Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 16, part. 1, A-B.djvu/11

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crossé et mitré. Tant d’honneurs ne suffirent pas à certains abbés ambitieux : trois d’entre eux, les abbés de Mont-Cassin, de Marmoutier et de Cluny, se disputèrent longtemps le titre d’abbé des abbés. Un concile, tenu à Rome en 1126, décida la question en faveur de Mont-Cassin, dont le chef eut dès lors le droit exclusif de s’intituler abbé des abbés ; mais Cluny ne se tint pas pour battu et, ne pouvant usurper un titre définitivement accordé à son adversaire, tourna la difficulté en donnant à son chef le titre d’archi-abbé.

Mais les abbés, dont l’ambition grandissait avec leur puissance, ne limitèrent pas leur influence à l’étendue de leur cloître et de leurs domaines. Ils briguèrent les plus hautes fonctions civiles, et le titre d’abbé conduisit bientôt aux premières dignités de l’État. Suger, abbé de Saint-Denis, gouverna la France sous Louis VII ; Mathieu de Vendôme, également abbé de Saint-Denis, fut ministre d’État sous Louis IX et Philippe le Bel. Les abbés de Saint-Denis siégeaient au parlement de Paris, celui de Cluny au parlement de Dijon.

Tant d’honneurs rendirent la dignité d’abbé enviable à tous, d’autant plus que, arrivés à ce point de puissance, les abbés, absolument indépendants, ne se regardaient plus guère comme tenus à l’observation des règles monastiques, peu faites pour obliger d’aussi hauts personnages. Les immenses richesses dont ils disposaient sans contrôle, le luxe de leur maison et de leurs équipages ne pouvaient manquer de séduire des seigneurs hors d’état bien souvent de trouver dans leur fief de quoi mener un pareil train, plusieurs d’entre eux réussirent à se faire élire abbés ; quelques-uns même administrèrent à la fois plusieurs abbayes, c’est-à-dire s’en approprièrent les revenus. C’est ainsi que Hugues le Grand, surnommé aussi Hugues l’Abbé, administra les abbayes de Saint-Denis, de Saint-Martin de Tours, de Saint-Germain-des-Prés et de Saint-Riquier. C’est peut-être en souvenir de ce fait curieux que les rois de France, descendants de Hugues l’Abbé, s’intitulaient abbés de Saint-Martin de Tours.

À côté de cet abus des abbés laïques ou comtes-abbés, comme on les appelait, il en existait un autre, presque aussi grave que le premier, et qui lui survécut, c’était celui des abbés commendataires. On sait comment l’abus des commendes s’introduisit dans l’administration ecclésiastique ; on voulut d’abord pourvoir, par une administration provisoire, à une vacance ; on fut ensuite empêché de pourvoir à la vacance par les troubles politiques, ou plus souvent on fit durer la vacance pour favoriser le commendataire, si bien que les abbayes en vinrent à n’être plus administrées que par des abbés provisoires par leur titre, mais perpétuels par le fait et par l’usage désormais établi. Ces commendataires furent souvent des laïques, jusqu’au moment où Hugues Capet supprima les abbés laïques. Les papes auraient voulu aller plus loin et supprimer les commendataires eux-mêmes ; mais les rois, qui avaient d’abord nommé les commendataires à titre provisoire et continuaient à les nommer à titre définitif, ne voulurent jamais se dessaisir de ce droit important. Il fut même réglé par le concordat de François ler que le roi pourrait nommer des abbés commendataires laïques, à charge de se faire ordonner dans l’année de la provision, sauf dispense de Rome de non promovendo.

Les commendataires considérèrent de bonne heure leur charge comme une sinécure. Dispenses de la résidence, mais astreints à des visites, ils se firent bientôt remplacer dans ces faciles fonctions par des custodinos. Ils auraient accepté plus aisément la visite des abbayes de femmes ; mais les constitutions les excluaient, et pour cause, de ces fonctions délicates. Cette sage exclusion était amplement justifiée par les mœurs des abbés commendataires et par la légèreté que mettaient les rois à distribuer autour d’eux le titre d’abbé, sans autre vue que de doter des courtisans de bénéfices ecclésiastiques. On créait alors des abbés plus aisément qu’on n’accorde aujourd’hui une pension. Ronsard était abbé de Bellozane ; Philippe Desportes, abbé de Bonport, etc. On sait à quels singuliers noms on vit plus tard accolé ce titre d’abbé ; qu’il nous suffise de rappeler les abbés Lattaignant, Chaulieu, Prévost, Voisenon, de Bernis, Delille, etc. Toutefois, le titre d’abbé, si peu sérieux qu’il fût devenu, imposait le célibat ecclésiastique, et c’était un autre grave inconvénient, car il favorisait ainsi les plus scandaleux dérèglements de mœurs. On ne peut songer aux petits collets, comme on les appelait alors, sans se rappeler les vers égrillards, les propos licencieux, débités par eux et autour d’eux dans des ruelles de femmes galantes.

