Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 14, part. 2, Scir-Soir.djvu/334

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volution se sont malheureusement faits l’écho de ces assertions sans en examiner la valeur.

Nous avons déjà fait des réserves sur ce sujet à l’article biographique Louis XVII. Dans la notice bibliographique sur l’ouvrage de M. de Beauchesne (Louis XVII, sa vie, son agonie, etc.), œuvre de parti qui ne peut inspirer aucune confiance, nous avons également établi que la plupart des détails compilés dans ce livre, relativement aux mauvais traitements dont Simon aurait accablé son élève, ne reposent sur aucun témoignage sérieux, mais sur des ouï-dire dont il est impossible de contrôler l’exactitude et la réalité. Qui croirait, par exemple, que M. de Beauchesne raconte en détail telles de ces scènes d’intérieur qui n’ont eu aucun témoin que ceux mêmes qui en étaient les acteurs, c’est-à-dire Simon et le jeune prince, sur la foi de nous ne savons quelle vieille femme qui aurait autrefois connu la veuve de Simon ? Qui n’a vu aussi de ces images de fantaisie, barbouillées par des artistes de hasard, et représentant le savetier Simon, le tire-pied à la main, au milieu des outils de son métier, et frappant d’une manière barbare le jeune fils de Louis XVI. Pour le dire en passant, Simon ne travaillait pas de son état au Temple et n’avait pas besoin de travailler. Il recevait de la Commune un traitement de 600 livres par mois et, quand sa femme vint s’installer auprès de lui, une indemnité lui fut également accordée au taux de 3,000 livres par an, comme l’indiquent les registres de la Commune. Les deux époux recevaient donc, au total, 750 francs par mois, traitement considérable, et bien plus encore à cette époque.

Après cela, que Simon ait essayé d’élever le fils de Louis XVI en patriote, que même il lui ait appris des chansons républicaines, cela n’a rien d’invraisemblable, et l’on conviendra que ce n’était pas fort cruel. Mais, nous le répétons, pour tout ce qu’on raconte de l’intérieur du Temple, il est nécessaire de se tenir en garde, car non-seulement la fable se mêle à la vérité, mais encore, pour le plus grand nombre des faits, elle l’étouffe absolument. Demandez à tous ces historiens romanesques où ils ont puisé leurs renseignements. Si l’on pouvait, dans une notice comme celle-ci, nécessairement restreinte, les suivre pas à pas et les arrêter, pour ainsi dire, à chaque ligne pour leur demander les preuves de ce qu’ils racontent, on les embarrasserait fort et l’on verrait qu’au total il reste bien peu de chose de cette prétendue passion subie par les prisonniers du Temple. Mais notre cadre ne nous permet pas de nous livrer à ce travail d’analyse minutieuse. En ce qui louche les rapports de Simon et du jeune prince, nous dirons seulement qu’après avoir relu avec attention le livre de M. de Beauchesne, qui a compilé toutes les fables à ce sujet, nous ne trouvons aucune preuve, aucun témoignage sérieux des scènes d’odieuse brutalité qu’il rapporte, sans oublier ni une parole, ni un geste, ni un soupir ; presque constamment, il se borne à raconter sans indiquer la source où il a puisé, et l’on est réduit à supposer que, le plus souvent, il ne s’appuie que sur l’autorité des fameuses vieilles femmes inconnues, qui l’ont, cinquante ans après les événements, berné par des radotages auxquels il s’est borné à donner la forme littéraire.

Que le petit prince ait été mené parfois un peu rudement, on peut l’admettre. Mais on doit repousser tout ce qui n’est pas établi au moins par des témoignages, fussent-ils passionnés et intéressés, comme ceux de Clérv, de Madame, etc. En procédant ainsi, ne nous lassons pas de le répéter, il ne reste presque rien sur le point particulier qui nous occupe. Ce qu’il y a de certain, c’est que Simon s’employait à distraire son élève ; il jouait avec lui aux dames, aux dominos, aux quilles et aux boules, car tous les jours il le faisait promener dans le jardin, comme ses instructions d’ailleurs le lui prescrivaient.

Que, dans ces promenades avec son jeune élève, le farouche montagnard n’ait pas usé de cet atticisme de langage qui découlait si naturellement des lèvres de Fénelon dans ses conversations avec le duc de Bourgogne, cela est plus que probable. Les b... et les f... émaillaient sans doute l’entretien plus que de raison ; mais de là à des brutalités bestiales et à des actes immondes, il y a un précipice, comme le montre surabondamment la biographie que nous donnons ici.

