847), et en allemand, avec Engels le Manifeste du parti communiste (1848), qui avait été adopté par un congrès d’ouvriers de diverses nations tenu à Londres en 1847. Dès cette époque, M. Marx, le véritable père de la doctrine communiste qu’on appelle le lassallisme, avait des doctrines très-arrêtées. Repoussant à la fois les théories de Saint-Simon, de Fourier, de Cabet, de Proudhon, de Louis Blanc, etc., il prétendait fonder une « école scientifique ; » selon lui, il faut considérer le passé comme n’ayant pas existé, et ne demander les lois de la société de l’avenir qu’à l’expérimentalisme. Le socialisme scientifique doit prendre pour point de départ les travaux des Buckner, des Darwin, les découvertes de la philosophie médicale, et, pour constituer la société nouvelle, il faut qu’il se base scientifiquement sur l’étude de la constitution de l’être humain, sur l’anatomie, sur la sociologie et l’anthropologie. En un mot, d’après cette théorie, l’homme n’est pas un être aux facultés complexes, aux besoins contradictoires, mais une sorte de machine aux mouvements déterminés et invariables, d’où il suit qu’on doit formuler la loi de l’individu d’après l’examen de ses organes, et les droits public et international d’après les caractères des races humaines.

Le docteur Marx continua avec ardeur, dans la Gazette allemande de Bruxelles, son active propagande socialiste et ses attaques contre le gouvernement prussien. Le cabinet de Berlin venait de demander son expulsion de Belgique lorsque éclata la révolution de Février 1848. Il revint alors à Paris, qu’il quitta pour se rendre à Cologne dès que la révolution se fut déclarée en Allemagne, et fonda dans cette ville, avec ses anciens compagnons d’exil, la Nouvelle Gazette rhénane, où il se signala par l’audace de ses idées révolutionnaires. Lorsque, dans l’automne de 1848, le gouvernement prussien fit un coup d’Etat en chassant de Berlin l’Assemblée nationale et en octroyant une charte, Marx fit dans son journal un appel au peuple, qu’il engagea à refuser l’impôt et à repousser la force par la force. Mais le gouvernement proclama l’état de siège à Cologne, la Nouvelle Gazette rhénane fut suspendue, et son rédacteur reçut l’ordre de quitter la ville. M. Marx, pourtant, ne se découragea point, et, aussitôt après la levée de l’état de siège, il recommença la lutte. On lui intenta alors procès sur procès. Mais comme les affaires passaient devant le jury, il fut régulièrement acquitté et ne trouva dans ces persécutions que de nouveaux thèmes d’opposition.

Expulsé de Prusse au printemps de 1849, M. Marx revint encore une fois à Paris ; mais le gouvernement voulut l’interner dans le Morbihan, et il quitta la France pour aller se fixer à Londres, où il a toujours vécu depuis. Peu après, il essaya de reprendre la publication de la Nouvelle Gazette rhénane, sous forme d’une revue mensuelle publiée à Hambourg ; mais elle dut cesser de paraître en 1851, après le triomphe complet de la réaction. Il publia alors successivement : le Dix-huit brumaire de Louis Bonaparte (Boston, 1852) ; Révélations sur le procès des communistes à Cologne (1853), philippique contre le gouvernement prussien et la bourgeoisie allemande ; Observations critiques sur l’économie politique (Berlin, 1859) ; Monsieur Vogt (Londres, 1860), pamphlet dans lequel il ridiculise la pseudo-démocratie impérialiste, tout en accusant le professeur Karl Vogt et ses confrères de la presse allemande et de la presse suisse de s’être vendus à Napoléon III, lors de la guerre d’Italie. Vers la même époque, il collabora à la New-York Tribune, où il publia, jusqu’à l’explosion de la guerre civile américaine, un grand nombre d’articles de fond sur le mouvement européen, et une correspondance anglaise.

Jusqu’en 1862, M. Marx vécut dans la retraite, au sein de sa famille, à Londres, ne s’occupant que de philosophie et d’économie politique. A cette époque, il se donna tout entier à l’œuvre qui a principalement contribué a mettre son nom en lumière, à la fondation de la célèbre Association internationale des travailleurs. A deux reprises différentes, il avait essayé déjà de fonder une association d’ouvriers, secrètement d’abord dans la Ligue communiste des ouvriers, ouvertement dans la Société internationale de la démocratie, à Bruxelles en 1847 ; mais ces tentatives avaient échoué. L’Exposition de Londres, en 1862, en réunissant pour un instant un grand nombre de travailleurs de tous les pays, fut plus favorable à ses projets. Il fut un des promoteurs de la célèbre « fête de la fraternisation internationale » du 5 août 1862, qui réunit tous les délégués ouvriers à la taverne des francs-maçons à Londres, et où fut lancée l’idée d’une association internationale des travailleurs. Toutefois, ce ne fut que deux ans plus tard, le 28 septembre 1804, que l’Internationale fut définitivement fondée au meeting de Saint-Martin-Hall, à Londres. V. travailleurs (Association internationale des).

Bien qu’il fût l’âme de la fameuse association, Karl Marx ne fit point partie du premier conseil général, siégeant à Londres et composé de trois ouvriers anglais : Odger, Cremer et Whelert ; mais, dès l’année suivante (1865), il fut adjoint à ce conseil avec Eugène Dupont et Jung. Grâce à son instruction, à la supériorité réelle de ses talents, Marx y exerça une influence prépondérante. Il fut chargé de dresser le plan de la société, d’écrire les instructions données aux agents chargés de la répandre en Europe, de faire d’innombrables rapports. C’est lui qui est l’auteur des statuts généraux de l’Internationale, adoptés au congrès de Genève en 1866. C’est également lui qui, soit à Londres, soit à divers congrès de l’association, a rédigé les principales publications du conseil central. Le 28 février 1871, il écrivit de Londres à Serrallier pour engager les membres de l’Internationale à Paris à ne point se mêler aux émeutes, à « observer les lois, dit-il, jusqu’au jour où le poids de l’intelligence, joint au poids des injustices et des persécutions de la société entière, fera pencher la balance en notre faveur. » Toutefois, quelques mois plus tard, à l’occasion de la Commune, il écrivit, sous le titre de : La guerre civile en France, adresse du conseil général à l’Association internationale des travailleurs, un violent factum qui produisit une très-grande sensation, et qui fut en partie la cause des attaques passionnées dont l’Internationale ne tarda pas à être l’objet.

Dès cette époque, une scission s’était produite au sein de l’Internationale. Elle avait commencé au congrès de Berne en 1868, où M. Bakounine s’était retiré du congrès, à la suite d’une scène violente, et avait fondé une nouvelle société sous le nom d’Alliance de la démocratie socialiste. Les membres de l’Alliance, désignés sous le nom de ami-autoritaires ou de russo-latins, continuèrent à faire partie de l’Internationale, mais trouvèrent un adversaire déclaré dans M. Marx,