Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 3, part. 4, Chao-Chemin.djvu/218

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  1. |rëtffiW.i’iMiti voir si peu de belle humeur ;

que fcSiî-le moadeSetait de niveau en voyage, et que c’était toujours son système de se mettre à l’unisson de la compagnie. « Je me

« Souviens, ajouta-t-il, que, précisément par rime matinée comme celle d aujourd’hui, milord Motus, le duc de Tenterden et moi,

> nous faisionsyune partie de plaisir. Nous en « trames dans une petite auberge, comme qui olraifcelleici, et l’hôtesse, ne soupçonnant guère à qui elle avait affaire, fut si joviale et si bouffonne, et fit tant de drôles de réuponses à nos questions, que nous pensâmes tous trois étouffer de rire. À la fin, la bonne dame, venant à m’entendre chuchoter avec le 4u4 efc l’appeler par son titre, fut si surprise et si confuse, que nous ne pûmes plus en

> tirer Un seul mot ; et le duc ne me rencontre

« jamais depuis ce jour sans me parler de la « petite hôtellerie, et me gronder d’avoir fait

« peur a l’hôtesse. » H avait à peine eu le temps de se féliciter de l’estime que son anecdote lui promettait, quand une des dames, étendant son bras pour atteindre un plat à l’autre bout de la table, fit remarquer les inconvénients des voyages et l’embarras qïie les personnes accoutumées & se voir servir, dans leur maison, par un grand nombre de domestiques, éprouvent à s’acquitter elles-mêmes des soins indispensables en pareil cas ; mais que les gens de condition voyagent quelquefois incognito, et qu’on — les distingue ordinairement du vulgaire à leur affabilité envers les pauvres aubergistes et a leurjfidulgence pour la manière dont on les reçoW ; que, pour elle, tant qu’on montrait de la politesse et de bonnes intentions, ce n’était Bas son usage de trouver à redire ; car on ne Hfvait pus s’attendre, en route, à tous les avantages dont on jouit chez soi.

« Une émulation générale parut alors sln-Cfôdutre parmi nous. Un des convives, qui n’avait pas encore dit un seul mot, demanda la dernière gazette, et, après l’avoir parcourue quelques moments d’un air pensif : • Il est im»’ possible, s’écria -1 - il, de savoir sur quoi

■ compter avec les fonds publics. La semaine dernière, l’opinion unanime était pour la baisse, et j’ai vendu 20,600 livres afin d’en

« disposer ailleurs ; ils viennent tout à coup de remonter, et je ne doute pas qu’à mon retour à Londres, je ne hasarde encore 30,000 livres sterling. <

> Un jeune homme, qui ne s’était distingué jusqu’ici que par la vivacité de ses regards et le continuel mouvement de ses yeux d’un objet à l’autre, nous dit qu’il s’était mille fois entretenu avec le chancelier et les juges au sujet de la rente ; que, pour sa part, il ne prétendait pas être fort habile sur les principes du crédit public ; mais qu’il avait toujours entendu aire que c’était un placement nuisible au commerce, incertain dans son produit et fragile dans sa base, et que trois juges, de ses plus intimes amis, lui avaient conseillé de ne jamais mettre son argent dans les fonds, mais de le prêter sur hypothèque, jusqu’à ce qu’il fît l’acquisition" d’un domaïnédans son pays. -..—, ■ ■ ■

On aurait pu s’attendre, après ces révélations mystérieuses d’importance, que chacun de nous regarderait autour de soi avet’vénération, et que nous nous conduirions1 comme tes princes d’un roman, quand le channe qui les déguisait est rompu, et qu’ils reconnaissent réciproquement leur dignité. Il arriva néanmoins qu’aucune-de ces insinuations’ne produisit beaucoup d’effet sur la compagnie. Chacun fut évidemment soupçonné de vouloir en imposer aux autres. Tous reprirent leur morgue, dans l’espoir d’affermir leur considération ; et tous devinrent d’instant en instant plus maussades, parce qu’ils- s’aperçurent que leurs prétentions restaient sans résultat.