Entré au Temple le 3 juillet 1793, c’est-à-dire près d’un an après l’emprisonnement de la famille royale, Simon y demeura six mois, ne sortant qu’à de rares intervalles et pour les nécessités du service. C’était d’ailleurs une obligation de la fonction qu’il avait acceptée de ne point quitter le prisonnier. Il finit par se lasser de cette claustration et, lorsque la loi sur le cumul vint l’obliger à opter entre sa place au Temple, si grassement rétribuée, et son siège au conseil de la Commune, fonctions gratuites, il n’hésita pas : il résigna sa place et vint reprendre son poste à l’Hôtel de ville (19 janvier 1794). Sa femme quitta le Temple en même temps que lui. Cette conduite est un témoignage de désintéressement qu’on ne saurait méconnaître. La Commune, en acceptant la démission, la reconnut en accordant la mention civique au procès-verbal.

Il n’est pas inutile non plus de faire ici un rapprochement. On ne se lasse pas de répéter, en d’ineptes écrits, que le malheureux fils de Louis XVI a succombé sous les mauvais traitements de Simon. Or, celui-ci a quitté la prison dix-huit mois avant la mort de l’enfant, qu’il a laissé bien portant, et qui précisément vit commencer le temps le plus dur de sa captivité juste après le départ de celui qu’on lui avait donné comme précepteur.

Simon reprit sans doute la direction de son petit établissement. Il n’est plus question de lui jusqu’au 9 thermidor. Compromis alors dans la révolte de la Commune en faveur de Robespierre, il fut mis hors la loi avec un grand nombre de ses collègues et envoyé à l’échafaud le lendemain.

Sa veuve, qui avait contracté une maladie au Temple, obtint, l’année suivante, son entrée à l’hospice des Incurables, où elle mourut le 10 juin 1819.


SIMON (Édouard-Thomas), littérateur français, né à Troyes en 1740, mort en 1818. Il commença par étudier la médecine, se fit recevoir docteur (1785), puis suivit les cours de droit et fut inscrit au barreau du parlement. Cette double profession ne l’empêcha point de s’adonnera la littérature. Nommé, en 1790, secrétaire du conseil de salubrité, du comité de mendicité et des secours publies, il devint successivement bibliothécaire des Cinq-Cents, bibliothécaire du Tribunat, censeur du lycée de Nancy et enfin professeur d’éloquence latine à Besançon. Ses principaux écrits sont : Coup d’œil d’un républicain sur les tableaux de l’Europe (Bruxelles, 1796, in-12) ; Afutius ou Rome libre, tragédie ; l’Orphelin de la forêt Noire, roman (Paris, 1S12, 4 vol. in-12). On cite, comme bien supérieur aux œuvres que nous venons d’énumérer : le Choix de poésies traduites du latin, du grec et de l’italien (Paris, 1786, 2 vol. in-18), et la traduction en prose des Epigrammes de Martial (Paris, 1819, 3 vol. in-is).

SIMON (Victor), compositeur français, né à Metz en 1753, mort à Paris en 1820. lia écrit, pour les théâtres secondaires de cette ville, un certain nombre d’opéras totalement oubliés aujourd’hui, et il doit toute sa réputation k l’air si connu : // peut, il pleut, bergère.

SIMON (Jean-Frédéric), grammairien allemand, mort k.Paris en 1829. Il professa au Philanthropinon de Dessau, ouvrit une école k Neuwied, puis vint se fixer en France en 1800, et obtint la place de professeur d’allemand à Saint-Cyr. Sous la Restauration, il devint professeur d’allemand du duc de Chartres, fils aîné du duc d’Orléans (Louis-Philippe). On lui doit, entre autres écrits : Sur l’organisation des premiers degrés de l’instruction publique (1801, in-8°) ; Notions élémentaires de grammaire allemande (Paris, 1802, in-12) : Précis de grammaire générale (Paris, 1819, in-8°) ; Grammaire allemande (Paris, 1819, in-8°) ; Grammaire allemande élémentaire pour les Français (Paris, 1821, in-8").

