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de l’armateur ; l’article 3, les conditions de l’expertise.

« Art. 4. Tout capitaine, maître ou patron qui, dans le cas de naufrage ou d’abordage, sera convaincu d’impéritie ou d’ineapaei é, sans toutefois avoir contrevenu il l’observation des lois et règlements, sera puni du retrait temporaire ou définitif de son brevet. j

« Art. 5. Tout capitaine, maître on patron, en cas d’abordage, est tenu d’envoyer, si le temps et sa propre situation le permettent, une embarcation avec un officier, ou, à défaut, un maître, à bord du bâtiment abordé, pour s’assurer si les secours sont encore nécessaires, et, en cas de danger, il est tenu de faire tout ce qui est en son pouvoir pour venir en aide au bâtiment en péril, a son équipage et à ses passagers. Il échange avec le capitaine de l’autre navire les noms des bâtiments et des ports d’armement. Si le temps ne permet pas de mettre une embarcation à la mer, les deux navires doivent se tenir autant que possible l’un près de l’autre jusqu’à ce qu’il y ait certitude qu’aucun des deux n’a besoin d assistance. En cas d’abordage, si l’un des navires vient a sombrer, le capitaine de l’autre navire, après avoir fait tous ses efforts pour recueillir tous les naufragés, doit en outre, si l’abordage a eu lieu de nuit, sauf le cas d’impossibilité absolue, se tenir jusqu’au jour sur le lieu du sinistre et ne s éloigner qu’après s’être assuré qu’il ne reste aucun sauvetage à opérer. Tout capitaine, maître ou patron qui, sans motifs valables, aura manqué aux prescriptions qui précèdent sera puni d’une amende de 300 à 3,000 francs et d’un emprisonnement de six mois k cinq ans, ou de l’une de ces deux peines seulement. Le retrait temporaire ou définitif du brevet pourra en outre être prononcé. Dans le cas où un abordage aura causé la mort d’une ou de plusieurs personnes, le capitaine qui sera reconnu coupable d’avoir pris la fuite, au lieu de se conformer aux prescriptions du présent article, sera puni de la réclusion. »

Les articles suivants établissent dans les arrondissements maritimes des tribunaux spéciaux, composés d’un juge du tribunal de ire instance, d’un juge du tribunal de commerce, du commissaire de l’inscription maritime, de deux capitaines au long cours et d’un maître au caboUige, destinés k connaître en dernier ressort de tous les délits et contraventions prévus par la loi. Il serait à souhaiter que toutes les nations maritimes adoptassent une législation analogue.

ABORRAS, rivière de la Mésopotamie, aujourd’hui Khabour.

ABOUDAD, taureau créé parOrmuzd et les Amschaspuiids. Aboudad, formé à l’origine des êtres, contenait en lui, d’après le ZeudAvesta, les germes de tous les êtres animés.

ABOUDJED s. m. Nom que les Arabes donnent à leur ancien alphabet.

Abou-Hassan, opéra-bouffe en un acte, paroles de MM. Nuitter et Beaumont, d’après le livret allemand, musique de Charles-Marie de Weber ; représenté au Théâtre-Lyrique le 11 mai 1859. Cet opéra, l'un des premiers ouvrages dramatiques du célèbre musicien, fut écrit à Darmstadt, en 1810, pour le théâtre du grand-duc. Il est toujours fort intéressant du suivre un homme de génie dans les phases successives que parcourt son esprit ; mais on doit constater les inégalités étranges de cette œuvre originale. Le chœur des créanciers d'Abou-Hassan, le duo qu'il chante avec Fatime, la polonaise en ut majeur que celle-ci exécute, l'air d'Hassan et l'ouverture sont des morceaux dans lesquels on pressent l'auteur de Freischütz et d'Oberon, à travers les harmonies confuses, non encore assouplies, et un style heurté, qui semblent au premier abord offrir plus de défauts que de qualités. Cette pièce a eu pour interprètes Meillet, Wartel et Mlle Marimon.

ABOU-JAHIA, ange de la mort, chez les musulmans.

ABOUKIR, village d’Algérie, département d’Oran, à 12 kilom. S.-E. de Mostaganem et à 79 kilom. O. d’Oran ; 1,857 hab., dont 1,462 Arabes de la tribu des Oulad-Mulef, en y comprenant l’annexe d’Aïn-Sidi-Cherif. Colonie agricole établie en 1848 au lieu dit les Trois-Marabouts, Aboukir a été constitué en centre en 1851 et en commune à la fin de 1856 ; il est situé dans un bas-fond, en vue de la plaine de l’Habra, et dominé par le Trek- el-Touirès. Source abondante. Dans une colline voisine, on trouve une belle grotte, remarquable par ses stalactites, et dont la profondeur n’a pas encore été sondée.

