Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 13, part. 3, Rech-Rhu.djvu/126

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esclave fût reçu moine sans le consentement du seigneur, mais les couvents savaient éluder la loi. Le peu de connaissances qui restaient chez les Barbares fut perpétué dans les cloîtres. »

Nous voyons commentVoltaire rend justice aux ordres religieux ; citons maintenant les critiques qu’il leur a adressées : « On se plaint, dit-il, que la vie monastique a dérobé trop de sujets à la société civile. Les religieuses surtout sont mortes pour ! a patrie. Les tombeaux où elles vivent sont presque tous très-pauvres ; une Aile qui travaille de ses mains aux ouvrages de son sexe gagne beaucoup plus que ne coûte l’entretien d’une religieuse. Leur sort peut faire pitié si celui de tant de couvents d’hommes trop riches peut faire envie ; il estlbien évident que leur trop grand nombre dépeuplerait un État… La politique semble exiger qu’il n’y ait pour le service des autels et pour les autres secours que le nombre de ministres nécessaires : l’Angleterre, l’Écosse et L’Irlande n’en ont pas 20, 000. La ilollande, qui contient 2, 000, 000 d’habitants, n’a pas 1, 000 ecclésiastiques, et encore ces hommes consacrés k l’Église, étant presque tous mariés, fournissent des sujets à la patrie et des sujets élevés avec sagesse. On comptait, en France, vers l’an 1700, plus de 250, 000 ecclésiastiques, tant séculiers que réguliers,

et c’est oeaucoup plus que le nombre ordinaire de ses soldats. Le clergé de l’État du pape composait environ 32, 000 hommes, et le nombre des religieux et des filles cloîtrées allait k 8, 000 : c’est de tous les États catholiques celui où le nombre des clercs séculiers excède le plus celui des religieux ; mais avoir 40, 000 ecclésiastiques et ne pouvoir entretenir 10, 000 soldats, c’est le plus sur moyen d’être toujours faible. La France a plus de couvents que touto l’Italie ensemble. Le nombre des hommes et des femmes que renferment les cloîtres montait en ce royaume à pluB de 90, 000 au commencement du siècle courant ; l’Espagne n’en a environ que 50, 000, si on s’en rapporte au dénombrement fait par Gonzalès dAvila (1620) ; mais co pays n’est pas, à beaucoup près, la moitié aussi peuplé que la France ; et après l’émigration des Maures et des juifs, après la transplantation de tant de familles espagnoles en Amérique, il faut convenir que les cloîtres en Espagne tiennent lieu d’une mortalité qui détruit insensiblement lu nation. Il y a dans le Portugal un peu plus de 10, 000 religieux de l’un et de l’autre sexe : c’est un pays a peu près d’une population égale à celle de l’État du pape, et cependant les cloîtres y sont plus peuplés. Il n’est point de royaume où l’on n’ait souvent proposé de rendre k l’État une partie des citoyens que les monastères lui enlèvent ; mais ceux qui gouvernent sont rarement touchés d’une utilité éloignée, toute sensible qu’elle est, surtout quand cet avantage futur est balancé par les difficultés présentes. Les ordres religieux s’opposent tous à cette réforme ; chaque supérieur qui se voit à la tête d’un petit État voudrait accroître la multitude dé ses sujets ; et souvent un moine que le repentir dessèche dans son cloître est encore attaché à l’idée du bien de son ordre qu’il préfère au bien réel de la patrie. >

Les apologistes des ordres monastiques et religieux se sont constamment attachés k démontrer qu’en prenant pour règle de conduite les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, qu’en méprisant systématiquement les biens et les passions terrestres pour s’occuper exclusivement de la conquête du paradis, les religieux et les moines’avaient donné au monde le plus noble et lu plus utile exemple. Nous ne discuterons pas ici la question de savoir si l’idéal religieux, qui consiste à violer les lois nécessaires de la nature humaine, à rejeter les devoirs de l’ordre social, sous prétexte d’atteindre k une perfection chimérique, n’est pas une véritable aberration. Nous nous bornerons à interroger l’histoire, à examiner rapidement si les ordres religieux ont offert ou offrent un exemple de conduite k suivre k ceux qui vivent d’une vie normale, laborieuse, utile et féconde.

