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de Saigon se rencontrèrent à Tourane ; le 1», le flotte parut » l’entrée de la rivière de Hué. Les opérations, conduites avec habileté et décision les 18, 19 et 20 août, ne nous coûtèrent que quelques blessés. Le débarquement au nord eut lieu le 20, malgré la résistance des ennemis, embusqués derrière les dunes ; les forts et les batteries du sud furent occupés sans combat. L’impression produite par cette énergique démonstration fut telle, que la cour sollicita une suspension d’armes. Le 23, M. Harmand se rendit à Hué avec les pleins pouvoirs dont il était muni et s’installa à la légation de France. De là il adressa au gouvernement annamite un ultimatum où, après avoir rappelé les nombreux griefs que nous avions à faire valoir, il indiquait les conditions d’une paix acceptable. Le 25 août, après une discussion assez vive, le traité dont il avait posé les bases était accepté par la cour. L’Annam reconnaissait notre protectorat, avec toutes ses conséquences au point de vue du droit des gens, du commerce, de l’administration, etc. ; c’est-à-dire que la France présiderait aux relations de toutes les puissances étrangères (y compris la Chine) avec le gouvernement annamite, qui ne pourrait désormais communiquer diplomatiquement avec lesdites puissances que par l’intermédiaire de la France. Notre résident aurait auprès du roi le privilège des audiences. Les ports annamites de Tourane et de Xuan-Day seraient ouverts au commerce, et la France administrerait comme bon lui semblerait les douanes indigènes, sur lesquelles elle prélèverait deux millions et demi pour la liste civile du roi. Tu-Duc ne laissait pas d’enfants mâles, et, par défiance, il avait éloigné de sa succession tous ses frères, dans lesquels il voyait, à tort ou à raison, des prétendants au trône ; il avait adopté trois de ses neveux, fils de sœurs, et il les avait désignés tous les trois comme devant lui succéder, sans indiquer toutefois celui qu’il choisirait en dernier heu. Le premier, Duc-Duc, âgé de dix-neuf ans, d’abord proclamé roi, ne régna que quelques jours, par suite des intrigues du régent Nguyen-Van-Thuong. Le second, âgé de dix-sept ans, et nommé Trieu, était ouvertement préféré par le roi défunt, dont il partageait la haine contre la France. Le troisième était considéré par la population annamite, malgré son jeune âge (quinze ans), comme un compétiteur à opposer à Trieu, le cas échéant : il s’appelait Memen, dit Kien-Phuoc ou Taï-Phu. Mais ce ne fut ni sur l’un ni sur l’autre de ces personnages que se porta le choix de la reine mère, des princes du sang et du comat : Hiep-Hoa, frère cadet utérin du défunt, recueillit la succession restée vacante. On comptait beaucoup, à Hué, sur la résistance de Son-Tay et sur l’appui de la Chine, pour nous faire échec au Tonkin ; aussi le malheureux Hiep-Hoa à peine couronné, fut-il empoisonné par les partisans de la guerre, pour avoir consenti signer le traité Harmand et paru rechercher l’alliance des Français. Les hauts mandarins, à la date du Z décembre, intronisèrent alors Memen et menacèrent notre résident, M. de Champeaux, qui n’en engagea pas moins des relations officieuses avec le nouveau gouvernement, Le 26, notre ambassadeur en Chine. M. Tricon, arriva à Hué : Son-Tay ayant été prise, le régent Nguyen-Van-Thuong se montra doux et conciliant ; il reconnut, sans restriction, l’authenticité du traité du 25 août 18S3 et fît même punir, la rage au cœur sans doute, les fonctionnaires du Nghé-An et du Thanh-Hoa, qui avaient continué à poursuivre les chrétiens. Ce Nguyen-Van-Thuong, notre implacable ennemi, était un homme d’origine obscure, parvenu rapidement aux plus grands honneurs. Dans diverses négociations diplomatiques, il avait habilement défendu les intérêts de l’Annam, et en 1874, après la signature des traités avec la France, Tu-Duc, qui lui avait donné déjà le portefeuille des finances, l’avait appelé à siéger au comat et l’avait chargé des relations extérieures. Les succès que nous obtenions au Tonkin l’obligeaient seuls à dissimuler sa haine et à subir nos conditions. Lorsque M. Patenôtre, conformément aux instructions reçues, se présenta à Hué pour négocier la modification de la convention Harmand, il n’eut qu’à envoyer à la cour un ultimatum pour obtenir ce qu’il voulut du régent ; le traité Patenôtre remplaça le traité du 25 août 1883. Notre envoyé exigea d’abord la remise du sceau impérial chinois, donné autrefois à Giâ-Long par le Fils du Ciel, pour enlever aux Annamites la dernière marque de vassalité de leur pays vis-à-vis de l’empire du Milieu, Nguyen ne consentit pas aisément à cette concession, qu’il considérait comme très importante. Il était en effet, surtout depuis un an, le chef incontesté du gouvernement annamite ; son patriotisme inspirait à ses collègues une sorte de crainte, et le bruit courait que, non content d’avoir fait massacrer les chrétiens et fait cause commune au Tonkin avec les Pavillons-Noirs et les réguliers Chinois, il avait étranglé de ses propres mains le roi Hiep-Hoa. Enfin, il obtint que le sceau serait fondu, au lieu d’être envoyé à Paris. Au jour dit, on prit place autour d’une table dans le grand salon de la résidence. La réunion était nombreuse, car l’ajnjral Courbet avait détaché un certain nom ANNA

