Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 10, part. 4, Mard-Memmonium.djvu/20

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nom d’Olof. Le père de Marguerite, Valdemar, étant mort en 1376, sans laisser d’enfant mâle, cette princesse, malgré tous les obstacles, parvint à faire proclamer roi de Danemark le jeune Olof et à se faire donner la régence. Après la mort de son mari Haquin (1380), elle fut aussi appelée à gouverner la Norvège. Quatre ans plus tard, Marguerite battit le roi de Suède, qui avait envahi le Halland, rentra ensuite en possession de la Scanie, que son père avait engagée aux villes hanséatiques pour quinze ans, fit alliance avec ces villes, dont elle favorisa le commerce, réforma alors l’administration intérieure, destitua les baillis prévaricateurs et fit rentrer dans le trésor épuisé les revenus qui en avaient été détournés. Sur ces entrefaites, son fils Olof étant mort (1387), elle se fit déférer la couronne de Danemark, puis se rendit en Norvège, où, pour s’assurer le pouvoir et garder la régence, elle fit élire roi un enfant de cinq ans, son petit-neveu Éric, fils du duc de Poméranie. C’est alors que Marguerite résolut de mettre à exécution le projet depuis longtemps conçu par elle de réunir les trois royaumes scandinaves. Profitant du mécontentement qu’Albert de Mecklembourg avait excité chez les nobles suédois, elle leur proposa de maintenir les privilèges du royaumes si on lui conférait la couronne (1388). Ces conditions ayant été acceptées, elle envahit la Suède (1389), remporta une victoire complète sur Albert à Falkœping (Westrogothie), et, pour activer la ruine de ce dernier, elle fit un traité avec Jean, duc de Mecklembourg, qui soutenait le parti d’Albert. Devenue maîtresse des trois royaumes, y voyant la tranquillité rétablie, Marguerite fît donner la couronne de Danemark et celle de Suède à son neveu Éric, qu’elle avait fait antérieurement proclamer roi de Norvège, et, l’année suivante, en 1397, fit approuver par dix-sept seigneurs, appartenant aux sénats des trois royaumes, l’acte fameux connu sous le nom d’union de Calmar, en vertu duquel les trois royaumes devaient être gouvernés par un seul et même roi, élu parmi les fils du dernier souverain ou, à leur défaut, parmi les plus dignes de porter la couronne. Bien qu’elle eût cessé de prendre le titre de reine, Marguerite n’en continua pas moins à diriger toutes les affaires. En 1339, elle envoya contre les Russes une armée qui les battit et soumit aux États scandinaves la Laponie et une partie de la Finlande. Malheureusement, Éric était incapable de remplir le grand rôle auquel Marguerite l’avait appelé, et cette princesse eut plus d’une fois à se repentir de son choix. Pendant qu’elle rétablissait la confiance et la paix, favorisait le clergé pour l’opposer à la noblesse, Éric attirait sur les armes danoises, dans la guerre contre les comtes de Holstein, les premiers revers qu’elles eussent encore essuyés depuis que Marguerite gouvernait l’État, faisait mourir injustement un ministre fidèle, Abraham Brodersson, et se montrait aussi impatient qu’incapable de régner. Bien qu’affectée vivement de cette conduite, Marguerite n’en continua pas moins à veiller à l’accroissement de la puissance d’Éric, conclut une convention avec les comtes de Holstein, et mourut subitement dans le port de Flensbourg. « Joignant, dit Eyriès, à la force du caractère et à l’étendue de l’esprit, qui sont plus particulièrement le partage des hommes, les grâces et la douceur de son sexe, elle parvint à dominer sans paraître aspirer à la domination ; elle montra une grande habileté à préparer les événements et à les diriger dans ses intérêts. Sous son règne le peuple fut heureux. »


MARGUERITE (sainte), reine d’Écosse, née en 1046, morte en 1093. Fille d’Édouard le Confesseur et sœur d’Edgard, elle fut obligée de fuir l’Angleterre envahie par Guillaume le Conquérant et se réfugia en Écosse, où elle fut accueillie par Malcolm III, dont bientôt après, en 1070, elle devint l’épouse. Marguerite se signala par ses vertus, par sa charité envers les orphelins et les indigents et par ses austérités. Elle fit établir des lois somptuaires, combla le clergé de faveurs, ordonna l’édification de la cathédrale de Durham et obtint la fondation des évêchés de Murray et de Cathness. Marguerite eut de Malcolm trois fils, Edgard, Alexandre et David, qu’elle éleva avec le plus grand soin. Deux de ses fils et son mari ayant été tués dans une bataille en 1093, elle en éprouva une telle douleur qu’elle mourut trois jours après. Cette princesse, dont l’Église célèbre la fête le 10 juin, fut canonisée en 1251.