Prenons la période qu’on a appelée l’âge d’or du christianisme, celle où l’enthousiasme religieux pousse vers le monachisme tout un monde d’âmes ardentes, enfiévrées de joies célestes. Les déserts de la Thébalde deviennent le principal centre d’attraction mystique vers lequel accourent ces milliers de saints devenus l’objet d’une admiration naïve et légendaire. Voyons-les à l’œuvre en prenant pour guide les hagiographes et l’histoire des Moines d’Occident de M. de Montalembert. Les uns, voués k un mutisme perpétuel, récitent mentalement des prières sans jamais remuer les lèvres ; les autres gémissent ou poussent des hurlements continuels ; ceux-ci s’efforcent de supprimer le sommeil ou s’habituent k ne manger que tous les trois jours, tous les huit jours’, tous les vingt jours ; ceux-lk torturent leur corp3, vivent dans des fosses, dans des trous où ils ne peuvent rester que courbés, se couvrent de chaînes, se font attacher les mains derrière le dos et restent constamment dans cet état. D’autres nus, ne se lavant jamais, laissant pousser indéfiniment leurs ongles, leurs cheveux et

leur barbe, ressemblent k des spectres ; d’autres encore se laissent dévorer le coqjs, le

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visage et les lèvres par la vermine, convaincus que rien ne saurait être plus agréable k leur Dieu. Les moines brouteurs de Syrie et de Perse, hommes et femmes, courent nus k travers les plaines et les montagnes, livrés k toutes les intempéries de l’air, broutent l’b.erbe comme les animaux et s’enfuient en hurlant à l’aspect d’un visage humain. Saint Macaire ne mange qu’une fois par semaine le légume cru qui lui tombe sous la main ; il se dessèche tellement que sa barbe cesse de croître ; saint’Pacôme dort debout sans point d’appui ; saint Siméon Stylite passe sa vie à attirer sur lui l’attention divine en se tenant en équilibre, sur un seul pied, au sommet d’une colonne. La belle esclave Alexandra trouve un tombeau vide : pendant dix années, elle y demeure étendue sans montrer son visage. Saint Théodore, couvert d’une sorte d’armure de fer, s’enferme dans une cage, au sommet d’une montagne et lk, immobile, il reste exposé k la pluie, au soleil, k la neige. La belle et lettrée Euphrosine abandonne k dix-huit ans son père et son mari ; elle va s’enfouir dans un couvent de religieuses et s’enferme dans une cellule qu’elle ne quitte plus jusqu’à sa mort ; saint Jean de Nisibe, fuyant tout commerce humain, habile dans une caverne en compagnie de deux lions. Il devient si épouvantable que, frappés de terreur, des voyageurs égarés fuient k sa vue. Saint Antoine, exténué par les jeûnes, dévoré par la soif, tombe dans le délire et les convulsions ; cet halluciné s’imagine alors combattre contre des légions de diables déchaînés contre lui. Apelle, travaillant un soir k sa forge, aperçoit une femme qui lui demande son chemin : le saint personnage ne doute point qu’il n’ait devant lui Satan en personne ; il lui enfonce son fer rouge dans la figure et affirme que le diable s’est enfui en hurlant de douleur. Ces moines, ces ascètes, qui veulent supprimer la nature, sont les déplorables victimes des passions qui les dévorent, parce qu’au lieu de les régler en les satisfaisant dans de justes limites ils tentent l’œuvre folle de les extirper. Rien n’est plus instructif que les aveux du plus grand des cénobites du désert : « Au sein des déserts, écrivait saint Jérôme, assis au fond de ma retraite, seul parce que mon âme était pleine d’amertume ; défiguré, maigre, le corps noir comme un Ethiopien, mes membres se desséchaient sous un sac hideux. Tous les jours des larmes, tous les jours des gémissements ; je criais au Seigneur, je pleurais, je priais ; et lorsque, appesanti par le sommeil et luttant contre lui, il venait me surprendre, mon corps tombait nu sur la terre nue. Je m’étais condamné k ces supplices pour échapper au feu de i’enfer. Eh bien ! dans ces tristes déserts, environné de bêtes féroces et d’affreux reptiles, je me revoyais en idée parmi les danses des vierges romaines. Le visajre était abattu par la pénitence, le cœur brûlé par les infâmes désirs ; dans un corps exténué, dans une chair morte avant l’homme, la concupiscence attisait ses feux dévorunts… Je me souviens d’avoir passé des semaines entières sans manger, craignant même d’entrer dans ma cellule où j avais nourri de si coupables pensées, cherchant les vallées profondes, d’âpres rochers, de hautes montagnes pour en faire un lieu d’oraison et de supplice, bourreau impitoyable de cette chair toujours rebelle. >

Nous pourrions multiplier les exemples k l’infini ; mais k quoi bon ? En vérité, n est-ce pas k donner le vertige ? Le voilà, ce peuple de saints que saint Jérôme lui-même livre k la vénération des siècles 1 Ce ne sont plus des hommes, il est vrai, ce sont des malades qu’on serait tenté d’envoyer au plus vite dans des maisons de fous.

