Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 13, part. 3, Rech-Rhu.djvu/124

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On peut adresser à un assez grand nombre d’œuvres sculpturales de justes critiques à ce sujet : la musculature en est accusée avec netteté, vigueur, énergie, mais aussi le relief est tel que toute illusion est détruite ; on sent trop le marbre ou la pierre taillés, et non plus la chair toujours un peu moite et frémissante ; ce ne sont plus des muscles tendus ou gonflés par un effort momentané, mais des reliefs immobiles et durs, dont l’aspect ne peut tromper un seul instant.

— Féod. Droit de relief. Primitivement les fiefs n’étaient qu’à vie ou à un certain nombre de générations, au bout desquelles ils retournaient au seigneur suzerain. Plusieurs possesseurs de fiefs, ayant voulu en laisser perpétuellement la propriété à leurs descendants, prirent des arrangements avec leur seigneur ; et outre ce qulls donnèrent pour . faire le marché, ils s’engagèrent eux et leur postérité à abandonner pendant une année, au seigneur, la puissance entière du fief, chaque fois que ledit fief changerait da main. C’est ce qui forma le droit de relief.

Le relief était donc le droit qu’on devait au seigneur toutes les fois que le fief en vasselage changeait de maître autrement que

par succession directe ou par vente.

Outre le relief, il y avait quelques coutumes où l’on payait indistinctement a chaque mutation un droit appelé le droit de chumbellage ; il était ordinairement de dix livres parisis quand le fief valait cent livres par an ; au reste, la coutume réglait la quotité de ce droit.

Il existait encore un droit de marciage, qui était une espèce de relief pour les rotures ; il n’était guère usité que.dans quelques endroits du Bourbonnais et consistait dans la dépouille de l’une des trois années quele seigneur voulait choisir, à compter du jour du décès du propriétaire. Quand un gentilhomme avait dérogé, il pouvait effacer cetto tache moyennant finances, et ce qu’il payait s’appelait relief. 11 recevait pour quittance des lettres de relief ou de réhabilitation.

Le relief s’appelait aussi rachat, et relever son fief, c était aussi le racheter, puisque le relief était ordinairement le revenu du fief pendant une année, que le vassal donnait au seigneur dominant. Mais le fils d’un vassal ne devait pas racheter le fief de son père, à moins qu’il n’y eût pour cela des titres exprès. Lorsque le fief était vendu, le seigneur avait droit de quint. Ainsi le relief n’était en usage que quand un neveu ou tout autre collatéral héritait du fief d’un parent mort sans enfants, ou dans tout autre cas qui n’était ni vente ni héritage direct.

Les feudistes parlent aussi du relief abonné, voici ce que c’était : le seigneur dominant faisait un abonnement avec son vassal, qui lui payait une rente annuelle pour délivrer son fief des reliefs onéreux. Mais si le vassal augmentait ses possessions, s’il améliorait ses biens à force d’industrie, le seigneur augmentait en proportion la rente et les revenus qu’il en exigeait.

Reliefo d’Homère OU Suite d’Homère, poème épique de Quintus de Smyrne. V. posthomé-

riques. fc

RELIEN s. m. (re-li-ain). Techn, Poudre à tirer grossièrement écrasée, et non tamisée, dont se servent les artificiers.

RELIER v. a. ou tr. (re-li-é — du préf. re, et de lier. Se conjugue comme lier). Lier de nouveau ; refaire le nœud qui liait, et qui est défait : Relier une gerbe, une botte de foin. Cela s’est délié, RELiEZ-fe. (Acad.) [| Etablir des voies de communication entre : À Paris, la rue de Rivoli risue la place de la Concorde à la rue Saint-Antoine. Il y a de grandes barres de bois qui relient les colonnelies et sur lesquelles on étend les haïks de soie. (Feydeau.)

— Par. ext. Joindre, réunir, rassembler : Le moment était venu de relier en un seul corps toutes ces lois éparses, votées pendant une révolution de trente mois. (Lamurt.) On peut relier en un seul et invincible faisceau toutes les preuves morales de l’existence d’un premier être. (Lamart.) il Refaire, rétablir :

ifc/i’ei tant de fois ce qu’un brouillon dénoue, C’est trop de patience...

Molière.