MARGUERITE D’AUTRICHE, reine d’Espagne, née à Gratz en 1584, morte à Madrid en 1611. Elle était fille de l’archiduc Charles d’Autriche et de Marie de Bavière. En 1598, elle fut mariée au fils de Philippe II, roi d’Espagne, lequel succéda à son père sous le nom de Philippe III (1598). Cette princesse se fit remarquer par une dévotion outrée ; elle fonda plusieurs monastères, entre autres ceux des Cordelières à Valladolid et des Récolettes-Augustines à Madrid. Son extrême piété la tint toujours à l’écart des affaires publiques. Marguerite fut mère de Philippe IV, de Charles, infant d’Espagne, de Ferdinand, devenu archevêque de Tolède, primat d’Espagne, etc., d’Anne d’Autriche, qui épousa Louis XIII, roi de France, et de Marie, qui fut mariée à Ferdinand d’Autriche.


MARGUERITE D’ALSACE, comtesse de Flandre et de Hainaut, morte à Bruges en 1194. Devenue veuve du comte de Vermandois, elle épousa en secondes noces le comte de Hainaut, Baudouin V (1169), dont elle eut, entre autres enfants, Baudouin IX, qui devint empereur de Constantinople ; elle s’empara, à la mort de son frère Philippe, de la Flandre (1191), et se vit disputer cette possession par le roi de France, Philippe-Auguste, qui la réclamait comme étant la dot de sa femme Isabelle. À l’appel de Marguerite, les Flamands se soulevèrent en sa faveur et le roi de France renonça à faire la guerre, après avoir reçu toutefois une somme de 5,000 marcs d’argent.


MARGUERITE DE CONSTANTINOPLE, dite la Noire, comtesse de Flandre et de Hainaut, petite-fille de la précédente, née à Bruges en 1202, morte en 1280. Son père, Baudouin, empereur de Constantinople, en partant pour la croisade, la confia tout enfant aux soins de Bouchard, sire d’Avesnes, qui était dans les ordres. La jeune fille avait à peine onze ans lorsque Bouchard la séduisit et l’épousa (1213). Joinville raconte que, poussé par le remords, le sire d’Avesnes se rendit à Rome pour obtenir du pape son pardon, et que celui-ci le lui accorda à la condition qu’il ne reverrait plus Marguerite et qu’il ferait un pèlerinage en terre sainte. De retour en Flandre, il revit sa femme, fut excommunié, jeté en prison à Gand et décapité par ordre de Jeanne, comtesse de Flandre, sœur aînée de Marguerite. De son union avec Bouchard d’Avesnes, Marguerite avait eu deux fils, Jean et Baudouin d’Avesnes, dont la naissance équivoque fut déclarée illégitime par le pape Grégoire IX et légitime par le pape Innocent IV. En 1218, elle se remaria avec Guillaume de Dampierre, dont elle eut trois fils et deux filles, devint veuve en 1240, et succéda à sa sœur Jeanne comme comtesse de Flandre et de Hainaut en 1244. La préférence marquée que Marguerite montra à ses enfants du second lit, Guillaume, Guy et Jean de Dampierre, sur ceux du premier, Jean et Baudouin d’Avesnes, amena entre eux une rivalité qui causa une guerre longue et sanglante, à la fin de laquelle les d’Avesnes eurent le comté de Hainaut, et les Dampierre celui de Flandre, pour en jouir après la mort de leur mère. Celle-ci avait associé depuis longtemps son fils Guy de Dampierre au gouvernement de la Flandre, lorsqu’elle lui abandonna entièrement le pouvoir peu de temps avant sa mort, en 1278. Marguerite de Constantinople, malgré son surnom de la Noire ou de la Dame noire, que lui donnèrent par dénigrement les mécontents du Hainaut, contribua beaucoup à la prospérité de la Flandre ; elle favorisa l’industrie, le commerce, étendit les libertés municipales et affranchit, moyennant une légère redevance, tous les serfs qui lui appartenaient.


