Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 13, part. 3, Rech-Rhu.djvu/184

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RENE

noyent la nuit repoux, je ravassoye seul au lit, ayant en ma chambre la charge et despence de feu et chandelle allumée ; et bien souvent plusme.advenoit ; car, au revenir de la court, et depuis le soupper des aiiltres, je me reprenoys à penser et ramener en ma mémoire tout ce. que le jour avoie vue touchant le fait de folle amour, sans à aultre chose penser ; et me duroit ceste follye sou-7 vent jusques au poinct du-jour :

, -Faisant d’ung umbre une figure, D ; uo pertuiz une portraicture, D’un charbon un petit enfant,

De la flamme ung oiseau voilant, D’une courtine ung apparoit.

D’un pot ung homme qui dançoit. Ainsi me tenpit foUe Amour

Et me pourmehoit nuit et jour,

Huy content, demain despiteux,

’ Ung jour marri, l’aultre joyeulx, Une heure en pleur, l’aultre en soucy, Une fois seur, l’autre esbahy,

Demy fol, saige peu souvent,

Plus paresseux que diligent. •

M. de Quatrebarbe, en éditeur passionné pour l’auteur qu’il publie, établit entre René d’Anjou comme poète et un autre prince du xye siècle, Charles d’Orléans, un parallèle où il paraît donner la préférence au roi René ; c’est à la fin du troisième volume, où il reproduit quelques rondeaux, de l’un et de l’autre. D’après lui, si toutes les poésies de René nous étaient parvenues, il faudrait le placer au-dessus de son rival. Les poésies de René ont été publiées en assez grand nombre pour qu’il soit possible d’en apprécier la valeur et de les comparer k celles de Charles d’Orléans. 11 y a, il-est vrai, dans les deux premiers’ rondeaux de René en réponse à celui de Charles, beaucoup de délicatesse et" quelque grâce ; le second, surtout, mérite d’être reproduit : ., •

Se voua estiez comme moy, . «

Las ! Vous devriez bien vous plaindre, Car de tous mes mauli le moindre Est bien plus grand que vostre esmoy... Bien vous pourriez, sur ma foy, D’Amours lors tant vous complaindre, Se vous estiez comme moy..., .

. — Car si très-dolant je me voy,

Que plus la mort ne.veuil craindre ; ■ . Jà toutes fois il me fault feindre.

Aussy ferïez-vous, je crpy, .......

Se vous estiez commé moy.

rbulefûis, il nous semble que les deux postes ne sauraient même être comparés, tant, par l’originalité- et létour vif, le prisonnier d’Azincourt l’emporte sur le tranquille et débonnaire roi René.

RENÉ 1er et RENÉ 11, ducs de Lorraine. V. Lorrains,

René, roman publié par Chateaubriand en 1802. « C’est l’histoire d’un jeune mélancolique, dit’M.j’Charles Benoît ; dévoré’dans la neur de sa jeunesse par un chagrin secret et inconnu, déjà désabusé avant d’avoir vécu, qui semble avoir par la rêverie épuisé d’avance la vie, qui se heurte partout a des bornes dans la poursuite d’un bien ima"-inairé, et qui, -las du monde et de lui-même s’enfuit en Amérique pour y chercher une paix impossible à son cœur. Le jeune homme apparaissait comme un type nouveau, en mêmé temps que sa mélancolie répondait à celle de-*son siècle. En racontant, en effet, dans cet épisode l’état de son âme, l’écrivain racontait k’ia fois son temps ; et, dans l’image idéale de ce désenchanté, la France, qui sortait de lu Révolution, reconnut l’indéfinissable malaise dont elle était tourmentée. »"

René, c’est Werther, moins le suicide et avec une douleur plus vague ; c’est Byron, moins son inflexible et irréligieux orgueil. Il descend de Job et du Stagire.de saint Jean Chrysostome ; c’est bien à lui que peuvent s’appliquer les vers de Lamartine : Borné dans £a nature, infini dans tes vœux, L’homme est un diou tombéqui se souvient descieux.