— Fig. Rattacher : La mémoire relie le passé an présent. {Ch. Dollfus.) Notre siècle reliera te règne de la force isolée, abondante en créations originales, au règne de la force uniforme, mais niveleuse, égalisant les produits, les jetant par musses et obéissant à une pensée unitaire, dernière expression des sociétés. (Bulz.) Mon deuxième avantage, c’est que, m’occupant moins de cette nouveauté dans tes mœurs, de telle dusse spéciale, née d’hier, mais me tenant dans ta généralité légitime de la masse, je la relie sans peine à son passé. (Michelei. J L’idée seule relie solidement entre eux les peuples épars. (E. Pelletan.)

— Techn. Assembler les feuilles d’un livre et y mettre une couverture : Relier un livre ; le faire relier en maroquin, en veau, en vélin, en basane, en parchemin, etc. Il Absol. : Cet ouvrier relie bien, relie proprement, solidement. (Auad.) | ! Mettre ou remettre des cercles, des cerceaux à un tonneau t On entend le bruit des tonneaux, des cuves qu’on

RELIE. (J.-J. JR.OU8.)

Se relier v. pr. Être relié ! Ma bibliothèque

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SB relie en ce moment, n Par ext. En parlant du sujet du livre que l’on relie : Le scandale est de mode, il se relie en veau, A. de Musset.

— Fig. Se rattacher : Le présent et le futur se relient fatalement au passé.

RELIEUR, EUSE s. (re-lt-eur, eu-ze — rad. relier). Celui, celle dont le métier est de relier des livres : Il fut mis en apprentissage chez un relieur habile et achalandé. (Ste-Aulaire.) Cinq ou six volumes gui sortaient des mains du relieur ont été soigneusement sondés longitudinalement avec les aiguilles. (Baudelaire.)

— Ane. coût. Relieur de la chambre des comptes, Relieur auquel cette compagnie faisait jurer, avant de le choisir, qu’il ne savait pas lire, afin de s’assurer ainsi qu’il ne pouvait pas connaîtréses délibérations secrètes.

— Adjectiv. : Ouvrier relieur.

— Encycl. Nous n’avons pas à nous occuper ici de l’art du relieur, urt traité à notre mot reliure ; nous ne devons considérer le relieur que comme appartenant a un corps de métier. Le relieur est l’ouvrier, l’artiste qui relie les manuscrits ou les feuillets imprimés. On connaissait des relieurs dès la plus haute antiquité, puisqu’il se trouve dans les bibliothèques des manuscrits précieux très-anciens et parfaitement conservés, grâce au soin que le relieur a pris d’en réunir solidement les feuillets.

Voici les relieurs les plus célèbres des temps modernes : Gascou, sous le règne de Henri II ; Dusseuil, contemporain des guerres religieuses ; Pasdeloupet Derosme, qui ■ travaillaient comme on ne travaille plus. ■ Les

Courteval, les Bozérian, les Lefebvre, les Simier, les Thouvetiin méritent d’être cités, ainsi que Laisné, Matifa, Coty, Durand, Bisouare et Scaraguel, qui travaillaient tous au commencement de ce siècle. Il y a peu de villes en France, même parmi celles du second ordre, où le commerce de la librairie soit assez important pour qu’on y trouve des assembleurs, des brocheurs, des marbreurs sur tranche, des doreurs, etc., uniquement employés, pendant toute l’année, à ces sortes de travaux. Dans ces circonstances, qui se renouvellent tous les jours hors de Paris, le relieur est obligé de suppléer à ces divers ouvriers qu’il n’a pas sous la main, comme ses confrères de la capitale, et d’entrer lui-même dans tous les détails que nécessite la reliure.

RELIGIEUSEMENT adv. (re-li-ji-eu-ze-man

— rad. religieux). Avec religion, avec des sentiments religieux : Vivre religieusement. Logiquement, non moins que religieusement, l’observance des jeûnes et des jours maigres est une loi de conservation. (Bellemont.) li Exactement, scrupuleusement, ponctuellement : Rivarol sent le génie de Dante, mais il ne le rendra pas, il ne te calquera pas religieusement..(Ste-Beuve.) L’humanité est un être collectif à la vie duquel la vie de chaque homme est attachée de fait et doit religieusement se rattacher. (P. Leroux.) Le barreau alsacien est peut-être, de tous les barreaux de France, celui qui a te plus religieusement conservé les traditions du passé, il Dans le même sens et par ironie : Ma capacité me valut le soin des bottes de la communauté ; pendant deux mois, je vécus dans le cirage ; chaque jour je frottais quarante paires de bottes religieusement. (L. Reybaud.)