bre de ses officiers, auxquels s’étaient joints ceux de la garnison. Sur la table, on voyait le cachet royal, sorte de plaque d’argent doré de dix centimètres da côté, pesant 5 kilogr. 900 et dont la poignée avait la forme d’un chameau couché, symbole de la soumission. On tira Un certain nombre d’exemplaires de ce cachet, dont le ministre lut la description, qui fut vérifiée sur l’objet même. Pendant ce temps, les gens du cortège avaient déposé au milieu du salon un soufflet de forge et un fourneau en terre. On alluma le fourneau, le moment de la fusion arriva. L’un des assistants, prenant le cachet, se disposait à le jeter au feu, lorsque M. Patenôtre l’arrêta, et, s’adressant au premier ministre : « II est encore temps ; nous conserverons le cachet, mais il sera envoyé à Paris ». L’autre ne répondit pas immédiatement. Il se pencha à l’oreille de son second ; puis, il fit un mouvement de tête négatif. Quelques minutes après, le dernier vestige palpable de la longue suzeraineté que revendiquait la- Chine sur la pays d’Annam avait disparu et ne formait plus qu’un bloc informe d’argent. Notre ministre déclara ensuite que l’on allait procéder aux signatures. Il commença aussitôt, puis passa les papiers officiels au régent. Celui-ci prit le pinceau qu’un de ses secrétaires lui présentait et signa. Se tournant alors vers M. Patenôtre, il lui dit, en esquissant un long sourire : « Voilà une signature que j’ai soignée et qui tiendrai. On verra bientôt combien ces paroles étaient sincères.

Le traité du S juin 1884 était ainsi conçu :

« Le gouvernement de la République française et celui de Sa Majesté le roi d’Annam, voulant empêcher à jamais le renouvellement des difficultés qui se sont produites récemment, et désireux de resserrer leurs relations d’amitié et de bon voisinage, ont résolu de conclure la convention suivante :

Article premier. L’Annam reconnaît et accepte le protectorat de la France. La France représentera l’Annam dans toutes ses relations extérieures. Les Annamites à l’étranger seront placés sous la protection de la France.

Art. 2, Une force militaire française occupera Thuan-An d’une façon permanente. Tous les forts et ouvrages militaires de lo rivière de Hué seront rasés.

Art. 3. Les fonctionnaires annamites, depuis la frontière de la Cochinchine jusqu’à la frontière de la province de Ninh-Binh, continueront à administrer les provinces comprises dans ces limites, sauf en ce qui concerne les douanes, les travaux publics et, en général, les services qui exigent une direction unique ou l’emploi d’ingénieurs ou d’agents européens.

Ait. 4. Dans les limites ci-dessus indiquées, le gouvernement annamite déclarera ouverts au commerce da toutes les nations, outre le port de Pui-Nhon, ceux de Tourane et de Xuan-Day. D’autres ports pourront être ultérieurement ouverts, après une entente préalable. Le gouvernement français y entretiendra des agents placés sous les ordres de son résident à Hué.