ABOUL-CACEM, général turc qui s’empara de Nieée, après la bataille où péri t Soliman ler^ et fit trembler Alexis Comnène, empereur de Constantinople. Mais bientôt le schah de Perse, Mélik, l’attaqua, ce qui permit à Alexis Comnène de prendre k son tour une attitude menaçante, et Aboul-Cacem fut mis à mort par Mélik.

ABOUL-HAÇAN-KHAN (Mirza), diplomate et voyageur persan, né à Sehiraz vers 1774, mort à Téhéran en 1828. Après avoir séjourné plusieurs années dans l’Inde, il fut rappelé en 1809 par le schah de Perse, qui le nomma son envoyé extraordinaire près la Porte Ottomane et l’Angleterre. Il fut ensuite chargé de diverses missions en Russie et en Autriche, vint à Paris en 1819 et, de


retour «Téhéran l’année suivante, fut nommé ministre des affaires étrangères.

ABOUL MAHACEN (Ben-Taghry-Berdy), historien arabe, né à Alep (Syrie) ; il vivait au xvb siècle de notre ère. C’était un homme fort instruit, qui reçut d’un sultan circussien le titre d’émir. Pendant un assez long séjour qu’il fit au Caire, il écrivit, sous le dire de Nodjoum elzahmeh (les Étoiles brillantes), une histoire de l’Égypte depuis la conquête musulmane jusqu’en 1453. Ce grand et important ouvrage, dont on trouve un exemplaire manuscrit à la Bibliothèque nationale, a Paris, a été édité et traduit en latin par Juynboll, de Leyde. Aboul-Mahacen en avait fait un abrégé, intitulé Maured allethafeh, qui a été publié par Carlyle (Cambridge, 1792). Enfin, Aboul-Mahaoen est l’auteur de Menhel-el-Safy, dictionnaire biographique qui va jusqu’à la fin de la lettre M et qui contient de précieux renseignements. La Bibliothèque nationale en possède aussi un manuscrit en 5 volumes.

ABOULIOUN (Apolloniatis lacus des anciens), lac de la Turquie d’Asie, dans l’Anatolie, au pied du mont Olympe, au S.-O. de Brousse. Ce lac contient plusieurs îles ; dans la plus grande se trouve une petite ville, qui porte le même nom que le lac, et qui passe pour être l’Apoltonia des anciens.

ABOULOMRI s. m. (a-bou-lo-mri). Nom donné par les Arabes au vautour fabuleux que les Turcs appellent ak-baba. L’aboulomri ne se nourrit que de cadavres et vit jusqu’à mille ans.

ABOUL-WEFA-AL-BOUZDJANI, astronome arabe, né à Bouzdjan en 939, mort à Bagdad en 998. Il est auteur d’un Xlmageste, qu’il ne faut pas confondre avec celui de Ptoléniée, et où il fait usage des tangentes pour les calculs trigonométriques.

ABOU-MANSOUR, surnommé Mouneddjem, astronome arabe, né en 855. Il remplit, sous le calife Mamoun, les fonctions de président du collège des astronomes et de directeur des observatoires de Bagdad et de Damas. Il est l’auteur de la Table vérifiée, où sont consignées les observations faites dans ces deux établissements. Il composa aussi un Recueil des vies des poètes arabes.

ABOU-OBAÏD-AL-BEKRI, géographe et historien arabe, né k Oroba (Espagne) en 1040, mort en 1094 ;. Il fut vizir du roi d’Almerin, et il composa un ouvrage, intitulé : les Hontes et tes ruynumes, où le monde est décrit dans ses quatre parues alors connues.

ABOU-OBAÏD-AL-CACEM-BEN-SALLAM, écrivain arabe, né à Hérat, mort k La Mecque vers 838. Il remplit les fonctions de cadi à Tarse et composa plusieurs ouvrages, dont les principaux sont un Recueil de proverbes ou d’apologues, où Scaliger a puisé ses Centuries de proverbes urabes, et un Traité des traditions prophétiques, auquel il travailla, dit-on, [irès de quarante ans. La bibliothèque de Leyde possède un manuscrit de ce traité.

ABOU-OSAÏBAH, médecin arabe, né vers la fin du xne siècle, mort en 1269. La Bibliothèque nationale de la rue Richelieu possède^ un manuscrit de son Histoire des médecins, où l’on trouve de curieux traits historiques sur les médecins arabes, et des détails intéressants sur leur pratique.