MARGUERITE DE FLANDRE, comtesse de Flandre et duchesse de Bourgogne, née en 1350, morte en 1405. Fille du comte de Flandre Louis II, elle épousa, en 1361, Philippe de Rouvre, duc de Bourgogne, qui la laissa veuve au bout de quelques mois, et se remaria, en 1369, avec le frère du roi de France Charles V, Philippe, qui venait d’être appelé à prendre possession du duché de Bourgogne. Après la mort de son père (1384), Marguerite lui succéda dans les comtés de Flandre, d’Artois, de Réthel, de Nevers et, après que Charles VI fut tombé en démence, elle aida son mari à s’emparer du gouvernement de la France. Elle se montra l’implacable ennemie de la duchesse d’Orléans, logea dans son hôtel Pierre de Craon, qui avait voulu assassiner le connétable de Clisson, renonça à la succession de son mari, mort en 1404, et mourut elle-même subitement quelques mois après.


MARGUERITE DE PROVENCE, reine de France, fille du comte de Provence, née en 1219, morte en 1295. Elle épousa saint Louis en 1234, se montra par ses vertus et par son affection digne d’être sa compagne, et se fit tendrement aimer de son mari, malgré les efforts constants de la reine Blanche pour séparer les deux époux, dans la crainte que Marguerite ne prît à son détriment de l’ascendant sur l’esprit du roi. « La reine Blanche, dit à ce sujet le chroniqueur Joinville, ne vouloit souffrir à son pouvoir que son fils fust en la compagnie de sa femme, sinon le soir quand il alloit coucher avec elle. Les hostels où il plaisait mieux au roi et à la reine à demeurer, c’estoit à Pontoise, pour ce que la chambre du roi estoit dessus et la chambre de la reine dessous, et avoient ainsi accordé leur besogne qu’ils tenoient leur parlement en un escalier à vis qui descendoit de l’une chambre en l’autre. Et avoient ordonné que quand les huissiers voyoient venir la reine Blanche en la chambre du roi son fils, ils battoient les portes de leurs verges, et le roi s’en venoit courant en sa chambre pour que sa mère l’y trouvast. Une fois estoit le roi auprès de la reine sa femme, et estoit en grand péril de more pour ce qu’elle estoit blessée d’un enfant quelle avoit eu. Là vint la reine Blanche, et prit son fils par la main et lui dit : « Venez-vous-en, vous ne faites rien ici. » Quand la reine Marguerite vit que la reine emmenoit le roi, elle s’écria : « Hélas ! vous ne me laisserez voir mon seigneur ni morte ni vive ! » En 1248, Marguerite accompagna Louis IX à la première croisade et resta à Damiette pendant que le roi faisait l’expédition de Mansourah. Au moment où elle apprit la captivité de saint Louis, elle était enceinte et assiégée dans Damiette par les Sarrasins. N’ayant plus d’espoir d’être secourue, elle détermina les croisés à résister et pria un vieux chevalier de lui couper la tête si la ville était prise. « Vous serez obéie, lui répondit le chevalier ; j’y avais déjà pensé. » Quelques jours après, Marguerite devint mère d’un fils, à qui elle donna le nom de Tristan. Elle parvint à sortir de Damiette avant la reddition de la place, trouva l’argent nécessaire pour la rançon du roi et revint avec Louis IX en France, lorsque la mort de la reine Blanche rappela le roi dans ses États (1254). Sans prendre part au gouvernement, Marguerite devint le conseiller secret de son mari, à qui elle donna d’utiles conseils, et qu’elle détourna notamment d’abdiquer et de se faire dominicain (1255). Après la mort de saint Louis (1270), elle se retira dans un couvent qu’elle avait fondé au faubourg Saint-Marcel, à Paris, multiplia les fondations pieuses, et s’occupa en même temps de faire valoir ses droits sur la Provence, dont s’était emparé Charles d’Anjou. Cette princesse avait eu onze enfants de son mariage avec Louis IX.


MARGUERITE D’ÉCOSSE, dauphine de France, fille aînée de Jacques Stuart, premier du nom, femme de Louis XI, née en 1425, morte à Châlons-sur-Marne le 16 août 1444. À l’âge de trois ans, en 1428, Marguerite d’Écosse fut fiancée au dauphin, fils de Charles VII, et huit années après, le 24 juin 1436, elle faisait son entrée solennelle à Tours, où elle épousait le prince qui devait être Louis XI, et qui était alors âgé de treize ans (24 juin 1436). C’était une jeune fille douce, aimable, cherchant à se rendre agréable À tous, et qui avait la passion des lettres. On la voyait passer une partie de ses jours et de ses nuits à lire les œuvres des poètes et À composer elle-même des poésies. Elle s’était prise d’une haute admiration pour le poète Alain Chartier, qui vivait à la cour. « Un jour, dit le chroniqueur Jean Bouchet, ainsi qu’elle passoit une salle où ledit maistre Alain s’estoit endormi sur un banc, comme il dormoit le fut baiser devant toute la compagnie ; dont celuy qui la menoit fut envieux, et luy dit : « Madame, je suis esbahy comme avés baisé cet homme qui est si laid ! » Car, à la vérité, il n’avoit pas beau visage. Et eLLe fit réponse : « Je n’ay pas baisé l’homme, mais la précieuse bouche de laquelle sont sortis tant de bons mots et de vertueuses paroles. »