Cette chute profonde des abbés commendataires donne un certain lustre d’austérité aux abbés titulaires. La gravité relative du caractère de ces derniers est moins due à la résidence, qu’ils ne gardèrent pas toujours, bien qu’elle fut pour eux obligatoire, qu’au mode de nomination qui les portait à la première dignité monastique. Ce ne fut, en effet, que par exception qu’ils furent, pendant un certain temps, nommés par l’autorité civile. Au début, ils sont élus par leurs moines, dans des formes variables, suivant la communauté. Sous la première race, les maires du palais s’attribuèrent la nomination des abbés ; mais Charlemagne mit fin à cet abus et rendit aux moines le droit d’élire leur chef. Les papes, de leur côté, s’occupèrent de régler le mode des élections des abbés, et l’on trouve pour la première fois, dans les décrétales, des détails plus ou moins précis sur la procédure à suivre dans ces élections. C’est ainsi que le chapitre Quia propter reconnaît trois modes différents d’élection des abbés : 1° par scrutin. Trois scrutateurs demanderont secrètement à chaque moine le nom de celui qu’il entend choisir pour abbé et recueilleront les votes. On devine sans peine les abus auxquels pouvait donner lieu ce singulier scrutin. 2° Par compromis. Un ou plusieurs délégués, nommés par la communauté, seront chargés de choisir l’abbé ; le délégué pourra se choisir lui-même. C’est le vote à deux degrés. 3° Par inspiration. L’abbé, en ce cas, est nommé par acclamation, par la voix publique, lorsqu’elle se manifeste nullo reclamante. Il n’est pas difficile de découvrir les imperfections grossières de ces trois modes d’élection ; mais, tels qu’ils sont, ils avaient l’avantage d’exclure toute ingérence extérieure, tout en laissant la plus large part à la pression intérieure. Les abbés ainsi élus furent d’abord élus à vie, puis pour trois ans ; mais ils ne pouvaient, dans les deux cas, être déposés nisi manifesta et rationabili causa. Ils étaient chargés de la discipline de la communauté, disposaient librement de ses revenus, pouvaient déposer le doyen et le prieur dans des cas prévus, ou même ad nutum, selon les constitutions de Cîteaux.

Le concordat de François Ier porta une grave atteinte à l’élection des abbés titulaires. Leur nomination fut, en principe, accordée à l’autorité royale, mais avec les nombreuses exceptions qui suivent : les abbayes chefs d’ordre, savoir : Cluny, Cîteaux, Prémontré, Grammont, Val-des-Écoliers, Saint-Antoine-en-Viennois, la Trinité ou les Mathurins, Val-des-Choux ; les filles de Cluny : Saint-Edme de Pontigny, La Ferté, Clairvaux, Morimont, et quelques autres communautés : Chazal-Benoît-en-Berry, Saint-Sulpice de Bourges, Saint-Allyre de Clermont, Saint-Vincent du Mans, Saint-Martin de Séez. Toutes ces communautés conservèrent le droit d’élire leur abbé. Il faut y ajouter Saint-Honorat de Lérins, les Feuillants de Toulouse et Sainte-Geneviève de Paris, à qui le même droit fut reconnu en 1599, 1600 et 1626.

Nous n’avons rien dit jusqu’ici des abbesses, et nous avons peu de chose à en dire. Elles partagèrent, dans une certaine mesure, la puissance, les richesses, le luxe et, hélas ! les dérèglements des abbés. Quelques-unes même, comme les abbés, obtinrent un privilège incompatible, en apparence, avec leur sexe : le privilège de la mitre et de la crosse. Les premiers siècles de l’Église avaient connu les diaconesses, le moyen âge inventa les prélatesses (prælatæ). Il ne paraît pas, cependant, que ces abbesses mitrées aient jamais conféré aucun ordre, même mineur. Les abbesses, comme les abbés, furent, depuis le concordat de 1516, à la nomination du roi, sauf les abbayes de femmes de la première règle de Saint-François, du tiers ordre de Sainte-Elisabeth et des religieuses de l’Annonciade, qui conservèrent le droit d’élire leur abbesse.