ABOU-RYHAN (Mohammed-ben-Ahmed), astronome et philosophe arabe, né à Byroun en 971, mort en 1039. Il étudia l’astronomie dans l’Inde pendant quarante ans et il publia ensuite un Traité de chronologie, qui se trouve manuscrit k la bibliothèque de l’Arsenal ; une Géographie, une Table astronomique, une Introduction à l’astrologie judiciaire.

ABOU-SAÏD-MIRZA, dernier souverain de l’empire de Tamerlan, dont il était l’arrièrepetit-fils, né eu 1427, mort en 1469. Après avoir conquis la Transoxiane, le Turkestan et le Khoraçan, il voulut s’emparer aussi de l’Irak et de l’Azerbaïdjan ; mais il tomba entre les mains d’Ussun-Cassan, qui le fit mettre à mort. Il avait régné vingt ans.

ABOU-TACHEFYN, roi de Tlemcen. Il appartenait à la dynastie des Zyany et il commença à régner en 1318. Il voulut étendre ses possessions en s’emparant de plusieurs provinces appartenant au roi de Tunis ; mais celui-ci appela à son secours le roi de Fez, et bientôt Abou-Tachefyn se vit assiégé dans sa capitale. Après trois ans de siège, Tiemcen fut prise, et les vainqueurs d’Abou-Tachefyn lui firent trancher la tête.

ABOU-THALEB, oncle de Mahomet, au vie siècle de nuire ère. Aprè3 la mort d’Abdal-Motlialleb, aïeul de Mahomet, ce fut Abou-Thaleb qui se chargea de la tutelle du futur prophète ; Il l’emmena en Syrie k l’âge de treize ans. Plus tard, Abou-Thaleb étant tombé dans l’indigence, Mahomet lui procura des secours, et il recueillit sa famille après sa mort.

ABOUSIR ou ABOU-SYR, bourg de la basse Égypte, à 40 kilom. S.-O. d’Alexandrie, sur les bords de la Méditerranée. On y trouve les ruines d’un temple d’Isis et une citadelle dont la tour centrale s’aperçoit de très-loin en mer.

* ABOUT (Edmond). — Depuis la Question romaine, le dernier de ses ouvrages signalés par le Grand Dictionnuire, M. É. About a


publié : le Cas de M. Guérin (1862, in-12) ; VHomme à l’oreille cassée (1862, in-12) ; lo Nez d’un notaire (1802, in-12), trois romans ultra-fantaisistes ; Dernières lettres d’un bon jeune homme à sa cousine Madeleine (1863, in-12), recueil d’articles hebdomadaires parus dans l’Opinion nationale ; divers autres romans : Madelon (1863, in-8°) ; la Vieil e roche, titre général d’une série d’ouvrages parus séparément et qui se font suite : le Mari imprévu, les Vacances de la comtesse, le Marquis de Lanrose (1865, 3 vol. in-8°) ; le Progrès, étude de réformes sociales (1864, in-8°) ; les Questions d’argent ; l’Assurance (1865, in-8°) ; Causeries (1865, in-12) ; le Turco, roman (1866, in-8<J) ; Y Infâme (1867, in-8°) ; les Mariages du province (1868, in-12) ; l’A b c du travailleur (1868 ; in-12) ; Ahmel le fellah (1869, in-S°) ; le Bat des artistes, le Poivre, VOuverture au château, recueil de nouvelles (1870, in-12) ; l’Alsace (1872, in-12). Il a, de plus, donné au théâtre : le Capitaine BilterHn, comédie en un acte (Gymnase, 1360) ; Un mariage de Paris, comédie eu trois actes (Vaudeville, 1861) ; Une vente au profit des pauvres (Odéon, 18G2) ; Nos gens (Gymnase, 1866) ; Histoire ancienne (Théâtre-Français, 1868) ; Y Éducation d’un prince, proverbe tiré de son théâtre impossible (théâtre do l’Union artistique, 1869) ; Retiré des affaires (Vaudeville, 1869). Toutes ces pièces ont été écrites en collaboration avec M. de Najac.