Lorsque les ordres religieux s’organisèrent définitivement, se régularisèrent en prenant en quelque sorte pour mot d’ordre les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, devinrent-ils, comme on le prétend, des modèles k suivre, un objet d’édification ? Dès le xe siècle, une corruption profonde régnait dans la plupart des monastères, et les écrivains ecclésiastiques abondent en plaintes à ce sujet. L’évêque de Lisieux, Arnolphe, se vit forcé d’écrire au pape Alexandre pour lui demander de mettre un terme aux impudicités des moines. Ainsi que nous l’avons dit plus haut, les ordres mendiants furent institués dans l’espoir qu’ils feraient oublier par l’austérité de leur vie les débordements de leurs devanciers ; mais cet espoir ne devait point tarder k être déçu. Voici en quels termes Brantôme parle des ordres religieux de son temps :

« Taudis que les anciens moines désiraient le salut des hommes, ceux de nos jours ne désirent quéleurs femmes et leurs richesses ; ils cherchent k épouvanter les esprits des sots par de vains bruits et des peintures puériles. Ils prétendent prouver qu’on se lave de tous ses péchés en faisant des aumônes et en payant des messes, afin que, comme ils ne se sont pas faits religieux par dévotion, mais seulement par fainéantise, afin, dis-je, que de toutes’parts l’un leur apporte du pain, un autre leur envoie du vin, et un troisième leur prépare à dîner, le tout pour l’âme de ses ancêtres…. Les moines actuels nous ordonnent de faire ce qu’ils disent, c’est-à-dire de remplir leurs bourses d’argent, de leur confier nos secrets, de conserver la chasteté, d’être

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patients, de pardonner les injures, de ne mal parler de personne, toutes choses également bonnes, honnêtes et saintes ; mais quel motif les anime ? Celui de pouvoir faire eux-mêmes ce qui leur serait impossible si les gens du monde le faisaient. Qui ignore que, sans argent, leur fainéantise ne pourrait pas longtemps durer ? Si nous dépensons notre bien pour nos plaisirs, le moine ne pourra plus faire le paresseux dans son couvent ; si nous courons les femmes, le moine cessera de les avoir à sa disposition ; si nous ne mettons en pratique ni la patience ni le pardon des injures, le moine n’osera plus fréquenter nos maisons, ni souiller l’honneur de nos familles. »

Au xie siècle, les moines orientaux qui faisaient vœu de chasteté ne pouvaient pas même introduire dans leurs couvents des animaux femelles, ■ k cause du danger qui aurait pu en résulter pour leurs âmes. » Cependant, on sait combien peu fut observé ce yœu de chasteté pendant le moyen âge par les religieux des deux sexes. ■ Dans une visite des couvents faite en Autriche et autres États héréditaires de l’empereur Ferdinand Ier (1563), dit de Potter, on constata l’existence de cent vingt-deux couvents qui contenaient 436moines, 160 religieuses, 199 concubines, 55 femmes mariées et 443 enfants. » Le célèbre Nicolas de Clamenges appelle les moines mendiants o des loups dévorants cachés sous la peau d’agneaux, qui, k l’exemple des prêtres de Bélus, dévorent dans leurs couvents les offrandes des fidèles et, après s’être avidement rassasiés de vins et de viandes avec des femmes qui ne sont point les leurs et des enfants qui leur appartiennent, épuisent tous les genres de libertinage pour éteindre le feu de la luxure qui les dévore. »

