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impossible à nos régiments de reconquérir la position de Servigny. À neuf heures, Bazaine envoya l’ordre a tous les commandants de corps de tenir à tout prix leurs positions j puis, voulant tenter un effort décisif sur Saintc-Buibe, il se prépara à mettre en mouvement la garde et 10 régiments de cavalerie : mais, vers dix heures, il recevaitdu maréchal Lebœuf l’avis suivnnt, écrit au crayon :

« La division Bastoul ayant battu en retraite il y a une heure, contrairement k mes ordres, mon flanc droit est entièrement découvert. Je suis enveloppé de feux et de colonnes d’attaque de front et de flanc. Après avoir tenu jusqu’au dernier moment, je me vois forcé de battre en retraite. »

En effet, notre aile droite était écrasée par une batterie allemande de 50 pièces, à laquelle notre artillerie ne pouvait répondre que d’une manière insuffisante. C’est en ce moment que le général Manèque, chef d’étatmajor du maréchal Le Bœuf, tomba mortellement frappé avec plusieurs de ses officiers. Bientôt l’opération, d’offensive qu’elle étaitau début, devint purement défensive ; finalement, nos troupes durent regagner leurs positions. Nous allons* compléter ce rapide aperçu par la reproduction du rapport du maréchal Le Bœuf k Baznine sur la part que prit le 3» corps au combat du 31 août :

«... La division Aymar était destinée k appuyer l’attaque parla droite de la position, contiée au 4e corps, ia division Metman attaquant par la gauche, dès que la prise de Noisseville aurait permis de se placer à la gauche de ce dernier village. L’opération, conduite dans ces conditions, réussit bien, Le 20e bataillon de chasseurs du 4e corps s’établit d’abord, m’at-on dit, darçp les premières maisons de Servigny. Informé par un officier du général de Ladmirault qu’il avait peine à s’y tenir, j’ordonnai au général Aymar d’attaquer vigoureusement, en se substituant, s’il était nécessaire, aux troupes du 4c corps qui pourraient être ramenées. Le général Aymar lança aussi tôt deux compagnies de partisans, appuyées par le 11" bataillon de chasseurs, et deux Compagnies du 7e de ligne (division Metman), qui, ayant donne trop à gauche, se rallièrent au 1 lo bataillon de chasseurs. La position qui venait d’être abandonnée, me dit-on, par le 20e bataillon de chasseurs, fut reprise avec beaucoup d’entrain par tes troupes du général Aymar, qui les établit en réserve près du village, à la place du 7« de ligne (division Metman), sur la droite. Le 7e de ligne était arrivé sur le plateau peu de temps après que les troupes du général Aymar avaient enlevé Servigny. Le général Aymar prit le commandement et s’occupa de rallier les divers corps qui, obligés de franchir deux ravins et deux croupes garnies d’arbres et de vignes, se trouvaient un peu en désordre. Malheureusement, ce village avait été enlevé de nuit et le général Aymar eut beaucoup de peine k y rétablir l’ordre. Il était environ huit heures du soir. Une maison crénelée tenait encore et le général Aymar s’occupait d’en faire enfoncer les portes, lorsque, vers dix heures du soir, l’ennemi, sorti de Poix et de Sainte-B.ube, prononça son mouvement offensif sur les deux flancs de la division Aymar. Le 85° tint bon pendant quelque temps ; il n’en fut pas de même du 44e, qui lâcha pied en désordre et entraîna l’évacuation du village. Toutefois, le général Aymar parvint à arrêter le mou émeut rétrograde sur le bord du plateau, à 300 mètres du village, et ses tirailleurs luttèrent toute la nu.t avec l’ennemi, embu.>qué dans le village. Le général Aymar devait attaquer de nouveau des la pointe du jour ; mais l’ennemi s’était rétabli en force à Servigny ; l’artillerie surtout y était plus nombreuse que !a veille, et c’est alors que je vous fis demander que la division Lorencey appuyât la division Aymar. Au jour, le retour offensif parut impossible. •

Le combat de Sainte-Barbe nous coûtait 3,547 hommes, chiffre accusé par Bazuine, dont 4 généraux : Motitaudon, Osmont et Lafaille, blessés ; Manèque, mort des suites de ses blessures, et 142 officiers ; et toutes ces pertes, comme au combat de Buzenval, plus tard, avec la certitude absolue, de la | art du commandant, de n’arriver à aucun résultat ! Voici en quels termes Bazaine annonça cet incident à celui qui s’appelait alors l’empereur :

« Après une tentative de vive force, qui nous a amenés k un combat qui-a duré deux jours, dans les environs de Sainte Barbe, nous sommes de nouveau dans le camp retranché de Metz, avec peu de ressources en munitions d’artillerie de campagne, ni viande ni biscuit, mais du blé pour cinq semaines ; intin, un état sanitaire qui n’est pas parfait : la place est encombrée de blessés. Malgré de nombreux combats, le moral de l’armée reste bon. Je continue k faire des efforts pour sortir de la situation dans laquelle nous sommes ; mais l’ennemi est très-nombreux autour rie nous. Le général Decaen est mort. Blessés et malades, 18,000.»