RELIGIEUX, EUSE adj. (re-li-ji-eu, eu-ze

— rad. religion). Qui appartient à la religion : Culte religieux. Cérémonies religieuses. Doctrine religieuse. Les idées, les opinions religieuses, iamora/e religieuse. Des chants religieux. L’instinct de notre immortalité se développe avec le progrès des idées religieuses. (Maury.) Le système religieux du passé est indigne des lumières actuelles et doit être rejeté. (Jouffroy.) Les vertus religieuses ne font qu’augmenter avec l’âge. (Joubert.) L’intolérance religieuse est le ressort secret de la politique russe. (De Custine.) Je professe ma croyance religieuse aussi publiquement que ma croyance pulilique. (Chateaub.) Le despotisme religieux a perdu l’Espagne, tandis que la liberté religieuse a fait ta fortune de la Hollande et de l’Angleterre. (E. I.aboulaye.) Les peuples musulmans n’eurent jamais d’architecture religieuse. (Lamenn.) La liberté religieuse donne à chacun te droit de croire à son gré. (St-Marc Gir.) Il y a des journaux qui s’appellent religieux, et que, certes, on ne reconnaîtrait pas pour tels. (Dupin.) La pensée religieuse nous manque, parce que les mères ont oublié de la déposer sur le berceau de leurs enfants. {A. Martin.) De nos jours, le sentiment religieux se fixe sur l’existence réelle de l’humanité. (E. I.ittré.) Il est quelque chose d* plus religieux, de plus solennel que les voix harmonieuses de l’orgue, c’est le silence des tombeaux. (A. Karr.) la persécution est la première des voluptés religieuses. (Renan.) La liberté est le seul code religieux des temps modernes, (Renan.) Le fanatisme religieux est le plus dangereux de tous les fanalismus. (J. Arago.)

— Pieux, qui vit selon les règles d’une religion : Un homme religieux traite avec la divinité comme avec un ami ; te superstitieux, comme un esclave avec son despote. (La Rochef.) Ils ne sont point religieux ceux qui font de la religion un moyen d’empire, (Benj.

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Constant.) On n’est pas religieux parce qu’on bavarde religion. (S. de Sacy.) La France est religieuse, mais elle ne veut pas de ta domination du clergé. (Dupin.) La conscience religieuse est susceptible, prompte à s’alarmer, défiante surtout du pouvoir. (Thiers.) L’homme qui prend la vie au sérieux et emploie son activité à la poursuite d’une fin généreuse, voilà l’homme religieux. (Renan.) Ainsi rien ne distrait un cœur religieux. Les plus humbles sentiers le ramènent aux cieut. Sainte-Beuve.

—’Saint, sacré, profond : Lorsque j’examine le portrait de Uaphaêl, je me sens pénétré d’un respect presque religieux^ (X. de Maistre.) Parmi tous les êtres créés, l’homme seul recueille la cendre de son semblable et lui porte un respect religieux. (Chuteaub.) L’Angleterre conserve un respect religieux des lois absurdes et des coutumes barbares. (Bonald.) L’œil de l’homme doit être plus religieux encore devant le lever d’une jeune fille que devant le lever d’une étoile. (V. Hugo.) Cette créature falote avait une admiration religieuse pour la beauté de sa viaitresse. (E. About.)

— Par ext. Exact, ponctuel, scrupuleux : Les Romains étaient le peuple du monde le plus religieux sur le serment. (Moutesq.) On vous accuse de n’être pas fort religieux à tenir ce que vous promettez. (Le Sage.)

— Qui appartient à un ordre monastique : L’habit religieux. Une maison religieuse. Les associations religieuses dans tout pays et sous tous les cultes ont tendu à l’anéantissement de la liberté. (Proudh.)

— Chronol. égypt. Année religieuse ou secrète, Année solaire ou rixe de trois cent soixante-cinq jours et un quart, d’après laquelle les prêtres égyptiens marquaient les tètes, afin que tous les jours de l’année fussent successivement sanctifiés.

— Médec. Maladies religieuses, Affections nerveuses qui naissent sous l’empire des émotions religieuses.