Dans ce livre mélancolique, l’auteur nous a tracé une vive peinture de sa jeunesse agitée et rêveuse ; c’est sa plus belle création, celle ou il-a mis le plus de lui-même. Dans les Natchez, lorsque le vieux saeheiu demande au mystérieux’René de lui dira son histoire, le frère d’Amélie lui répond-d’une voix troublée : « indien, ma vie est sans aventures, et le cœur de René ne se.raconte pas.» — «Nous n’essayerons pas, dit M. Benoît, de définir ce caractère complexe ; sans le pouvoir analyser, on l’a compris, on a suivi ce cœur malade dans toutes les confidences qu’il nous a fuites de ses impressions, de ses chimères, de ses désenchantements depuis ses premières années ; on a ressenti ce douloureux désaccord d’une, imagination ardente et inquiète et d’une volonté molle et sans énergie ; ce malaisé d’une âme sensible à tout, aspirant a tout, sans pouvoir rien choisir^ rien saisir, et qui, toujours arrêtée par quelque limite importune dans ses désirs infinis et ses- vagues pensées, s’irrite des conditions dé la vie et se dissout, pour uinsi dire, dans la multitude confuse de ses desseins avortés. »

A’force de rêver, René oublie de vivre, et, dégoûté de tout, il va terminer par une lâcheté une.existence inutile, lorsque la mort de sa iusur Amélie.lui’fait abandonner l’idée du suicide.

RENE

René est le père d’une famille de désabusés : l’Obermann de Sénuncourt, l’Adolphe de Benjamin Constant, le Jacopo Ortiz d’Ugo Foscolo, le Childe-Harold et le Manfred de IJyron, le Joseph Delorme de Sainte-Beuve et la Lélia de George Sand. Cet ouvrage doit être rangé au nombre de ceux dont la lecture n’est pas saine et peut exercer une influence funeste sur les imaginations maladives. Il offre une excuse à la faiblesse des coeurs lâches qui reculent en face des laborieuses conditions de la vie. L’auteur l’a si bien compris qu’il écrivait dans ses Mémoires : « Si René n’existait pas, je ne l’écrirais plus ; s’il m’était possible de le détruire, je le détruirais.» Le danger de ce livre écarté, René reste comme une admirable peinture de la mélancolie qui attriste le cœur de l’homme et qui semble redoubler à toutes les époques de crise sociale, et le moment où René a paru en était une. C’est le type de ces âmes maladives qui s’épuisent dans l’inertie de leurs facultés, dans’ le sentiment vague de l’infini et le dégoût de la réalité. Cette mélancolie est lu conséquence d’un sentiment mal compris et détourné de son origine et de son but ; car sou principe n’est peut-être qu’une aspiration vers un monde meilleur, la voix de notre céleste destinée, l’instinct d’en haut.

« René, lui aussi, dit Lamennais, éprouve l’influence d’un siècle incroyant ; il a vécu dans ces régions sans soleil et sans air, mais ce n’est point là sa patrie ; il est étranger, il s’en va, loin de ce monde stérile et ténébreux, redemander à la nature, dans des solitudes primitives, la lumière qui lui manque, le souille qui le ranime ; il prête l’oreille aux bruits du désert pour y saisir la voix de l’Etre mystérieux que ses désirs appellent, et seul en présence de cet Être inconnu qu’il sent au dedans de soi et qui se dérobe à ses regards, pliant sous le faix de l’ennui Caché nu fond de son âme, il-eu sort des accents d’une indicible mélancolie, .des plaintes semblables k ces sons vagues et tristes qu’on entend le soir dans les forêts ou sur le bord des fleuves.» (Esquisse d’une philosophie, liv. IX, ch. il.)

Chateaubriand procède de Bernardin de Saint-Pierre. Il le continue en le surpassant par la richesse et la force de son imaginalion, la puissance et l’éclat de son style. Sa langue, ’ pleiné de magnificence, vise sans cesse à l’effet et, maigre une chaleur générale qui anime tout le poëme de Mené, on sent que l’auteur a recherché les succès de détail. 11 s’éloigne heureusement de, la sécheresse dogmatique du xvnre siècle ; sans remonter à la belle simplicité du xvno, il.tient de trop près à l’école descriptive et se rapproche de Delille bien plus, que de Racine.

Les écrivains et les pofites font souvent allusion au Heaé de Chateaubriand. En voici un exemple :

« Des émotions assez fécondes pour transformer ainsi les âmes les plus vulgaires guériraient k coup sûr, comme le dit fort- bien M. de Molènes, tout les Werther et tous les iiené impuissants qui parcourent d’un pas fatal et ennuyé l’asphalte dé nos boulevards. »

(Reuue de l’instruction publique.)

RENÉALMIE s. f. (re-né-al-mt — de Reneaulme, natural. fr.). Bot. Genre de plantes, de la famille des amomées, tribu des alpiniées, originaire de l’Amérique tropicale, il Syu. de. POURHÉTIE, T1LLANBSIB et L1BKRTIÏÏ, autres genres de plantes.