Art. 5. Un résident général, représentant du gouvernement français, présidera aux relations extérieures de l’Annam et assurera l’exercice régulier du protectorat, sans s’immiscer dans l’administration locale des provinces comprises dans les limites fixées par l’article 3. Il résidera dans la citadelle de Hué avec une escorte militaire. Le résident général aura droit d’audience privée et personnelle auprès de S. M. le roi d’Annam.

Art. 6. Au Tonkin, des résidents ou résidents-adjoints seront placés, par le gouvernement de la République, âans les chefslieux où leur présence sera jugée utile. Ils seront sous les ordres du résident général. Ils habiteront dans la citadelle, et, en tout cas, dans l’enceinte même réservée au mandarin ; il leur sera donné, s’il y a lieu, une escorte française ou indigène.

Art. 7. Les résidents éviteront de s’occuper des détails de l’administration intérieure des provinces. Les fonctionnaires indigènes de tout ordre continueront à gouverner et à administrer sous leur contrôle ; mais ils devront être révoqués sur la demande des autorités françaises.

Art. 8. Les fonctionnaires et employés français de toute catégorie ne communiqueront avec les autorités annamites que par l’intermédiaire des résidents.

Art. 9. Une ligne télégraphique sera établie de Saigon à Hanoï et exploitée par des employés français. Une partie des taxes sera attribuée au gouvernement annamite, qui concédera, en retour, le terrain nécessaire aux stations.

Art. 10. En Annam et au Tonkin, les étrangers de toute nationalité seront placés sou* la juridiction française. L’autorité française statuera sur les contestations, de quelque nature qu’elles soient, qui s’élèveront entre Annamites et étrangers, de même qu’entre étrangers.

Art. 11. Dans l’Annam proprement dit, les Quan-Ho percevront l’impôt ancien sans le contrôle des fonctionnaires français et pour compte de la cour de Hué. Au Tonkin, les résidents centraliseront, avec le concours des Quan-Ho, le service du même impôt, dont ils surveilleront la perception et l’emploi. Une commission, composée de commis ANNA

saires français et annamites, déterminera les sommes qui devront être affectées aux diverses branches de l’administration et aux services publics. Le reliquat sera versé dans les caisses de la cour de Hué.

Art. 12. Dans tout le royaume, les douanes réorganisées seront entièrement confiées à des administrateurs français. Il n’y aura que des douanes maritimes et do frontières, placées partout où le besoin se fera sentir. Aucune réclamation ne sera admise en matière de douanes, au sujet des mesures prises jusqu’à ce jour par le9 autorités militaires. Les lois et règlements concernant les contributions indirectes, le régime et le tarif des douanes, et le régime sanitaire de la Cochinchine seront applicables aux territoires de l’Annam et du Tonkin.

Art. 13. Les citoyens ou protégés français pourront, dans toute l’étendue du Tonkin et dans les ports ouverts de l’Annam, circuler librement, faire le commerce, acquérir des biens meubles et immeubles et en disposer. S. M. le roi d’Annam confirme expressément les garanties stipulées par le traité du 15 mars 1874 en faveur des missionnaires et des chrétiens.

Art. 14. Les personnes qui voudront voyager dans l’intérieurde l’Annam ne pourront en obtenir l’autorisation que par l’intermédiaire du résident général à Hué ou du gouverneur de la Cochinchine. Ces autorités leur délivreront des passeports, qui seront présentés au visa du gouvernement annamite.

Art. 15. La France s’engage à garantir désormais l’intégrité des États de S. M. le roi d’Annam, à défendre ce souverain contre les agressions du dehors, et contre les rébellions du dedans. À cet effet, l’autorité française pourra faire occuper militairement, sur le territoire de l’Annam et du Tonkin, les points qu’elle jugera nécessaires pour assurer l’exercice du protectorat.

Art. 16. S. M. le roi d’Annam continuera, comme par le passé, à diriger l’administration intérieure de ses États, sauf les restrictions qui résultent de la présente convention.

Art. 17. Les dettes actuelles de. l’Annam vis-à-vis de la France seront acquittées au moyen de payements dont le mode s>ra ultérieurement déterminé. S. M. le roi d’Annam s’interdit de contracter aucun emprunt à l’étranger sans l’autorisation du gouvernement français.