Le sens du mot abbé fut parfois dénaturé d’une façon assez bizarre ; c’est ainsi que certains magistrats de la république de Gènes portaient le titre d’abbés du peuple. D’autre part, l’esprit satirique du moyen âge ne manqua pas de s’exercer sur les mœurs des abbés et abusa souvent de leur nom en l’appliquant à des personnages burlesques. Les cérémonies et les processions grotesques qu’on faisait dans certaines villes comptaient presque toujours un abbé pour rire. Les jeux de la Fête-Dieu, à Aix-en-Provence, avaient leur abbé de la jeunesse ; la confrérie des Cornards ou Conards, à Rouen, était gouvernée par un abbé qui figurait, mitre en tête et crosse en main, dans une procession de carnaval ; à Arras, les magistrats municipaux, les juges et le peuple nommaient, chaque année, un abbé de liesse, qui portait, appendue à son chapeau, une crosse d’argent de 4 onces pesant ; enfin, les étudiants novices choisissaient, chaque année, à Paris, un abbédécoré du titre d’abbé des béjaunes.

Toutes ces tentatives pour ridiculiser les abbés contribuèrent sans doute à les déconsidérer ; mais ce qui les perdit surtout dans l’esprit public, ce fut, comme nous l’avons dit, la vie oisive, les habitudes efféminées et les mœurs licencieuses des petits abbés de cour et de ruelles, qui eurent une si grande part dans la dépravation du dernier siècle. Aujourd’hui, il existe encore des abbés, tous titulaires, mais le monde les ignore et ils vivent renfermés dans leurs abbayes. Le mot abbé est pourtant encore d’un usage assez fréquent dans la pratique ordinaire de la vie, mais il a changé de sens et il n’est plus qu’un terme de politesse employé pour désigner un prêtre quelconque, ou même tout individu portant l’habit ecclésiastique, comme les élèves des séminaires, diacres, sous-diacres, ou simples tonsurés.

ABBES (Guillaume), théologien français, né à Beziers (Hérault) à la fin du xvie siècle siè-


cle. Il était chanoine à Narbonne et il publia le Parfait orateur (1648, in-8°).

ABBES DE CABREROLLES (d'), écrivain français, parent du précédent, né à Bédarieux (Hérault), mort dans la même ville vers 1785. Il a publié une Relation des inondations arrivées à la ville de Bédarieux en 1745 (brochure in-8°) et un Voyage dans les espaces imaginaires.

* ABBEVILLE, ville de France (Somme), ch.-l. d’arrond. ; pop. aggl., 16,753 hab. — pop. tot., 18,208 hab. Trop étendue pour la population qui l’habite, cette ville a un aspect un peu triste ; elle est traversée dans toute sa longueur par la Somme, qui s’y divise en deux branches ; en outre, un canal la contourne au S. et à l’O. Depuis 1866, elle a cessé d’être classée comme place de guerre ; ses remparts, percés de six portes, doivent être démolis. Au centre de la ville, on trouve quelques rues étroites, bordées de curieuses maisons du xve et du xvie siècle.

Outre l’église Saint-Vulfran, que nous avons mentionnée au Grand Dictionnaire (v. Abbeville), et qui est classée au nombre des monuments historiques, on compte encore dans cette ville l’église Saint-Gilles, rebâtie en 1485 ; l’église du Saint-Sépulcre (xve siècle) ; l’église Saint-Jacques, avec un clocher gros et court, complètement isolé et éloigné de l’édifice principal de plus de 10 mètres ; l’abbaye, récemment reconstruite. Parmi les édifices civils, citons l’hôtel de ville, qui a conservé des constructions primitives, élevées en 1209, la tour du beffroi ; le palais de justice, la halle aux toiles, etc. La plus remarquable des maisons anciennes est celle qui porte le nom de maison François ier. La bibliothèque communale, fondée en 1690, renferme 16,000 volumes. Le port maritime est situé dans le quartier de la Pointe ; il peut recevoir des navires de 300 tonneaux et forme la tête du canal d’Abbeville à la mer.

Au ixe siècle, Abbeville (Abbatis Villa) était une ferme appartenant à l’abbaye de Saint-Riquier ; à la fin du xe, elle est ceinte de remparts ; en 1184, elle obtient une charte de commune, et elle passe, en 1272, sous la domination anglaise, puis sous celle des ducs de Bourgogne (1466). Elle redevient française en 1477, et Louis XII y épouse Marie d’Angleterre en 1514. La Réforme y cause des luttes sanglantes. En 1776, elle passe, avec le Ponthieu, dont elle était devenue la capitale au xiie siècle, dans l’apanage du comte d’Artois.