SIMON (Victor), littérateur français né à Paris en 1789, mort en 1831. Cet écrivain obscur a publié, entre autres écrits : Observations sur l’attraction (Paris, 1819, in-s<>) ; Considérations sur quelques points d’économie publique et politique (Paris, 1824, jn-8°) ; les Présents du dey d’Alger, comédie en un acte et en prose (Dunkerque, 1834, in-18).

SIMON (Léon-François-Adolphe), médecin français, né à Blois en 1793, mort à Paris on 1867. Il fit ses études médicales à Paris, où il passa son doctorat en 1828. S’étant fixé dans cette ville, il y exerça son art et devint membre et secrétaire général de la Société de médecine pratique. Vers 1832, il adopta les doctrines médicales d’Hahnemann et pratiqua depuis lors l’hoinœopathie. Outre de nombreux articles, des mémoires, des lettres, des rapports, publiés dans divers journaux et recueils, on lui doit : la traduction des Mélanges philosophiques de Mackintosh (1825), de la Philosophie morale de Dugald-Stewart (1832) ; Leçons de médecine homœopathique (1835) ; Mémoire sur les maladies scrofuleuses (1837) ; Du choléra-morbus épidémique, de son traitement préventif et curatif, selon la méthode homœopathique (1848, in-8") ; Exposition de la doctrine mëdico-homasopathique (1856, in-8»), etc.

SIMON (Alexandre), médecin, fils du précédent, né k Paris en 1823. Reçu docteur à Paris en 1847, il s’est adonné, comme son père, à la pratique de la médecine homœopathique et s’est en même temps fait connaître par des ouvrages destinés à la propager et à la défendre. Il est membre de la Société gallicane et de médecine homœopathique de France et de l’Académie homœopathique de Païenne. Nous citerons de lui : VHomœopathie sans l’allopathie (1856, in-8°) ; Des rapports de la théorie des crises et des jours critiques avec les principes et la thérapeutique de l’homœopathie (1856, in-8°) ; Des maladies vénériennes et de leur traitement homœopathique (1860, in-12) ; De l’origine des espèces, en particulier du système Darwin (1865, in-8°), etc. On lui doit, en outre, des traductions du Traité de la maladie vénérienne d’Hahnemann (1865), du Guide du médecin homœopathe au lit du malade (1858) de Hirschel, de la Thérapeutique homœopathique des maladies des enfants de Hartmann, etc.

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SIMON (Louis), démocrate allemand, né à Trêves dans les premières années de ce siècle, mort k Montreux (Suisse) en février 1872. Simon de Trêves fut, avec le professeur lacoby, l’un des chefs les plus populaires du pani avancé en Allemagne. Elu membre du parlement de Francfort en 1848, à manifesta de réelles qualités d’orateur, mais vit sa carrière politique brusquement coupée par le succès de la contre-révolution. Condamné à mort par contumace, en 1849, pour avoir pris part à un soulèvement organisé dans le grandduché de Bade contre la Prusse, il se réfugia en France et y trouva un asile paisible jusqu’à la guerre de 1870. Il gagna alors la Suisse, où il est mort. Simon de Trêves fut un des rares Allemands qui protestèrent contre la continuation de la guerre, une fois Napoléon III tombé, et contre l’annexion que méditait la Prusse. Nous extrayons le passage suivant de cette éloquente protestation, écrite en octobre 1870.

« La guerre a perdu son caractère : d’une : guerre agressive entreprise par Napoléon, I elle est devenue une guerre défensive de la part de la nation française. Le gouvernement provisoire est dans la nécessité de la soutenir tant que l’invasion allemande l’y obligera, L’Allemagne réclame des garanties contre le retour d’attaques de la France. La meilleure garantie se trouve dans la révélation de la puissance allemande et dans la pensée nouvelle qui préside aux destinées do la France. Si l’Allemagne, au lieu de répondre à l’injustice par l’injustice, se montre juste, elle acquerra dans toute l’Europe et même en France une considération qui, se fondant sur sa propre force, formera le meilleur boulevard de son indépendance.

« Si, au contraire, elle prétend arracher l’Alsace et la Lorraine à la France et traiter ses habitants, en vertu du droit du plus fort, comme un troupeau de moutons, elle n’obtiendra aucune des garanties désirées, mais elle blessera sa propre liberté. Strasbourg, qui, par ordre royal, a été si horriblement maltraité, l’Alsace et la Lorraine ne sont pas seulement unis k la France d’une manière apparente par la fortune de la guerre et par des traités princiers ; non, ils le sont très-profondément par les conquêtes de trois grandes révolutions.