— Substantiv. Personne qui s’est engagée par des vceux à suivre une certaine règle autorisée par l’Église : Les beaux siècles de l’Église n’eurent ni moines ni religieux. (Clément XIV.) La religieuse que Luther épousa se nommait Catherine de Bora. (Chateaub.)L’ordre, par ses travaux, pouvait être devenu riche ; mais il est certain que le religieux vivait durement. (Chateaub.) Les filles qui se sentent jolies se laissent malaisément faire RE-ligieuses. (V. Hugo.) Moines et religieuses, hébergés par des curés grands chasseurs, dansaient et buvaient à l’envi. (Ste-Beuve.) Il avait dansé une farandole, tenant d’une main une actrice de l’Opéra et de l’autre une religieuse bernardine. (Al. Dumas.)

— s. f. Ornith. Nom vulgaire de l’hirondelle à croupion blanc, du inoloxita, d’une espèce de sarcelle, etc. !l Bot. Nom vulgaire d’un champignon du genre helvelle. il Entom. Nom vulgaire d’une espèce de mante.

— Encycl. Hist. Ordres religieux ou monastiques. Le monachisme n’est point, comme on pourrait le croire, une invention de la religion chrétienne ; il existait bien avant la venue du Christ, ainsi que l’ascétisme, le cénobitisme, les jeûnes, les macérations et

toutes les pratiques que peut inspirer le dé . sir de s’absorber dans la pensée d un dieu. Le christianisme n’a fait à cet égard que propager les idées et les pratiques depuis longtemps déjà en honneur dans l’Orient. Les diverses sectes de l’Inde, les brahmanes, les sivaltes, les bouddhistes, etc., pratiquaient depuis des siècles la vie contemplative. Les vanaprasthas indiens, dont parle Hérodote, une partie des prêtres de l’Égypte et des mages persans ; en Europe, les druides ; enfin, chez le peuple juif lui-même, les diverses sectes, telles que celles des nazaréens, des réchabites, des esséniens, des thérapeutes, étaient de véritables moines, peu différents des anachorètes-chrétiens de la Thébaïde ou des premiers cénobites de l’Orient. Quant aux Grecs et aux Romains, ils eurent des prêtres, mais non des moines. Leurs collèges religieux étaient chargés de desservir des temples, mais la vie monastique leur était inconnue. On u comparé plus d’une fois, mais a tort, les vestales romaines aux religieuses chrétiennes ; les deux institutions ont peu d’analogie entre elles. En effet, les vestales n’étaient qu’au nombre de six et elles n’étaient pas tenues, comme les religieuses chrétiennes, à observer le célibat pendant toute leur vie.

L’Église chrétienne primitive elle-même ne connut ni le monachisme ni l’ascétisme, « Nous ne sommes point, disait Tertullien, des bramines ou des solitaires de l’Inde ; nous ne nous retirons point dans les forêts, nous habitons avec vous ce monde... ; nous fréquentons vos marchés, vos places publiques, nous trafiquons, nous naviguons avec vous ; nous travaillons pour la société, nous mêlons notre industrie à la vôtre.» Toutefois, au moment même où Tertullien écrivait ces paroles, une tendance à l’ascétisme commençait à se manifester parmi les chiétiens. L’influence du gnosticisine, qui regardait la matière comme le principe même du mal, et la dépravation morale qui régnait dans la société poussèrent les chrétiens dans cette voie extrême du renoncement et des mortifications. Cette manière de voir était d’ailleurs favorisée par

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quelques paroles attribuées à Jésus et par l’opposition que saint Paul établit entre la chair et l’esprit, la loi des membres, comme il dit, et la loi de Dieu. On en vint donc à croire que la vie ascétique était la vie supérieure, la vie normale du chrétien. Le célibat fut considéré comme un état de perfection ; par amour pour Dieu, on renonça au mariage et à la vie de famille. Pendant la persécution de Décius, un grand nombre de fidèles se cachèrent dans les lieux déserts et.y vécurent en ermites. L’anachorétisme conduisit naturellement au monachisme. L’instinct invincible de la société porta d’abord les ermites à rapprocher leurs cabanes. Bientôt le désir de s exciter mutuellement dans la carrière du renoncement, avec l’appui d’une direction I commune, amena la fondation des couvents. ’ Saint Pacôme, le premier, conçut la pensée de réunir ses disciples dans une même maison et de les soumettre à une règle commune, sous un supérieur de leur choix. Dans ce but, il fondu, dans un lie du Nil, le célèbre mo■ nastère de Tabenne, qui compta plus de 3,000 religieux. Cette vie religieuse commune, le cénobitisme, comme l’appelèrent les GreC3, fut accueillie avec faveur dans tout l’Orient, surtout lorsque Hilarionet Basile s’en furent constitués les apologistes.