En 1861, lorsque le Constitutionnel passa de nouveau sous la direction du docteur Veron, M. Edmond About fut un moment attaché k lu rédaction de ce journal. Il n’y était entré, a-t-il dit, qu’à la condition de garder toute sa liberté ; mais cette attache officielle ne lui déplaisait pas absolument. Deux brochures politiques, la Nouvelle carte de l’Europe (1860, in-8u) et la Prusse en 1860 (1S60, in-8°), écrites par lui l’année précédente, se rapprochaient des brochures inspirées alors par le gouvernement. Quelques années plus tard, il fut proposé k Napoléon III comme conseiller intime. Il ne s’agissait de rien moins que d’adresser quotidiennement, ou tout au moins hebdomadairement, au souverain de petits rapports confidentiels sur les mouvements de l’opinion publique et sur tout ce qu’ignore généralement l’entourage des rois et des empereurs. L’idée, renouvelée d’Harounal-Raschid, qui allait, sous des déguisements, écouter ce que disaient de lui ses sujets, n’était peut-être pas mauvaise pour Napoléon III ; mais éttiit-ce bien à M. Abnut de se charger de son exécution ? Il ne voulut pas être seul et il essaya de déterminer Prévost-Paradol h partager sa tâche. Prévost-Faradol refusa ; il a, plus tard, écrit k ce sujet une petite page fort spirituelle : « M. About, dit-il, a été longtemps et était naguère encore imbu de la doctrine de la souveraineté du but, et plus que bienveillant pour le gouvernement personnel. Démocrate ardent et convaincu, quoique brouillé dès ses premiers pas avec le parti démocratique, plein de confiance dans la puissance et la bonne volonté d’un seul, admettant volontiers l’existence d’une sorte de gérant qui exercerait pendant la minorité intellectuelle du peuple français une dictature bienfaisante, M. About portait dans ce genre de chimères une bonne foi dont ses amis pouvaient seuls connaître la mesure, car ses adversaires el tout le public lui trouvaient trop d’esprit pour croire une telle erreur très-sincère. Pour moi, je n’ai pas oublié (il me pardonnera, je l’espère, cette indiscrétion inoffensive et tout k sa louange) le jour, déjà bien éloigné, où il me proposa, avec une amicale candeur, de venir travailler à huis clos, avec lui et une troisième personne, au bonheur public. Mais l’esprit a ses droits, quoi qu’on en dise ; il réveille tôt ou tard le jugement, et cette bizarre erreur de M. About ne pouvait durer toujours, » Ses fonctions occultes de conseiller intime furent, en effet, très-éphémères ; après quelques rapports, il s’en tint 1k. Entré a l’Opinion nationale, qui faisait une sorte d’opposition dynastique k Napoléon III en prenant son point d’appui au Palais-Royal, il attira au journal un avertissement par un simple article d’art, à propos du portrait du prince Jérôme-Napoléon par Flandrin, article où, tout en appelant ce prince un « César déclasse, 1 et peut-être même parce qu’il le désignait ainsi, il posait en réalité la candidature du cousin k la succession de l’empereur. Nous avons reproduit cette page, qui méritait d’être conservée, dans la biographie du prince Napoléon. M. Edmond About n’en continuait pas moins d’être bien en cour. Décoré en 1858, il fut fait officier de la Légion d’honneur en 1867,

Au moment de la déclaration de guerre, il était en Alsace, à Saverne, et collaborait activement au journal le Soir, auquel il envoya de visu les plus pathétiques récits de l’invasion. Tout homme d’esprit qu’il est, M. About avait pu se méprendre tant que dura l’Empire ; mais, eu voyant l’Alsace 1 noire de Prussiens, » le libéral et le patriote se réveillèrent en lui. Il pouvait alors se rallier franchement à la République, comme il l’a fait depuis ; il hésita, et, après avoir eu une foi si confiante en la duréj de l’Empire, il cumui.t la faute do croire à l’avenir de l’orléuuisme. Son erreur fut heureusement de peu de durée ; elle n’attendit luéine pas pour se dissiper que les menées de l’Assemblée réactionnaire de Versailles eussent été cutainées. Il faut rendre cotte

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justice à M. About que, si tr»nt d’autres ont attendu au lendemain du 24 mai 1873, quelques-uns même au 16 mai 1877, pour devenir des républicains de raison, ses jeux s’étaient ouverts k la vérité bi-n avant ces deux dates à jamais mémorables. C’est l’avantage et l’honneur du principe républicain d’amener peu k peu k lui tout ce qu’il y a d’esprits éminents, et ce ne fut pas pour lui un mince profit, au moment où la réaction allait, par deux fois, entrer si violemment en campagne, que d’avoir acquis cette plume si alerte. Il suffirait d’en prendre pour juges ses adversaires et de s’en rapporter à leur3 récriminations. M. About fut dès lors l’objet des plus persistantes attaques, surtout de la part de la faction orléaniste, qui avait cru un moment pouvoir compter sur lui, et dont le désappointement ne laissait pas d’être un peu risible. En août 1873, le directeur du Journal de Paris, M. Hervé, ayant rapporté certains propos qu’.l affirmait avoir été tenus par M. About chez un prince de la maison d’Orléans et que son adversaire niait énergiquement, il s’ensuivit un duel, où M. About fut blessé légèrement. C’est qu’on lui rappelait là, en les exagérant encore, des opinions avec lesquelles il n’avait plus rien de commun. Dès le mois de mai 1872, abandonnant le. Soir ; qui était passé au boniipartisme, et doublement éclairé, sur l’Empire par les désastres de l’invusion comme sur la possibilité d’une restauration monarchique par la désunion et les querelles byzantines de l’Assemblée nationale, il avait pris la direction du, XIXe siècle, journal qui se déclarait franchement républicain et qui est resté fermement fidèle à sa devise.