Le même écrivain craint de parler des religieuses de son temps, « de peur qu’au lieu de vierges consacrées à Dieu on ne croie qu’il ait voulu s’occuper longuement et ordurièreraent de mauvais lieux, des tromperies et de l’impudicité des filles de joie, de viols et d’incestes ; car, ajoute-t-il, les monastères de religieuses ne sont plus aujourd’hui des temples dédiés k la Divinité, mais des maisons abominables de débauche, lieux de rendez-vous des jeunes gens libertins et corrompus, qui ne cherchent qu’à contenter leurs désirs lascifs. Il n’y a plus aucune différence entra faire prendre le voile k une jeune fille ou la vouer à se prostituer publiquement. » L’histoire du couvent d’Aurillac, que raconte M. Dulaure dans son Histoire de Paris (1823, périod. 10, g 13, t. IV, p. 427 k 429, en note), donne une triste idée des couvents français du x, vis> siècle. Et ce ne sont pas des faits isolés ni particuliers k une seule époque. Déjà, dans l’antiquité, saint Cyprien et saint Basile blâmaient les vierges consacrées au Seigneur de leur vie dissolue. Saint Jean Chrysostome voulait, non-seulement qu’on punit de mort les religieuses qui auraient manqué à leur vœu de chasteté, mais encore qu’on les coupât en deux ou qu’on les enterrât vives avec leur complice (Opéra, 1718, 1.1, p. 248 et suiv.). Quant aux couvents du xvue et du xvm « siècle, on sait combien ils laissaient k désirer sous le rapport de la moralité.

Les membres des ordres religieux font vœu de pauvreté. Les anachorètes et les ascètes chrétiens ont jadis pratiqué l’abstinence et le jeûne et ont vécu dans une pauvreté réelle ; mais la pauvreté des autres moines chrétiens a toujours été un mythe, et leur avidité dès l’origine a été telle que les écrivains en ont été vivement frappés.

L’historien Zosime dit des moines de son temps et de ceux des temps antérieurs : « Ce sont des célibataires chrétiens, inutiles k la société pendant la guerre comme pendant la paix. Il y en a des associations nombreuses, tant dans les villes que dans les campagnes, et partout ils accaparent les biens et les terres, sous prétexte de tout partager avec les pauvres, tandis qu’ils ne font par là autre chose que de réduire tout le monde k la pauvreté. • (Eist. Oxonii, 1679, 1. V, p. 325.)

. Raymond-Desbrosses, écrivain royaliste, attfibuait aux ordres religieux, en 1789, les revenus suivants : 820 abbayes d’hommes, 70 millions de livres ; 255 abbayes de femmes, 20 millions de livres ; soit en tout 90 millions de livres, ce qui, eu ég ; ird k la dépréciation subie par l’argent depuis 17S9, donne aujourd’hui 220 millions de francs, et cela sans compter les revenus de l’ordre de Malte (10 millions de livres) et ceux de divers couvents, collèges, hôpitaux (18 millions de livres). > Les revenus des seuls biens des communautés de Paris, déduction faite de la part des abbés, de la valcuf des lieux claustraux et des revenus éventuels, dit M. Paul Boiteau dans son ouvrage intitulé État de la France en 1789, ont été estimés par les possesseurs eux-mêmes, au début de laRévolutiou ;

Uv. sous. den.

io Pour les communautés

d’hommes,

à… 2, 762, 176 17 7

Et la dépense k… 1, 7C3, 357 10 •

Avec un superflu de 998, 819 7 7 go pour les communautés

de femmes,

k 2, 028, 859 7 11

Et la dépense k… 1, 001, 100 10 5

Avec un superflu de 1, 027, 758 17 ■ 6

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> Treilhard affirmait en 1789 que ta çart des maisons religieuses qui pouvait être vendue k Paris seulement valait 150 millions de livres ; et, en effet, un calcul fait en 1773, au bas prix de 150 livres la toise carrée, prouva que les maisons religieuses de Paris valaient 217, 309, 000 livres. »

On a beaucoup loué les moines du moyen âge d’avoir conservé dans leurs couvents les monuments littéraires de l’antiquité. Ces panégyristes oublient d’ajouter que très-souvent les moines, trop avares pour acheter du parchemin neuf, ont gratté les parchemins qu’ils possédaient et qui étaient recouverts des chefs-d’œuvre de Tite-Live et de Cicéron, pour y inscrire les comptes de cuisine du couvent ou d’absurdes élucubrations théologiques. Combien peu de ces parchemins grattés, ou palimpsestes, ont pu révéler aux savants le manuscrit qui les recouvrait primitivement et que les religieux avaient fait disparaître !