BARBE, impératrice d’Allemagne, morte k Kœnigsgrœiz, en Bohème, vers 1451. Elle était rille du comte Herinann de t ; ilei, seigneur bohémien. Barbe devint, en 1392, la femme de l’empereur Sigismond, qu’elle aida k reconquérir la Hongrie en 1401. Devenue veuve en 1437, elle voulut se remarier en secondes noces avec le jeune Ladislas, roi

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de Pologne. Pour la détourner de cette union, quelqu’un ayant cité devant elle l’exemple, assez mal choisi, du reste, de la tourterelle fidèle au compagnon qu’elle a perdu, l’impératrice répondit qu’il valait mieux imiter le passereau, qui cherche promptement une compagne lorsqu’il a perdu la sienne. Barbe était une femme d’un caractère hardi, n’ayant nul goût pour les vertus modestes de son sexe et qui avait des connaissances assez étendues. Elle s’occupait beaucoup de chimie et savait en tirer profit en composant des alliages métalliques qui ressemblaient par la couleur k de l’or et de l’argent et qu’elle donnait comme tels. 1 Je l’ai vue, dit l’alchimiste Jean de Laaz, mêler du cuivre

chaud avec une certaine poudre qui changea le cuivre en argent fin ; mais lorsqu’il est fondu, il devient du cuivre. Elle trompa beaucoup de ses sujets avec cet argent faux. Une autre fois, elle prit du safran, du vitriol de cuivre et une autre poudre, et, en les mélangeant, elle appliqua le tout sur du cuivre. 1 Alors le métal offrait l’apparence de l’or pur ; mais lorsqu’on le fondait, il en perdait la couleur. Elle trompa ainsi beaucoup de marchands, »

BARBE, officier français, mort en 1798. Simple serge-nt, Barbe s’élança le premier à l’assaut de la place de Fribourg, entraîna par son exemple quelques soldats, bientôt suivis par les troupes, et décida de la prise de la ville. Nommé sous-lieutenant pour ce trait de bravoure, il renouvela le même exploit au passage du pont de Neueneck, sur la Sensé, mais fut tué cette fois.

BARBÉ (Grégoire-Auguste), militaire français. Il s’engageaen 1805. Attaqué, avec vingt-trois hommes de sa compagnie, dans Allecos (Vieille-Castille), par trois cent cinquante Espagnols, il se défendit pendant cinq heures et obligea les assaillants à se retirer. Il se distingua encore au siège de Tarragone. A Leipzig, il arracha le général Maison des mains de l’ennemi. Il fut nommé capitaine en 1813 et servit dans la légion de la Moselle.

  • BARBEAU s. m. — Partie du fer d’une

flèche, tl Vieux.

BARBEDETTE(Hippolyte), littérateur français, né à Poitiers en 1827. Il s’est fait connaître, comme critique musical et littéraire, par des articles publiés dans le Ménestrel et par les ouvrages suivants : Beethoven, esquisse musicale (La Rochelle, 1859, in-8°) ; Chopin, essai de critique musicale (1861, in-8°) ; Weber (1863, in-8°) ; Essais et critiques, Études sur la littérature contemporaine et les idées nouvelles (1S65, in-8°). BARBEDIENNE (Ferdinand), industriel français, né à Saint-Martin-Kremby (Calvados) en 1810. — Il créa à Paris, en 1834, une fabrique de papiers peints et fonda, quatre ans plus tard, avec M. A. Colas, un établissement pour la reproduction et la réduction en bronze des chefs-d’œuvre de ia statuaire antique et moderne. M. Barbedienne a joint k ces reproductions, dont le nombre est aujourd’hui considérable, la fabrication d’une foule d’objets d’art, tels que vases, coupes, émaux, chinoiseries, bronzes d’ornement, œuvres d’art appliquées à la décoration, etc. Plus de trois cents artistes et ouvriers sont employés par lui pour exécuter ces pièces artistiques, dont les plus belles ont paru aux expositions et ont fuit à M. Barbedienne une réputation européenne. Il a remporté deux grandes médailles, l’une pour les bronzes, l’autre pour l’ameublement, à 1’Exposition universelle de Londres en 1851, une grande médaille d’honneur, quatre médailles d’argent et quatre médailles de bronze à l’Exposition universelle de Paris en 1855, trois médailles à l’Exposition universelle de Londres en 1861, et il fut mis hors concours lors de l’Exposition universelle de 1867. Cette même année, il fut nommé officier de la Légion d’honneur, dont il était chevalier depuis 1863.