Le dauphin Louis, qui était un esprit sec et prosaïque, n’aima point sa jeune et savante femme. Il ne lui montra qu’indifférence et froideur, et il la délaissa. Bientôt la jeune princesse se vit victime de la calomnie. Un gentilhomme, nommé Jean Du Tillet, étant entré un soir dans la chambre de la dauphine, la trouva sans lumière, assise sur son lit et causant avec ses dames de compagnie, parmi lesquelles se trouvait mêlé le sire d’Estouteville. Aussitôt il se mit à crier au scandale, attaqua publiquement la jeune princesse, qu’il s’attacha à déshonorer, et excita contre elle le dauphin. Ces calomnies, les soupçons du dauphin causèrent une vive douleur à Marguerite. Peu après elle fut atteinte d’une pleurésie, et elle mourut, abreuvée de dégoût, à vingt et un ans, en s’écriant : « Fi de la vie ! qu’on ne m’en parle plus. » Michelet laisse supposer que le dauphin Louis ne fut pas étranger à la mort de sa femme. « Quand, dit-il, la Dame de Beauté (Agnès Sorel) mourut, tout le monde, dit-il, crut que le dauphin l’avait fait empoisonner. Au reste, dès ce temps, ceux qui lui déplaisaient vivaient peu ; témoin sa première femme, la trop savante et spirituelle Marguerite d’Écosse. » Mais il n’y a pas de preuves d’un tel crime.


MARGUERITE PALÉOLOGUE, duchesse de Mantoue, célèbre par sa beauté, son esprit, sa haute sagesse, et que les écrivains italiens ont appelée la Vraie Marguerite, la Marguerite des Marguerites d’Italie, née au commencement du xvie siècle. Fille de Guillaume, marquis de Montferrat, de l’illustre maison des Paléologues, elle épousa, en 1532, Frédéric-Gonzague Ier, duc de Mantoue. Restée veuve après neuf ans de mariage, en 1541, Marguerite refusa de se remarier, afin de pouvoir se consacrer tout entière à l’éducation de ses enfants et à l’administration de ses États, où elle fit régner la justice et la paix.


MARGUERITE DE BOURGOGNE, reine de Navarre, née en 1290, morte en 1315. Fille de Robert II, duc de Bourgogne, et d’Agnès, fille de saint Louis, elle fut fiancée en 1299 à Louis le Hutin, qui devint, en 1304, roi de Navarre, en 1315, roi de France, et elle fut mariée à ce prince en 1305. Marguerite était douée d’une grande beauté, vive, spirituelle, et elle aimait avec passion les plaisirs. En dépit des nombreux édits somptuaires de Philippe le Bel, Marguerite et sa belle-sœur, Blanche de Bourgogne, femme de Charles, comte de La Marche, vivaient à l’abbaye de Maubuisson au milieu de tous les enchantements que peut donner la richesse. Les deux jeunes femmes (quelques historiens, aux noms de Marguerite et de Blanche ajoutent celui de Jeanne, la troisième belle-fille de Philippe le Bel) se laissèrent bientôt emporter à toute la fougue de leurs passions. Elles nouèrent une intrigue amoureuse avec deux chevaliers normands attachés à leur service : Philippe et Gaultier d’Aulnay ou de Launay, « assez mal faits de leurs personnes, » dit l’historien Velly. L’abbaye de Maubuisson devint alors le théâtre des désordres, des débauches, des scènes honteuses du libertinage de Blanche et de Marguerite de Bourgogne (1314). Philippe le Bel, en ayant été informé, ordonna l’arrestation des frères d’Aulnay. Ceux-ci, au milieu des tortures, avouèrent que depuis trois ans ils péchaient avec leurs jeunes maîtresses, « et même dans les plus saints jours, » et furent condamnés à la peine capitale. Leur supplice fut atroce. Amenés sur la place du Martroy, à Pontoise, ils y furent écorchés vifs, châtrés, décapités et pendus par les aisselles. Là ne se borna point la vengeance royale. On arrêta une foule de malheureux, qu’on prétendit complices des désordres des princesses ; on tua secrètement les uns, on jeta les autres, enfermés dans des sacs, à la rivière.