BBNBAULME (Paul de), médecin et botaniste français, né à Blois vers 1560, mort dans la même ville en 162-1. Après avoir visité la Suisse, l’Italie, les Alpes, il se fit recevoir docteur en médecine à Avignon (1590) et devint médecin du prince de (Jondé. En 1606, il publia son traité : De curalionibus ûbservationum liber, où l’on trouve indiqué, pour ia première fois, l’usage de la ciguë comme remède, et où il cherche k prouver que les agents chimiques sont d’un grand secours dans la pratique. La Faculté s’inquiéta de ses innovations et lui fit un procès qui aboutit à une rétractation publique, avec serment de sa part de ne plus faire usage des préparations qui lui avaient si bien réussi. Reueaulme né tint pas ses promesses et, a là suite d’un nouveau procès, un arrêt du parlement de Paris lui permit de faire usagé de ses remèdes. En 1611, il publia son Hpecimen historia plantarum (iu-8° de 150 pages, avec 5 pi. représentant 52 plantes), travail original, dans lequel il caractérise chaque geure d’après l’ubservation des différentes parties de la plante. Il a saisi dans la nature. le plus grand nombre de considérations sur lesquelles Linné fondà’son système plus d’un siècle après. Le mérite de Reueaulme n’a été qu’imparfaitement reconnu par ses contemporains. Plumier et B. Brown ont consacré chacun un genre différent (renealmia) k la mémoire de ce botaniste.

RENEAULHE DE LA GARANNE (Michel-Louis db), médecin français, de la famille du précéuent, né à Blois vers 1672, mort en 1739. Il pratiqua la médecine avec succès, devint membre de l’Académie des sciences (1699) et professa la botanique, la pharmacie, et la chirurgie à la Faculté de Paris, dont il fut élu doyen en 1733. On lui doit : Essai

RENE

d’un traité des hernies (Paris, 1826, in-12) et quelques mémoires de botanique et sur d’autres branches de l’histoire naturelle dans le Recueil de l’Académie des sciences.

RENEAUME DE LA TACHE, naturaliste français, né à Laon vers 1720, mort vers 1781. Entré dans l’armée, il parvint au grade de capitaine dans un régiment d’infanterie étrangère, puis se retira k la campagne, où il partagea ses loisirs entre l’étude des lettres et celle de l’histoire naturelle. Il fut longtemps l’un des rédacteurs du Journal encyclopédique et, selon Barbier, il continua la Gazette des gazettes. On lui doit une excellente traduction de l’ouvrage allemand de Reimarus : Observations physiques’et morales sur l’instinct des animaux (Amsterdam, 1770, 2 vol. in-12), qu’il a enrichie de notes pleines d’intérêt. Parmi ses remarques, qui dénotent un bon observateur, on cite celles qui ont pour objet les amours des papillons, la teigne, la ponte du coucou et l’industrie du castor.

RENÈBRE s. m. (re-nè-bre). Bot. Nom vulgaire de quelques rumen, et notamment de la patience.

RÉNEDALE, village et commune de France(Doubs), canton de Montbenolt, arrond. et k 20 kilom. de Pontarlier, à 45 kilora. de Besançon, sur les côtes de la Loire ; 81 hab. Fromagerie. Céque l’on appelle dans le pays Chàteau-Varbey est une vaste castramétation construite en pierres brutes.

RENÉE (Lambert-Amédée), publieiste français, né k Caen en 1808, mort à Marseille en 1859. Associé d’abord aux travaux historiques d’Augustin Thierry, il devint ensuite rédacteur du Journal de l’instruction publique, de la Revue de Paris, du Constitutionnel, bibliothécaire du château de Meudon (1847), do la Sorbonne (1B49), secrétaire du service du grand maréchal du palais (1853). En 1857, Amédée Renée fut nommé directeur du Pays et du Constitutionnel, où il remplit la tâche ingrate et difficile de défendre la politique impériale, et fut élu, cette même année, avec l’appui île l’administration, député au Corps législatif par une circonscription du Calvados. Outre de nombreux articles dans les journaux précités, dans Y Encyclopédie des gens du monde et la Nouvelle biographie générale, on lui doit : Heures de poésie (1841) ; l’ableau des services de guerre des princes issus de Robert le Fort (1843) ; les Nièces de Maxarin (1856, 2 vol.), ouvrage intéressant qui a eu du succès ; M<*e de Montmorency (1858) ; la Grande Italienne (1859). Renée a traduit les Lettres de lord Chestérfield (1842) et ('Histoire de Cent ans de Cantù (1852-1853, 4 vol.).