BARBÉLITE s. m. (bar-bé-li-te). Membre d’une secte de gnostiques qui prétendaient qu’un éon immortel avait eu commerce avec un esprit vierge, nommé Barbéloth, à qui il avait accordé successivement la prescience, l’incorruptibilité, la vie éternelle, etc. On disait aussi barbeliote et barborien.

BARBELLO (Jacopo), peintre italien, né à Crema (Lombardie) en 1590, mort en 1656. Il a peint à l’huile et k fresque. On cite surtout son Saint Lazare, qui est dans l’église de Bergame. Il fut tué d un coup d’arquebuse.

BARBÉLOTH, déesse de la débauche, chez certains gnostiques.

  • BARBENTAISE, bourg de France (Bouchesdu-Rhône,

cant. et à 11 kilom, de Châteaurenard, arrond. et à 46 kilom. d’Arles, sur le penchant de la Montugnette ; pop. aggl., 1,975 hab. —pop. tôt., 3,148 hab. Bons vins et fruits.

BARBERET (Charles), professeur et écrivain français, né à Colliourc (Pyrénées-Orientales) en 1805. Il s’adonna k l’enseignement, devint professeur d’histoire et de géographie au lycée Louis-le-Grand, puis fut nommé inspecteur d’académie. Vers 1S65, il prit sa retraite et devint inspecteur honoraire. On lui doit un certain nombre d’ouvrages pour l’enseignement. Nous citerons, entre autres : Précis de géographie historique universelle (1S40, in-8°), avec Magin ; Abrégé

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de géographie moderne (1845, in-18), avec le même ; Cours d’histoire de France (1842, in-12) ; Questions d’histoire du moyen âije et moderne (1848, in-12) ; Réponses aux questions d’histoire (1848, in-12), avec Val. Purisot ; Allas élémentaire de géographie moderne (in-8°) ; Histoire du moyen âge et histoire de France (1856, in-8°) ; Atlas général de géographie physique et politique, ancienne, du moyen âge et moderne (1864, in-4»), avec Périgot ; Atlas classique de géographie physique et politique (1864, in-4°), etc.

BARBERINI (Giovanni-Battista), sculpteur italien, né k Côme, mort à Crémone en, 1666. Il s’adonna surtout k la sculpture d’ornement. Il fut aidé par son frère dans ses travaux. On admire surtout, parmi ses œuvres, les statues qui ornent l’orgue et le ciborium de l’église de Sainte-Pétrone, k Bologne.

BARBERON s. m. (bar-be-ron). Nom vulgaire donné quelquefois au salsifis.

BARBEROUSSE, surnom de Frédéric Ier, empereur d’Allemagne. V. Frédéric 1er, au tome VIII du Grand Dictionnaire.

Barberousae vUilaat Iti tombeau do Clinrlemagne, tableau de M. François Flaiiieng (Salon de 1876). Les deux empereurs à longue barbe sont là, l’un devant l’autre, tous deux la couronne sur la tête : l’un, couché dans Son cercueil, dressé de façon à le faire présenter presque debout, sa longue barbe blanche étendue en nappe sur sa poitrine et les pieds liés de bandelettes comme une momie égyptienne ; l’autre, k longue barbe rousse" qui ne lui laisse voir que les yeux, se tient roide devant, drapé dans son manteau et ia main sur la garde de sa massive épée. Un évêque, derrière lequel un diacre tient sa crosse d’or, d’autres prélats, des seigneurs, des écuyers accompagnent l’empereur dans ce lugubre tête-à-tête. On croirait que Barberousse songe à la fragilité humaine et impériale ; point : il médite de prendre k l’empereur mort un tas de joyaux précieux qu’il a sur lui et qui ne lui servent k rien ; mais M. Flameng n’a pu traduire cette pensée rapace sur son visage. II s’est borné k mettre en présence les deux empereurs, le vivant et le mort. Sa composition est juste, claire, bien entendue, et le peintre, fils d’un artiste éminent, y révèle de grandes qualités de coloriste.