Des trois princesses, Jeanne, comtesse de Poitiers, seule fut déclarée innocente. « Philippe le Long, son mari, dit un historien, n’avait garde de la trouver coupable, car il lui aurait fallu rendre la Franche-Comté, qu’elle lui avait apportée en dot. » Quant à Marguerite et à Blanche, après avoir eu la tète rasée, punition des femmes adultères, elles furent conduites au château fort des Andelys, puis au château Gaillard, où elles eurent à endurer toutes sortes de souffrances. Lorsque, en 1315, Louis le Hutin succéda à son père comme roi de France, il résolut de se débarrasser de sa femme pour épouser Clémence de Hongrie, et, d’après son ordre, Marguerite fut mise à mort dans sa prison. Selon quelques historiens, elle périt étouffée entre deux matelas ; selon d’autres, on l’étrangla avec ses cheveux. Elle avait eu de son mariage avec Louis le Hutin une fille, Jeanne, née en 1312, qui épousa Philippe d’Évreux (1317) et devint reine de Navarre en 1328.

C’est à tort qu’on a fait de Marguerite de Bourgogne la sanglante héroïne de la légende de la tour de Nesle, qu’on l’a accusée d’y attirer des jeunes gens pour satisfaire ses passions effrénées et de les faire précipiter ensuite dans la Seine. Les écrivains du temps ne font aucune allusion à de pareils faits et il ne paraît pas que Marguerite ait habité la tour de Nesle. D’après quelques historiens, la reine qui se rendit coupable de ces crimes fut Jeanne, femme de Philippe le Bel, Villon, qui fut presque contemporain de Jeanne, est de cette dernière opinion et il prétend que Jean Buridan, le philosophe nominaliste, fut l’étudiant qui, jeté à la Seine, parvint à se sauver et dénonça les crimes de la reine. Dans le drame de la Tour de Nesle, MM. Gaillardet et Alex. Dumas, ont fait de la jeune princesse Marguerite, morte à vingt-cinq ans, la mère des deux d’Aulnay, transformé le philosophe Buridan en un capitaine bourguignon et mis sur le compte de la femme de Louis le Hutin les crimes accomplis dans la célèbre tour. Il va sans dire que toute cette trame est de pure fantaisie et n’a rien de commun avec la vérité historique.


MARGUERITE DE VALOIS ou D’ANGOULÊME, reine de Navarre, fille de Charles d’Orléans et sœur de François Ier, née à Angoulême en 1492, morte à Odes (Bigorre) en 1549. Belle, spirituelle, instruite, connaissant l’italien, l’espagnol, le latin et même un peu de grec et d’hébreu, joignant à l’élégance exquise des manières les plus précieuses qualités du cœur, bonne, humaine, tolérante dans un temps d’excessive intolérance religieuse, honnête au milieu d’une cour où régnait la plus grande corruption, Marguerite fut sans contredit la princesse la plus accomplie de son siècle. En 1509, on lui fit épouser le duc d’Alençon, peu digne d’elle. Six ans plus tard, son frère étant devenu roi sous le nom de François Ier (1515), elle joua un rôle considérable à la cour ; ce prince, si l’on en croit Brantôme, la consultait dans toutes les affaires importantes et l’employa dans plusieurs négociations difficiles. Devenue veuve du duc d’Alençon, mort après la bataille de Pavie (1525), elle alla consoler son frère pendant sa captivité à Madrid ; celui-ci, qu’elle aimait tendrement, avait pour elle en retour une grande amitié et la nommait la Marguerite des Marguerites. Elle se remaria, en 1527, au roi de Navarre, Henri d’Albret ; Jeanne d’Albret, mère de Henri IV, naquit de ce mariage. Dans son royaume, elle fit fleurir l’agriculture, le commerce et les arts, donna asile aux protestants persécutés et fit d’honorables efforts pour les réconcilier avec les catholiques. Pleine de dégoût pour la superstition du moyen âge et pour les moines qui exploitaient la crédulité populaire, elle avait accueilli avec une sympathique curiosité les idées de réforme dont Érasme et Lefèvre d’Étaples s’étaient faits les promoteurs avant les bruyantes prédications de Luther, et elle ne cessa d’employer son influence sur François Ier pour empêcher la persécution des protestants. La protection qu’elle accorda aux novateurs donna lieu d’élever des doutes sur son orthodoxie et bientôt elle se vit l’objet des attaques les plus violentes, surtout de la part des moines. « L’un disait que la sœur du roi était hérétique, dit M. Henri Martin dans son Histoire de France, mais que M. de Montmorency, son grand en-