RENÉE DE FRANCE, duchesse de Ferrare, fille de Louis XII et d’Anne de Bretagne, née k Blois eu 1510, morte à Montargis en 1575. Elle s’est rendue célèbre par son amour pour les lettres. La nature lui avait refusé les dons extérieurs ; mais c’était, suivant Brantôme, • un esprit tout de feu, » et la reine mère se consolait de l’absence de beauté chez sa fille, en disant avec tierté : « L’amour qui s’attache k la beauté du corps passe comme elle ; celui qu’inspire la beauté de l’esprit ne passe point, car son objet est immortel. » Renée fut une des femmes les plus distinguées de son temps ; elle apprit le grec, le latin, les mathématiques, l’astrologie même. • Bonne et habile princesse, dit encore Brantôme, car elle avoit un des bons esprits et subtils qui estoit possible. Elle avoit estudié et l’ay vu fort sçavânte discourir fort hautement et gravement de toutes sciences, jusques à l’astrologie et la conuoissance des astres. » Promise dans son enfance k l’archiduc Charles d’Autriche, puis k Henri VHI d’Angleterre et k Joa.hiin, marquis de Brandebourg, Renée fut définitivement donnée pour épouse k Hercule d’Esté, duc de Ferrare, dis de la trop fameuse Lucrèce Borgia. Le duc de Ferrare aimait les lettres et il applaudit aux efforts de son épouse pour rendre brillante ta cour de Ferrare, en y appelant des hommes distingués ; mais Renée avait puisé, dans ses entreliens avec Marguerite de Navarre, des opinions religieuses que son époux ne partageait nullement, et <5e fut là, pour elle, une source d’amers chagrins. Les premiers dissentiments éclatèrent au sujet des Français que Renée avait recueillis k Ferrare. Le duc, qui était timide dans sa politique et s’effrayait sans motif, lui fit. présenter des observations par ses intendants. Renée ne leur répondit que ces mots : « Que voulez-vous que je fasse ? Ce sont de pauvres Français de ma nation, lesquels, si Dieu m’eût donne barbe au menton ce que je fusse homme, seraient maintenant mes sujets ; voire même seraient-ils tels si cette méchante loi salique ne me tenait trop de rigueur. » Le duc ne fut pas satisfait de cette réponse, mais il eut le bon esprit de s’en tenir là, jugeant sans doute que ses craintes étaient chimériques ; mais il conçut des craintes sérieuses quand il vit arriver k la cour de Ferrare des Français exilés de leur pays pour cause de religion. Comme il connaissait le secret penchant de Renée vers les doctrines nouvelles, il trembla de ia voir accueillir Olympia Morata, Calvin, Marot, etc. Savait-il si le pape ne saisirait pas cette occasion pour le dépouiller de ses États ? Dans ces perplexités, -il usa toutefois de prudence et s’adressa au roi de France Henri II, pour lui demander conseil et assistance. Henri II