En Occident, la vie monastique fut introduite par Athanase vers le milieu du iv« siècle. Forcé de s’exiler, il employa le crédit dont il jouissait auprès de quelques grandes familles pour établir des couvents dans les environs de Rome. II fut secondé dans cette œuvre par saint Ambroise, évêque de Milan, et par saint Jérôme. Cassien fonda à Marseille, vers la même époque, le couvent de Suint-Victor, dont la règle fut adoptée en beaucoup d’endroits ; il surgit bientôt un nombre si considérable de couvents, qu’à la fin du ivo siècle le nombre des moines des deux sexes atteignait presque en Europe celui des gens mariés.

Les oppositions que rencontra le monachisme n’arrêtèrent pas ses progrès. Ce fut en vain que l’empereur Valons, effrayé du dépeuplement qu’il prévoyait et qui se faisait déjà sentir, essaya de lutter contre les tendances nouvelles. Acrius de Sébaste, le moine Jovinien et le prêtre Vigilantius, de Barcelone, attaquèrent avec beaucoup de vivacité la vie monastique. « Si tous se cloîtraient, disait Vigilantius, ou s’enterraient dans la solitude, qui desservirait les églises, qui exhorterait les gens du monde, qui convertirait les pécheurs ? • Ces raisonneurs sensés furent traités de blasphémateurs, de preneurs de la volupté, d’apocres de 1 epicurisme. Vigilantius se vit eu butte aux invectives du fougueux Jérôme, et plusieurs conciles lancèrent l’anathème contre Jovinien. La cause du monachisme fut définitivement gagnée lorsque saint Benoit de

Nursia eut donné au couvent qu’il avait fondé sur le mont Casiin un code qui lui fut emprunté par la grande majorité des monastères d’Occident. Benoit imposa à ses moines des vœux perpétuels et irrévocables et les astreignit à des travaux manuels, auxquels Oassiodore joignit, dans la suite, les travaux littéraires. Pur l’adoption de la règle de saint Benoit, les monastères, qui avaient jusqu’alors vécu dans l’isolement, se rapprochèrent et, par l’unité d’organisation, ne formèrent plus qu’une seule communauté. Ce fut l’origine de ce qu’on appela plus tard les ordres monastiques.

À l’origine, les moines étaient de simples laïques ; néanmoins on en éleva quelques-uns à la prêtrise, afin de pouvoir célébrer le culte dans les cloîtres. En signe d’humilité, ils sa rusaient la tête, comme c’était l’habitude pour les esclaves chez les Grecs et chez les Romains. Malheureusement, si l’habit ne fait pas le moine, la tonsure ne suffit pas à le compléter et à le rendre tel qu’il devrait être. D’énormes abus envahirent de bonne heure les couvents. Il ne pouvait en être autrement pour plusieurs raisons qui se résument en trois principales : l’oisiveté, la continence réglementaire et la richesse, qui les corrompit

dès le début, et que le zèle des princes et des fidèles ne se lassa pas d’accroître. Une cause moins connue contribua à introduire des mœurs déréglées dans les couvents ; on fonda un très-grand nombre de couvents mixtes, c’est-à-dire où religieux et religieuses vivaient en commun. Si ces institutions eussent été conservées, on n’eût pu leur reprocher de dépeupler le monde. Malgré tout, le peuple chrétien se persuada follement que le plus sûr moyen de s ouvrir le ciel était d encourager, par des dons sans cesse renouvelés, une vie de fainéantise et de scandale. Enrichir les couvents, c’était le procédé le plus simple pour obtenir le pardon de ses péchés et de ses crimes. Comment des hommes, souvent jeunes, vigoureux et oisifs, eussent-ils résisté aux effets de cette facile opulence ? Appuyés sur le préjugé public, sûrs désormais de l’impunité, les moines s’abandonnaient sans frein aux vices les plus crapuleux.

Cependant les papes et le3 hauts dignitaires de l’Église avaient prévu depuis longtemps la discrédit que les mœurs dissolues des moines pouvaient et devaient jeter sur les couvents. Aussi favorisèrent-ils la création d’ordres mendiants, qui commencèrent à apparaître au xne siècle et formèrent de nombreux instituts appartenant a quatre grands ordres : les franciscains, les domini-