Le peuple allemand, lui aussi, ne devrait pas oublier que le peuple français a conquis en 1789 les droits de 1 homme, en 1830 le régime constitutionnel, et e :> 1848 le suffrage universel. Sans les aspirations de cette noble nation, le paysan et le bourgeois seraient encore dans les liens des privilèges féodaux.

« Mais le peuple allemand, après avoir déposé ses armes dans les arsenaux, aura d’autant plus de difficultés k faire triompher ses propres prétentions, qu’il aura permis d’affaiblir un peuple frère.

■ L’arbiiruire et la force brutale sont des armes à deux tranchants, dont on ne saurait se servir k l’extérieur sans se blesser à l’intérieur. Le peuple allemand réussira d’autant moins k faire triompher le droit de disposer de son propre sort, qu’il l’aura violenté, ce même droit, en Alsace et en Lorraine, 1

SIMON (Auguste-Henri), jurisconsulte et démocrate allemand, né à Breslau en 1805, mort à Murg en 1860. Après avoir étudié le droit à l’université de sa ville natale, il entra dans la magistrature et siégea dans diverses cours d appel. En 1845, il donna sa démission pour se jeter dans la politique. Elu, eu 1848, membre de l’Assemblée nationale prussienne, où il se plaça k l’extrême gauche, il figura parmi les cinq membres du gouvernement provisoire d’Allemagne établi à Sluttgard. Quand la révolution fut écrasée, Simon, accusé de haute trahison, se réfugia k Zurich et fut condamné par le jury de Breslau aux travaux forcés à perpétuité. En Suisse, il se mit à la tête de grandes entreprises industrielles pour l’exploitation des minerais de cuivre et des ardoisières, qui avaient pris un grand développement quand la mort le frappa. Les principaux ouvrages de Simon sont : la Constitution et l’administration de la Prusse (Breslau, 1835) ; Décision du tribunal suprême de Berlin (Berlin, 1840, 4 à 5 vol. in-8") ; le Droit public prussien (Breslau, 1844, 2 vol.).

SIMON (Victor), magistrat et archéologue français, né vers 1808. Il fit ses études de droit, puis entra dans la magistrature en 1832. M. Simon a été successivement, à Metz, juge, vice-président du tribunal civil (1839) et conseiller k la cour d’appel (1852). Membre de l’Académie de Metz et de la Société géologique de France, il a été chargé de l’inspection de la Moselle, lors de la création du comité des monuments historiques. Outre des notices, documents, etc., publiés dans les mémoires de l’Académie de Metz, on lui doit un certain nombre d’écrits, notamment ; Mémoire sur le lias du département de la Moselle (1837) ; Rapport sur les anciens monuments existant dans ta Moselle (1838) ; Notice sur Metz et ses environs (1841) ; Recherches sur l’emplacement dupalais des rois d’Auslrasie (1843) ; Notice sur le sablon (1819) ; Itinéraire de Metz à Sarrelouis (1850) ; De l’art chez les anciens et au moyen âge (1858) ; Notices archéologiques (1859), etc.

SIMON (John), chirurgien anglais, né vers 1810. Il fit ses études au collège du roi, k Londres, devint, en 1838, membre du collège royal des chirurgiens, et fut nommé, peu de

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temps après, aide-chirurgien k l’hôpital du collège du roi et démonstrateur d’anatomie à ce collège. En 1845, il obtint le prix Aslley Cooper de 300 livre* sterling (7,500 fr.), pour le meilleur essai Sur la physiologie de la glande thymus. Il a fourni aussi aux Philosopkical Transactions un mémoire Sur l’anatotomie comparée de la glande thyroïde, et a activement collaboré k l’Encyclopédie d’anatomie et de physiologie, au Médical Times et k la Lancette. Lors du rétablissement de l’école de médecine de l’hôpital Saint-Thomagk iJ y fut appelé comme professeur de pathologis et comme chirurgien. Mais il s’est surtout lait connaître comme officier médical-de la Cité de Londres, emploi auquel il a été nommé en 1848. et ses rapports annuels sur l’état sanitaire de cette partie de lu métropole ont excité l’attention générale. L’habileté et l’énergie qu’il a déployées dans ces fonctions, qu’il était le premier k remplir, l’ont fait nommer par le gouvernement anglais officier médical du bureau général de la salubrité, et on lui doit encore, depuis cette époque, un grand nombre de remarquables rapports sur des questions sanitaires.