RENÉ

expédia aussitôt à Ferrrare le fameux Oriz, inquisiteur de la foi, avec la mission délicate de ramener Renée k l’Église et aux principes catholiques. En cas d’obstination, Orii devait 8e concerter avec le duc de Ferrare pour les moyens k employer contre la duchesse. C’est en 1554 que le convertisseur se mit en route, avec ses instructions, dont on peut prendre connaissance dans les Additions de Le Laboureur aux Mémoires de Castelnau. Oriz déploya toutes les ressources de sa dialectique et toutes les amplifications de son éloquence sans toucher le cœur de la princesse ; mais toutes ses armes n’étaient pas émoussées ; n’avait-il pas par devers lui les mesures de rigueur ? Un inquisiteur ne pouvaU se dispenser de les employer. Renée fut donc enfermée comme prisonnière dans le château d’Esté et privée de la vue de ses enfants, qu’elle aimait tendrement. Elle recouvra plus tard sa liberté, mais ses enfants ne lui furent pas rendus. Elle vécut dans l’isolement jusqu’à la mort du duc, son époux (1559). Elle revint alors en France et se rendit aux états généraux assemblés k Orléans. Apprenant que le prince de C’ondé était en prison et que ses jours étaient menacés, elle en adressa do très-vifs reproches au duc de Guise, en présence de toute la cour, disant • que mal n’en pouvoit qu’avenir. » Suivant MM. Haag, c’est vers cette époque qu’elle embrassa définitivement les principes de la Réforme. Ce qui est certain, c’est que, l’année suivante, elle demanda un pasteur k Genève, fait mentionné par Guenus, sous la date du 3 juillet 1561. Elle était’retirée k Montargis, lorsque la guerre civile éclata. Son château servit de refuge k une foule de calvinistes, qu’elle refusa de livrer au duc de Guise. À la suite de pourparlers inutiles, engagés avec la princesse par Malicorne, officier du duc de Guise, celui-ci menaça d’employer le canon, k quoi Renée répondit fièrement : • Avisez bien k ce que vous ferez ; sachez que personne n’a le droit de me commander que le roi même, ec que, si vous en venez k l’exécution de vos menaces, je me mettrai la première k la brèche, où j’essayerai si vous avez l’audace de tuer une fille de roi, dont le ciel et la terre seraient obligés de venger la mort sur vous et votre lignée jusqu’aux enfants au berceau. » La nouvelle de l’assassinat du duc de Guise vint mettre un terme aux projets de Malicorne. Il s’éloigna de Montargis. La paix conclue, Renée ne fit que passer k Paris, où le roi refusa de lui accorder un prédicateur de son goût, et retourna k Montargis. Lk elle répandit ses bienfaits k profusion, appliquant dans tous les actes de sa vie les doctrines qu’elle puisait dans l’Évangile. La petite ville de Montargis en éprouva la salutaire influence. ■ Elle procura son accroissement, dit un historien catholique, dom Morin, et la fist paver en toutes ses rues. Elle estoit encore charitable envers les habitants, les sollicitant et assistant de ses biens en leurs maladies. » Calvin écrit de sou côté, en 1563, k Renée elle-même : « Jesçay bien que princesse ne regardant que le monde auroit honte et prendroit quasi k injure qu’oit appelast son chasteau ung hostel-Ûieu ; mais je ne vous sçaurois faire plus grand honneur que de parler ainsy, pour louer et recognoistre l’humanité de laquelle vous avez usé envers les enfans de Dieu qui ont eu leur refuge k vous. J’ay pensé souventes fois, madame, que Dieu vous avoit réservé telles espreuves sur vostre vieillesse pour se paler des arrérages que vous lui debviez k cause de vostre timidité du temps passé. » Renée était k Paris quand la Saint-Barthélémy eut lieu. Brisée, anéantie par ce sanglant spectacle, elle partit pour Montargis. Elle avait demandé d’être enterrée sans cérémonies • qui ne profitent aux morts et ne sauroient consoler les vivants ; • mais la cour ne se conforma pas k ses dernières volontés. On lit, en effet, dans L’Estoile : ■ Et firent le roy, la royne et tes seigneurs de la cour, le samedi 18 dudit mois (de juin), quelques formes d’obsèques et funérailles eu la chapelle de Bourbun, encores que ladite dame fust de la religion et sa ville de Montargis l’azyle et retraicte desdits de la religion, ou elie a tousjours fait faire et continuer l’exercice d’icelie publiquement jusques k la fin de sa vie. » Sa dépouille mortelle fut déposée dans l’éoiise du château de Montargis.

Renée de France eut cinq enfants de son mariage avec le duc de Ferrare : AlphonSk, duc de Ferrare après son père ; LOUIS, cardinal d’Esté ; Annk, femme du duc François de Guise ; Lucrèce, mariée au duc d’Urbin, et Leonosk, immortalisée par l’amour du Tasse.

Quelques Lettres de Renée ont été imprimées dans divers ouvrages. La collection Bupuy (vol. LXXXVI) en contient une adressée a tialvin, qui est fort curieuse. Enfin, M. Jules Bonnet a recueilli, dit-on, des matériaux tresprécieux, qui éclaireront d’un nouveau jour l’histoire de celle courageuse princesse.

Renée Mauperii», roman, par MM. Jules et Edmond de Goncourt (1864, in-18). Il estrare que les deux profonds réalistes, au style tourmenté, qui sont les auteurs de ce volume se proposent autre chose qu’une peinture de déviations curieuses et d’excentricités artistiques. Cependant, on pourrait extraire de ce roman un enseignement moral, celui des effets d’une mauvaise éducation. Conformément k la tournure de leur esprit, peu porté k l’abstraction, ils ont fait ressortir cet