Art. 18. Des conférences ultérieures règleront les limites des ports ouverts et des concessions françaises dans chacun de ces ports, l’établissement des phares sur les côtes de l’Annam et du Tonkin, le régime et l’exploitation des mines, le régime monétaire, la quotité à attribuer au gouvernement annamite sur le produit des douanes, des régies, des taxes télégraphiques et autres revenus non visés dans l’article II du présent traité.

Comme le faisait remarquer V Exposé des motifs du projet présenté au Parlement, et portant ratification de ce traité, la modification la plus importante, apportée à la convention Harmand, portait sur les cessions de territoire. La convention Harmand séparait de l’Annam proprement dit, pour les relier au Tonkin, les trois provinces de Thanh-Hoa, Nghé-An et Ha-Tinh, en même temps qu’elle réunissait la province de Binh-Thuan à la Cochinchine. Or, l’annexion de Binh-Thuan ne présentait que des avantages fort problématiques pour notre colonie ; c’était une annexion coûteuse, qu’aucune nécessité économique, ni stratégique, ne commandait. D’autre part, dans l’intérêt même de l’œuvre entreprise en Indo-Chine, il importait que l’existence de l’Annam ne fût pas une pure fiction et que ce royaume formât un État subordonné, distinct, capable de trouver sur son territoire des ressources qui lui permissent de vivre, sans nous créer d’embarras, et de s’administrer sous la haute direction de la France. Pour ce motif, le gouvernement français laissait à l’Annam ses trois provinces du Nord, au lieu de les rattacher adniinistrativement au Tonkin. Tous leurs rapports géographiques et historiques sont avec Hué et, non avec Hanoï ; l’une de ces provinces était précisément le berceau de la dynastie, qui régnait à Hué, et la rupture de ces liens traditionnels eût certainement rendu plus difficilo l’acceptation des faits accomplis. Un point non moins important à noter, c’est que notre résident général en Annam avait le droit d’entretenir le chef de l’État en audiences privées et devenait, en quelque sorte, son ministre des affaires étrangères, puisqu’il présidait à toutes les relations extérieures du royaume. Quant au Tonkin, il était placé, non sous l’administration directe de la France, mais sous une surveillance constante, méthodique et attentive, grâce à laquelle nous aurions pu exercer au sud du Kouang-Si une action bienfaisante immédiate, si les intrigues de la cour de Hué, celles de la Chine et les brigandages des pirates ne nous avaient mis dans l’obligation de faire la guerre au lieu de coloniser.

■ Cependant, dit M. Paulus (V'Indo-Chine française), la cour de Hué, même après la signature du traité du 6 juin 1884, ne perdait pas tout espoir de profiter de nos différends avec la Chine, et M. Rheinart, notie résident à Hué, n’avait pas encore pu, au mois de juillet, obtenir le désaveu des