SIMON (Jules-François-Simon Suisse, dit Jules), philosophe, publiciste et homme d’Etat français, né à Lorient (Morbihan) le 31 décembre 1814. Bien qu’issu d’une famille pauvre, il fit ses études aux collèges de Lorient et de Vannes, puis fut maître suppléant ou collège de Rennes. Admis comme élève k l’École normale en 1833, il compta parmi ses maîtres Cousin, qui le prit en affection, et passa son agrégation de philosophie au sortir de l’École (1836). Après avoir professé la philosophie à Caen et à Versailles, M. Jules Suisse revint en 1838 à Paris, où il fut chargé de faire la conférence d’histoire de la philosophie k l’École normale, d’abord comme suppléant, puis comme maître en titre. En 1839, il passa son doctorat avec une thèse ayant pour sujet le Commentaire de Proclus sur le Timée de Platon (1839, in-8<>). Cousin le choisit alors pour le suppléer dans sa chaire de philosophie k la Sorbonne. Jusqu’à cette époque il avait porté son nom de famille. Ce fut Cousin, dit-on, qui te fit inscrire comme son suppléant sous le nom de Jules Simon. « Laissez da côté cet affreux Suisse, lui dit-il. Est-ce q^u’on s’appelle Suisse lorsqu’on veut arriver a quelque chose ?» Et le jeune homme s’empressa de suivre ce conseil, M. Jules Simon professa la philosophie éclectique k la Sorbonne, en suivant de point en point les idées du maître, sans produire une idée originale et sans éveiller aucune susceptibilité de la part du clergé. Prudent, habile, se tenant sur la réserve, il se borna k faire preuvo d’un remarquable talent de parole et k écrire quelques ouvrages de philosophie, dont le succès fut médiocre. En 1818, il posa sa candidature k la députation dans les Côtes-du-Nord, concurremment avec MM. de Cormenin et Tassel. Son titre de philosophe éclectique le fit combattre par le clergé, et la modération de son libéralisme le fit écarter par les membres de l’opposition. Il échoua ; mais, plus heureux après la révolution de 1848, M. Jules Simon fut élu représentant du peuple à la Constituante dans ce même département, par 65,638 voix. L’année précédente, il avait été, avec Ainédée Jacques, un des fondateurs de la Liberté de penser, revue dans laquelle il écrivit de nombreux articles. À la Constituante, M. Jules Simon siégea parmi les républicains modérés de la nuance du National. Membre du comité de l’organisation du travail, il y combattit les idées socialistes, paya de sa personne pendant l’insurrection de Juin, devint président de la

commission chargée de visiter les blessés et donna son appui k la politique du général Cavaignac. À l’Assemblée, il s’occupa plus particulièrement des questions relatives à l’enseignemeut, fit partie de la commission de l’enseignement primaire, dont il fut le secrétaire, et rédigea un important projet de loi organique sur l’enseignement, que la Constituante n’eut pas le temps de mettre à son ordre du jour et qui fut enterré par la Législative. A diverses reprises, il prit la parole pour défendre l’Université et la philosophie contre les attaques de Montalembert et des ultramontains. Après le vote de la loi qui réorganisait le conseil d’État sur de nouvelles bases, M. Jules Simon, qui avait fait partie de la commission chargée de le remplacer rovisoirement, fut élu par l’Assemblée memre de ce conseil et donna sa démission de représentant du peuple (10 avril 1849). Membre de la section de législation, il présida la section des recours en grâce. En 1850, le sort l’ayant désigné parmi les membres du conseil d’État soumis k une réélection, il ne fut point renommé par l’Assemblée législative. Rentré dans la vie privée, il reprit son enseignement k la Sorbonne et fit alors un cours très-remarque et très-suivi sur la politique comparée d’Aristote et de Platon. Après le coup d’État, à monta une dernière fois dans sa chaire le 15 décembre 1851. Dans cetto éloquente leçon, il protesta au nom du droit contre les attentats de la force, et un arrêté ministériel du IS décembre suspendit son cours. Ayant refusé de prêter serment à l’auteur de l’attentat du 2 décembre, M. Jules Simon fut considéré comme démissionnaire.

Forcé de renoncer k la carrière de l’enseignement, M. Jules Simon reprit la plume et

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