ABBOT (Robert), théologien anglais, frère aîné de George Abbot, né à Guildford en 1560, mort en 1617. Il était chapelain du roi Jacques et il devint, en 1609, principal du collège de Baliol, à Oxford, puis, en 1611, membre du collège royal de Chelsea et enfin, en 1615, évêque de Salisbury. Ses ouvrages, fort estimés de son temps, et qui lui firent une très-grande réputation, sont complètement oubliés aujourd’hui. Il faut distinguer cependant : le Miroir des subtilités papales (Londres, 1594, in-4°), en anglais ; Démonstration de l’Antéchrist (Londres, 1603, in-4°), en latin ; Du pouvoir suprême (Londres, 1619, in-4°), également en latin.

ABBOT (Charles), baron de Colchester, homme d’État anglais, né à Abingdon, dans le Berkshire, en 1757, mort à Londres en 1829. Sa mère, devenue veuve en 1760, épousa en secondes noces Jéremie Bentham. Le jeune Abbot fut élevé à Westminster, puis au collège d’Oxford, où une composition en vers latins sur Pierre Ie lui valut une médaille d’or, envoyée par l’impératrice de Russie. Il alla, en 1781, faire des études juridiques à Genève et fut élu membre de la Chambre des communes en 1795. S’étant montré, dès le début, un violent ennemi du parti aristocratique, il devint le favori de Pitt, qui le fit nommer président de son comité des finances. Abbot était un travailleur infatigable et il rendit, à ce point de vue, de grands services au Parlement, soit comme premier secrétaire du lord lieutenant d’Irlande (1801), soit comme conseiller privé, soit enfin comme speaker de la Chambre des communes (1802). Il garda cette présidence jusqu’en 1817, époque où il fut nommé pair du royaume, avec le titre de baron de Colchester.

ABBOT (Charles), lord Tenterden, jurisconsulte anglais, né en 1762, mort en 1832, L’amitié de lord Ellenborough lui fit obtenir dans la magistrature un rapide avancement. Il fut nommé, en 1818, lord chief justice à la cour du banc du roi. En 1827, il entra à la Chambre des lords, avec le titre de lord Tenterden. Il a publié un remarquable Traité sur les lois relatives à la marine marchande (Londres, 1802, in-8°).

ABBOTT (Jacob), écrivain américain, né à Hallowell (Maine) en 1803. Lorsqu’il eut terminé ses études, il entra au séminaire protestant d’Andover, où il prit le grade de docteur en théologie et se fit recevoir ministre congrégationaliste. À partir de 1825, M. Abbott s’est mis a écrire des ouvrages destinés presque tous à l’enfance et à la jeunesse, et qui ont eu un grand succès. Il débuta par le Jeune chrétien (Boston, 1825), ouvrage qui a été traduit plusieurs fois en français ; puis, il publia successivement : la Voie à suivre pour faire le bien, traduit en


français sous le titre de Comment faire le bien (1861, in-12) ; la Pierre angulaire ; une série de 16 volumes, intitulés Livres de Rollon, et comprenant : Rollon sur l’Atlantique, Rollon à Paris, Voyage de Rollon en Europe, etc. ; les Livres de Lucy (6 vol.) ; les Livres de Jonas (4 vol.) ; les Histoires de Franconie (10 vol.) ; Voyages et excursions de Marc-Paul à la poursuite des connaissances (6 vol.) ; Un été en Écosse, etc. Enfin, il a publié, en collaboration avec son frère, John, de longues séries de volumes, sous les titres généraux d’Histoires illustrées et de Livres d’histoire de Harper. — Son frère, John Abbott, né à Hallowell vers 1805, a suivi comme lui la carrière du ministère évangélique et a publié plusieurs ouvrages soit historiques, soit destinés à l’éducation morale et religieuse. Outre les séries qu’il a écrites en collaboration avec son frère, nous citerons de lui : Rois et reines, série de biographies ; Vie de Napoléon (1855, 2 vol. in-8°), ouvrage dans lequel il montre une admiration aveugle pour ce despote ; l’Enfant dans la maison paternelle ; la Mère de famille ; la Fille du Pasteur ; le Lecteur des écoles, etc. Ces quatre derniers livres ont été traduits en français.