Les moines du moyen âge conservèrent, il est vrai, un grand nombre de traditions et de manuscrits de l’antiquité, mais ce ne fut que pour accaparer lit science k leur profit, et trop souvent pour mutiler les textes, les expurger k leur funtaisie, et leur substituer leurs propres élucubrations. L’humanité ne doit donc pas une bien grande reconnaissance aux ordres religieux du moyen âge pour le peu de science qu’ils ont conservé et transmis. Toutefois, il ne faut point oublier que c’est k eux et k eux seuls qu’elle doit ce peu. C’est encore aux moines que nous devons la plupart des chroniques du moyen âge, qui ont permis de reconstituer l’histoire de cette époque si obscure.

Mais nulle part les mœurs barbares du moyen âge ne se sont perpétuées aussi longtemps que dans les couvents. Divers instruments de torture y étaient en usage. Parfois le moine était condamné par son supérieur" k gémir pendant toute sa vie dans les profondeurs d’un in pace. • Quelquefois, pour abréger cette agonie, dit l’auteur de 1 Encyclopédie monastique, on enterrait vif le patient, et l’infortuné périssait tout de suite, étouffé sous la terre dont on le chargeait. » On a prétendu que ces supplices n’ont existé que pendant le moyen âge. C’est une erreur ; ils se sont perpétués en plein xvme et même au Xixe siècle. En 1763, l’abbaye de Clairvaux était condamnée par le parlement de Paris k 40, 000 écus d’amende pour avoir laissé périr des religieux dans les culs de basse-fosse d’un in pace. Les prisons pontificales vidées en 1870 révélèrent des faits nou moins horribles. Mais tout ce qu’on pouvait imaginer k ce sujet a été dépassé par la découverte qu’on a faite en 1869, dans le couvent des Carmélites k Cracovie, d’une religieuse nommée Ubryk qui, pour avoir essayé de s’évader du couvent, fut enfermée et maintenue pendant vingt et un ans nue et enchaînée dans une cellule souterraine complètement obscure, étroite et infecte. Depuis longtemps devenue folle, l’infortunée y serait resiée jusqu’il sa mort sans l’indiscrétion d’un moine dont les propos furent révélés k la justice. Le moine mourut subitement, dès le lendemain, empoisonné, dit-on. Les découvertes faites dans le couvent et les manifestations de la foule indignée, qui faillit raser le couvent, ont longtemps défrayé les journaux polonais et allemands.

La Révolution française, en supprimant les ordres religieux, fut diversement accueillie par les moines des deux sexes auxquels elle ouvrit les portes des monastères. Les uns profilèrent avec bonheur de cette liberté inespérée ; d’autres plus attachés, soit a leurs devoirs professionnels, soit k leur oisiveté séculaire, ne se consolèrent jamais de l’expulsion qu’ils avaient subie. Le nombre des religieux mariés, cela se comprend sans peine, fut de beaucoup plus nombreux que celui des prêtres qui suivirent la même voie.

Après l’Empire, les moines crurent leur beau temps revenu. Toutefois, malgré leur recrudescence remarquable sous la Restauration et le second Empire, malgré la fondation d’une multitude de congrégations (v. congkégatio.n), malgré les détours imaginés pour éluder la loi sur les biens de mainmorte, une chose a toujours manqué depuis aux moines de tous ordres:la considération publique. Sauf le voile noir ou la coiffe blanche de quelques sœurs de charité, le peuple affecte pour toutes les robes et les coiffures monastiques une indifférence voisine du mépris; .le rôle des ordres religieux nous semble bien près d’être définitivement terminé.

La France, ce pays de la libre pensée, est aujourd’hui cependant le paradis des ordres religieux, et ceci grâce aux gouvernements cléricaux qui se sont succédé dans ce pays. Supprimés en Italie, surveillés rigoureusement dans d’autres États de l’Europe, les ordres ont en France leur quartier général et y jouissent des privilèges les plus exorbitants. Quelques extraits d’un ouvrage de M. Batbie, qu’on ne peut suspecter d’être anticlérical, donneront une idée de la situation exceptionnelle usurpée par les ordres religieux en France.

Supprimés, dit M. Batbie, par les lois révolutionnaires (décrets du 13 lévrier 1790 et

du 18 août 1792), les établissements ecclésiastiques ne furent pas rétablis par le premier consul. La loi organique du 18 germinal aiirX, article 2, reconnut seulement « les cha-