Quelque temps auparavant, M. Edmond About s’était vu en butte aux tracasseries du prince de Bismarck, k propos d’articles patriotiques parus autrefois dans le Soir, un peu après la guerre. En septembre 1872, comme il était allé à Saverne, où il possède une propriété, il fut tout à coup arrêté et incarcéré à Strasbourg. Vn mandat d’arrêt avait été décernécontreluidèsle mois de novembre 1871, pour avoir revendiqué en faveur de la France le droit de reprendre l’Alsace et la Lorraine. Aux termes de l’article 81 du code pénal derempireallemand, est, ei. effet, -réputé coupable de haute trahison et puni de la réclusion ii perpétuité ou de la détention à perpétuité dans une forteresse tout individu * qui aura entrepris d’incorporer par violence le territoire de la Confédération, en tout ou en partie, à un État étranger ou d’en détacher par violence une partie. » M. About fut néanmoins relâché, après huiljoursde détention. Le juge d’instruction de Strasbourg décida que, pour qu’il y eût ci i me, à fallait une tentative séparatiste et non un simple vœu ; mais le parquet, persistant dans son interprétation, ne lâcha sa proie qu’a regret. Cela peut servir d’avertissement k quiconque, après avoir éinis un voju pour le retour de l’Alsace kla France, serait tenté de s’aventurer sur le territoire allemand. M. About a consigné tous les détails de cette affaire dans son livre l’Alsace, eu y joignant les observations qu’il avait faites durant son voyage et de patriotiques tableaux des populations, allemandes malgré elles,

M.Edmond About n’écrivit d’abord qu’assez rarement et seulement sur des questions de politique générale dans le journal dont il était le directeur, et qui tout d’un coup, après le 24 mai 1873, devint une des feuilles républicaines lues avec le plus de ferveur. Un des actes qui lui font honneur fut de provoquer une souscription pour l’érection d un monument à Paul-Louis Courier, sur la place publique de Véretz. M. About prononça, k 1 occasion de l’inauguration de ce monument (juillet 1876), un excellent dis-ours dirigé surtout contre l’envahissement du clergé ; en cela, il ne faisait qu’affirmer une fois de plus les opinions de toute sa vie, car s’il ■• ’. un mérite qu’on ne puisse enlever à l’auiuu. de Rome contemporaine et de la Question romaine, c’est d’être resté obstinément fixe sur le terrain anticlérical. Après le 16 m.ii 1877 et la Erorogation, puis la dissolution de la Chamre, M. Edmond About entreprit contre le cabinet de Broglie et en faveur des 363 une campagne qui sera l’honneur de sa carrière de journaliste. Pas un de ces articles, si brillants de forme et si solides de fond, d’une sincérité si entraînante et si communicative, qui n’ait fait sensation. Ce fut un régal pour ceux qui se souvenaient des premières Lettres d’un ton jeune homme de voir cette fois la malice et la verve railleuse mises au service du bon droit el de la vérité. M. Edmond About aie mot cruel, mais il excelle k l’envelopper d’apparences inoffensives, à le glisser spirituellement sous un éloge ironique ; quelques-uns de ses mots, s’ils ont été compris, ont dû être bien amers à ceux qu’il contraignait de les avaler. Un des succès de la politique du 16 mai et de la chasse aux journaux républicains a été de forcer les écrivains k surveiller leur plume, k rapprendre une chose qu’ils avaient presque oubliée depuis l’Empire, l’art de tout dire sans offrir de prise et de sousentendre finement ce qui serait périlleux & dire. M. Edmond About est depuis longtemps passé maître en cet art, mais il ne l’avait jamais mieux prouvé. Cette campagne de 1877 l’a placé au premier rang des polémistes politiques.

ABOUTIG (Abotis des anciens), ville de la


SUPPLÉMENT.