ABDA, idole des Madianites.

ABDALLAH, dernier chérif des wahabites, fils aîné de Sehoud, qui, en 1805, le déclara son successeur. Il eut le commandement des troupes qui devaient lutter contre Towsoun, fils du vice-roi d’Égypte Mohammed-Ali, n’éprouva d’abord que des revers, et eut ensuite quelques succès, qui forcèrent Muhammed-Ali à conduire lui-même de nouvelles troupes en Arabie. La guerre se prolongea plusieurs années et finit malheureusement pour Abdallah, qui se vit obligé de se livrer lui-même entre les mains d’Ibrahim-Pacha, chef de l’armée du vice-roi. Celui-ci l’envoya en Égypte sous une escorte de 400 hommes, et le vice-roi, après l’avoir d’abord accueilli avec honneur, le fit partir pour Constantinople, où le sultan Mahmoud le fit charger de chaînes et ordonna qu’il fût décapité, après avoir été mis à la torture.

ABDALLAH EBN-BALKIN, quatrième et dernier souverain de Grenade (1073-1090), mort à Aghmat, en Afrique. Il avait succédé à son grand-père, Badis. Il se montra protecteur éclairé des lettres et des arts et écrivit des commentaires sur le Coran. En 1090, il fut détrôné par Youssouf-Tachefyn, roi de Maroc.

ABD-EL-AZYZ, second vice-roi arabe d’Espagne. En 713, il s’empara des provinces de Jaën, de Murcie et de Grenade, puis il défit Théodomir, prince goth, près de Carthagène, et prit Tarragone. Jusque-là, il avait reconnu l’autorité du calife Soliman ; mais il voulut alors se rendre indépendant, et le calife le fit assassiner dans une mosquée, au milieu de la prière.

ABD-EL-AZYZ ou ABD-ELAZYZ, chef des wahabites, fils de Mohammed-ibn-Sehoud. Il soumit plusieurs tribus, qui jusque-là avaient repoussé le wahabisme, et devint tellement puissant, que le pacha de Bagdad en prit ombrage et marcha contre lui ; mais Abd-el-Azyz, ayant obtenu une trêve, réunit une nombreuse armée, avec laquelle il s’empara d’Iman-Hussaîn et bientôt de La Mecque. Un Persan fanatique le poignarda, en 1803, au milieu de ses triomphes.

ABD-EL-MÉLEK ier, cinquième prince de la dynastie des Samanides. Il régna sur le Khoraçan depuis l’an 951 jusqu’en 961. Pendant ce temps, il eut à combattre le prince bouide Roka-Eddanlah, qu’il sut tenir en échec et à qui il imposa une paix tout à l’avantage du Khoraçan.

ABD-EL-MÉLIK-BEN-OMAR, général arabe, né en 718, mort en 788. Il servit sous les ordres d’Abderame ier, lorsque ce prince s’empara de Cordoue et d’une partie de l’Espagne (755), fut nommé par lui gouverneur de Séville, puis reçut l’ordre d’enlever à l’ancien émir Youssouf les places fortes qu’il possédait encore. Youssouf ayant trouvé la mort dans un combat, il lui fit trancher la tête, qu’il ordonna de suspendre à une des portes de Séville (759). Abd-el-Mélik battit ensuite des partisans du fils de Youssouf, contribua à la défaite d’une armée venue d’Afrique pour renverser Abdérame, et continua à rendre d’éminents services à ce prince par la vigueur avec laquelle il comprima diverses tentatives de soulèvement. Le gouverneur de Mequinez, Abd-el-Ghafy, ayant marché sur Séville pour s’en emparer, Abd-el-Mélik envoya contre lui son fils, Khosym. Ce jeune homme, se voyant en face d’un ennemi trop nombreux, jugea prudent de se replier sans engager le combat. À sa vue, Abd-el-Mélik, croyant qu’il avait fui lâchement, fut transporte de colère et le tua d’un coup de lance. Désespéré d’avoir tué son fils, il marcha à l’ennemi en cherchant la mort. Après deux jours d’un combat acharné, il fut grièvement biessé, et l’ennemi pénétra dans la ville, d’où il fut expulsé la nuit suivante. Abdéramne nomma Abd-el-Mélik gouverneur de Saragosse et de l’Espagne orientale, fonctions qu’il conserva jusqu’à sa mort. Ce vaillant homme de guerre figure, sous le nom de Marcille, dans les chroniques et les romans de chevalerie du moyen âge.