  • BARBES (Armand), homme politique.-Nous

allons donner ici, pour les lecteurs du Grand Dictionnaire qui ont lu ia vie de Barbes telle que nous l’avions donnée dans nos premiers tirages, le complément qui a déjà paru dans les tirages ultérieurs.

En quittant Belle-Isle-en-Mer, Barbes se rendit k Paris, et, le jour même de son arrivée, il adressa la lettre suivante au directeur du Moniteur universel : « J’arrive k Paris, je prends la plume et vous prie d’insérer bien vite cette note dans votre journal. Un ordre dont je n’examine pas les motifs, car je n’ai pas l’habitude de dénigrer les sentiments de mes ennemis, a été donné, le 5 de ce mois, au directeur de la maison de Belle-lsle. Au premier énoncé de cette nouvelle, j’ai frémi d’une indicible douleur de vaincu et j’ai refusé tant que j’ai pu, durant deux jours, de quitter ma prison. Je viens maintenant ici pour pnrler de plus près et mieux me faire entendre. Qu’importe à qui n’a pas droit sur moi que j’aune ou non mon pays ? Oui, la lettre qu’on a lue est de moi, et la grandeur de la France a été, depuis que j’ai une pensée, ma religion. Mais, encore un coup, qu’importe k qui vit hors de ma foi et de ma loi que mon cœur ait ces sentiments ? Décembre n’est-il pas, et pour toujours, un combat indiqué entre moi et celui qui l’a fait ? A part doue ma dignité personnelle blessée, mon devoir de loyal ennemi est de déclarer k tous et à chacun ici que je repousse de toutes mes forces la mesura prise k mon endroit. Je vais passer k Paris deux jours afin qu’on ait le temps de me remettre en prison, et, ce délai passé, vendredi soir, je cours moi-même chercher l’exil. — Barbés. — Paris, 11 octobre 1854, dix heures du mutin, Grand hôtel du Prince-Albert, rue Saint-Hyacinthe-Saint-Honoré. »

Barbés ne fut point arrêté, et, k l’heure dite, il quittait la France, qu’il ne devait plus revoir, li se rendit d’abord k Bruxelles, puis en Espagne. Arrêté k Barcelone en 1S5C, il fut transféré en Portugal ; de 1k il se rendit en Hollande et se fixa à La Haye, où il passa les dernières années de sa vie, en proie k de grandes souffrances physiques causées par ses longues détentions. Lors des élections complémentaires du 22 novembre 1863, sa candidature fut posée, dans la 3" circonscription de Paris, par quelques démocrates qui voulaient qu’on élût des républicains n’ayant pas prêté serment. À ce sujet, Barbés écrivit k Gambon : • Je suis partisan du vote contre le serment, contre l’insolence d’un homme qui nous dit sans cesse : C’est moi qui suis le souverain... Mais je ne puis que décliner l’honneur qu’on veut bien nie faire, et ducs qu’on cherche un plus jeune, qu’on nie remplace par un ouvrier, — il y en a de capables,

— la maladie dont je suis atteint ne me permettant pas de compter sur moi pour la libre disposition de l’esprit et du corps. C’est au moment où tous mes amis d’autrefois me cherchent que je ne puis plus quitter la chambre ; c’est désolant, c’est cruel... Mon cœur bat, quand je songe k la patrie, de je

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I ne sais combien de pulsations à la minute. • Quelques mois plus tard, il s’éteignait sans avoir pu voir ie rétablissement de la république, mais aussi sans avoir eu la douleur de voir la France envahie et ployant sous ses désastres. Barbey, que Proudhon avait surnommé le Bayard de la démocratie, s’était acquis l’estime de ses adversaires eux-mêmes par la noblesse et l’énergie de son caractère, par son désintéressement et la sincérité de ses convictions. On a de lui quelques opuscules politiques : Deux jours de condamnation à mort (Paris, 1848, in-S°), sorte de testament écrit pendant les heures où il attendait stoïquement l’échafaud, et qui a été réédité en 1849 avec une lettre de M. Louis Blanc ; Quelques mots à ceux qui possèdent en faveur des prolétaires du travail (1848, in-8°).

BABBESOLA, ancienne rivière d’Espagne, dans le territoire des Bastules (Andalousie), avec une viile de même nom sur ses rives. Elle avait son embouchure dans la Méditerranée, près de Calpé (Gibraltar). C’est aujourd’hui le Guadiaro.