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agissements au Tonkin du maréchal Hoang-Ké-Viem et de Lu-Vinh-Phuoc, titulaire du grade de dé-doc ou officier général. Les envoyés de la cour auprès du général Millot, à Hanoi, étaient plus nuisibles qu’utiles ; il est plus que probable qu’ils avaient des ordres secrets contraires à leurs instructions officielles ; tout ce qu’on put obtenir d’eux, c’est qu’ils ne gênassent pas ouvertement la pacification du pays. A Hué, tes régents protestaient auprès du représentant du protectorat contre l’occupation da certains bâtiments de la citadelle, contre notre établissement dans les pagodes, contre la substitution du drapeau tricolore aux couleurs annamites dans les forteresses du Tonkin et contre l’organisation des tirailleurs indigènes. Ils demandaient qu’on leur rendit une partie du terrain qui nous avait été concédé dans ta citadelle de Hué, sous le prétexte, curieux dans leur bouche, que ce terrain était d’une défense difficile à cause de son périmètre étendu. La cour voyait avec plaisir se former, dans le Binh-Thuan, des bandes qui remontaient vers le N., sous prétexte d’aller défricher des terrains dans le Nghé-An, mais avec le véritable motif de marcher contre nos soldats ; elle exécutait, sous nos yeux des travaux défensifs qu’il fallut faire cesser dans la capitale et elle faisait construire une citadelle à Cam-Lo, dans la province de Quang-Tri, pour s’y réfugier au besoin et échapper à notre action. Les régents, qui n’avaient pas respecté les nominations faites par l’amiral Courbet dans la province de Ninh-Binh, en vertu du traité Harmand, avaient envoyé le gouverneur de cette province Nguyen-Trong-Kiep, mourir misérablement dans un canton éloigné, malgré les assurances données à M. Tricou, qui s’était intéressé à ce fonctionnaire ». Le tong-doc de Hanoï, qui avait reçu de nous la croix de la Légion d’honneur, fut, pour ce simple fait, révoqué par son gouvernement, et les mandarins du Tonkin ne connurent qu’un texte incomplet du traité du 6 juin. A n’en pas douter, le régent violait sa signature, dont l’encre était à peine séehée, et il n’y avait plus k douter de sa mauvaise foi. On en eut une preuve nouvelle dans la mort du jeune roi Me» men (31 juillet 1884), mort que l’on suppose, avec assez de vraisemblance, résulter d’un crime : le parti de la guerre, le parti national annamite, commençait à croire que la cour s’était définitivement ralliée à la France, et le récent, craignant de perdre la popularité que lui avait value sa haine contre nous, trouva sans doute nécessaire de la regagner en assassinant le malheureux Memen. Sans prendre l’avis de notre gouvernement comme les règles du protectorat le prescrivaient, Nguyen-Van-Tuong mit sur le trône un enfant île quatorze ans, nommé Ung-Lich, qui prit, à son avènement, la qualification de Ham-Ghi (Accord universel). Da cette manière, le régent sauvegardait aux yeux du peuple le prestige de la souveraineté et s’assurait, pendant une longue minorité, l’exercice d’un pouvoir absolu. Mais M. Rheinart était un homme ferme et énergique ; il obligea le conseil de régence à demander le consentement du représentant de la France, avant de nommer le roi, et Nguyen dut s’exécuter.

Lorsque la paix eut été signée avec la Chine en 1885, le général de Courcy fut nommé au commandement du corps expéditionnaire du Tonkin, en remplacement du général Brière de l’Isle, et en même temps résident général en Annam. Le 2 juillet 1885, il débarquait àThuari-An, entrait à Hué le même jour et engageait, sans retard, les pourparlers pour la remise en audience solennelle des lettres de créance dont il était porteur. Le 4 au soir, il reçut à la légation de France les officiers de la garnison, pour s’occuper avec eux de différentes questions de détail relatives k l’installation, et, à dix heures, quand ceux-ci regagnèrent leurs cantonnements, le plus grand calme régnait dans la ville, Le total des troupes françaises présentes à Hué était alors de 31 officiers et de 1.337 hommes. Dans la nuit du 4 au 5, ces troupes furent subitement attaquées par les soldats annamites, que la cour avait rassemblés en nombre considérable, sous prétexte de rendre des honneurs extraordinaires au commandant en chef du corps expéditionnaire. Après une lutte acharnée, qui se prolongea jusqu’à sept heures du matin, les nôtres restèrent vainqueurs, mais ils avaient eu 11 morts, dont 2 officiers, et 76 blessés. Quant aux assaillants, ils avaient essuyé des pertes sensibles, car 1.200 cadavres, au moins, furent enterrés par nos soins. L’agression avaient été dirigée par le ministre de la guerre, Ton-That-Thuyet, qui, voyant échouer ses desseins, s’enfuit précipitamment dans la forteresse de Cam-Lo (province de Kouang-Tri) ; il enlevait le jeune roi Ung-Lich, pour s’en faire un otage et entraînait dans sa fuite la reine, mère de Tu-Duc, les princes du sang et quelques hauts mandarins. L’astuoieux Nguyeti-Van-Thuong, plus habile, chercha et parvint k établir sa non-culpabilité aux yeux du commandant en chef. Celui-ci adressa au peuple annamite un manifeste portant et sa signature et celle de Nguyen-Thuong, flétrissant le guetapens de Thuyet et invitant en termes respectueux, mais fermes, le roi et la reine mère à revenir au palais. En outre, il licen-