  • BARBEY D’AUREVILLY (Jules), littérateur

français, né k Saint-Sauveur-le-Vicomte (Manche) en 1811.—Dans les premiers tirages de l’article biographique que nous avons consacré k cet écrivain, trompés par les renseignements que nous avions puisés dans les Supercheries littéraires de Quérard, nous avons commis une erreur grave en confondant M. Jules Barbey d’Aurevilly avec son frère Léon, prêtre du diocèse de Coutances. Nous devons donc aujourd’hui reconnaître que l’auteur delà Vieille maitresse n’a jamais été prêtre et que, mieux renseignés, nous aurions dû nous abstenir de faire certains rapprochements qui ont pu blesser deux hommes honorables, celui des deux surtout quia embrassé la carrière ecclésiastique et qui, n’ayant pris aucune part aux écrits de son frère, devait rester en dehors de notre critique. Aujourd’hui que nous connaissons la vérité, nous manquerions k notre devoir si nous ne cherchions pas k réparer le tort involontaire que la première forme donnée à

cette biographie a pu produire. La forme sera changée dans tous nos tirages ultérieurs, et afin que ceux de nos abonnés qui ont reçu le deuxième volume (premier tirage) soient informés du changement, nous insérons ici, dans le Supplément, la biographie de M. Barbey d’Aurevilly, avec les corrections qu’il nous a paru juste d’y faire.

posé d’en faire une sorte de contre-poison pour le mal qu’avait dû, selon lui, produire l’apparition de Lélia, un des plus célèbres romans de George Sand. La Bague d’Annibal, qui parut en 1843, rit peu parler d’elle. Un livre intitulé Du dandysme et de G. Brummet (1845, in-16) montra dans M. Barbey d’Aureviliy un admirateur presque enthousiaste d’un genre de vie bien frivole et bien inutile. A partir de 1851, il fut attaché k la rédaction du Pays, journal de l’empire, où ses articles de critique littéraire se tirent remarquer par la vivacité des attaques et par leur forme acerbe. Il dut sortir de ce journal vers 1861, à la suite d’une polémique irritante. Dans l’intervalle, il avait fondé, avec M. Granier de Cassagnac, une feuille intitulée le Réveil, où les œuvres des littérateurs appartenant au parti libéral étaient souvent attaquées avec aigreur. Cette feuille n’eut qu’une existence éphémère. Tout en collaborant k ces journaux, M. Barbey d’Aurevilly publia les Prophètes du passé (1851, in-16), dont nous ferons suffisamment connaître l’esprit par la citation de ces phrases : « Nos pères ont été sages d’égorger les huguenots et bien impru dents de ne pas brûler Luther. Si, au lieu de brûler les écrits de Luther, dont les cendres retombèrent sur le monde comme une semence, on avait brûlé Luther lui-même, le monde était sauvé, au moins pour un siècle. » L’auteur affirme que le gouvernement des peuples repose sur des principes immuables et de droit divin, dont la garde appartient à l’Église, qui représente Dieu. Il est de l’école de Joseph de Maistre, qui voulait que l’étude des questions morales et politiques fût réservée aux évêques et k quelques familles nobles ; quant aux autres, ajoutait Joseph de Maistre, de quoi ont-ils k se plaindre ? ne leur reste-t-il pas la botanique ? Après les Prophètes du passé, nous tombons en plein roman de boudoir. Les situations risquées qui abondent dans Une vieille maîtresse (1851, 3 vol. in-8°) valurent k ce livre un succès de curiosité malsaine. Le style vise trop à l’effet ; on y remarque des phrases comme celles-ci : « Une lèvre roulée comme une grappe de rubis.

— Le liquide cinabre de sa bouche.-Un sang bouillonnant qui trahit tout à coup sa rutilance sous un tissu pénétré. — La destinée couronnée d’un sceau de pourpre.-Vellini (l’héroïne), avec une inflexion de ses membres de mollusque, dont les articulations ont des mouvements de velours, fait tout k coup relever les désirs entortillés au fond de l’aine de son amant.» Le plus curieux, c’est que l’auteur glisse ses aspirations catholiques au milieu de ces peintures sensuelles et de ce stylo si plein d’une recherche ton te mondaine. L Ensorcelée, ricochets de conversation (1854, 2 vol. in-S°) suivit Une vieille maîtresse. Elle lui est supérieure par le style et par la corn 37