Nous voyageâmes ainsi quatre jours avec une malveillance toujours croissante, et sans autre souci que de renchérir les uns sur les autres en froideur et en dédain. Lorsque deux d’entre nous pouvaient se tenir a l’écart un moment, c’était pour exhaler leur dépit contre l’impertinence de tout le reste.

« À la fin, nous parvînmes au terme de notre Voyage, et le hasard, qui trahittous les secrets, a fait découvrir que l’ami intime des ducs et des lords est un ancien maître d’hôtel qui s’est établi en boutique du fruit de ses épargnes ; le capitaliste, qui spécule si largement sur la rente, est le commis d’un courtier a la Bourse ; la dame, si soigneuse de déguiser son rang, tient une cuisine bourgeoise derrière la Banque ; et le jeune homme, si favorisé par la bienveillance des juges, griffonne et transcrit des actes dans un des galetas du Temple, À l’égard d’une des femmes seulement, je ne fis aucune découverte désavantageuse, parce qu’elle n’avait pris -aucun titre et s’était accommodée de tout, sans asjpïrer aux distinctions ni à la supériorité.

■ -» *Mais que cens qui se moquent de mes compagnons et de moi ne s’imaginent point que cette folie ne pénètre que dans une voiture publique. Chacun, dans le voyage de la vie, profite également de l’ignorance de ses compagnons, se pare d’un mérite d’emprunt, et accueille cornplaisaramentUdes éloges que sa conscience lui reproche d’accepter. Chacun s’abuseen croyant abuser les autres, ’ et oublie que le temps approche où cessera toute illusion, où tombera toute grandeur factice, et où tous paraîtront devant tous dans leur véritable caractère. »

GHEM

ON CBAPEAE ANTIQtlB.

Voici maintenant l’étudiant, enfant de l’Auvergne, qui vient d’être reçu docteur à Paris, et qui rentre dans ses pénates pour s’y constituer l’Hippocrate des descendants de Verein^étorix. Il pénètre dans les flancs ténébreux de la lourde diligence, avec la perspective d’un séjour de quarante-huit heures. Toutefois, il.se consolait par l’espoir de s’y trouver dans la société de quelques gais et spirituels compagnons de voyage. Mais, horresco referens, quel ne fut pas son effroi, lôrsqu’en prenant sa place, il aperçut la figure froide et ridée d’un sexagénaire à la chevelure inculte, au nez surmonté d’une immense paire de lunettes 1 11 resta immobilo, abasourdi.

Un examen plus approfondi de la personne de ce compagnon de route n’était pas de nature à modiner la première impression : un habit dont l’origine se perdait dans la nuit des temps, une cravate ex-blanche, dont le nœud correspondait exactement à l’extrémité de l’oreille gauche, des sous-pieds qui montaient à mi-jambes, et un chapeau, obi un chapeau d’aspect indescriptible. Constatons seulement une absence complète de poil, qui laissait admirablement ressortir les accidents dont ce vénérable couvre-chef semblait avoir été victime pendant sa longue carrière. « Bon Dieu 1 se dit notre docteur, à quelle espèce pourrait appartenir ce bipède ?» Et, tout compté fait, il crut devoir le ranger dans la classe des épiciers retirés du commerce du poivre et de la cannelle, pour se vouer au culte du loto et à la lecture du Cmustitutionml ; puis à se jeta dans le coin qui lui était échu, laissant percer sur sa figure une expression qui eût fait pâlir de jalousie tous les grognards de l’Empire.

Cependant la vénérable diligence roulait depuis quelques heures déjà vers Limoges, et nos deux voyageurs n’avaient pas encore donné signe de vie. Je me trompe ; pour charmer les ennuisde la route, le jeune médecin avaitalluraé un superbe panatellas, et en tirait des colonnes de fumée semblables à celle d’une locomotive. Alors son compagnon avait riposté par l’exhibition d’une tabatière colossale, où ses doigts Ïmisaient continuellement. Mais, à cela près, e premier mot de conversation était encore à venir, lorsqu’on traversant les riches campagnes de la Touraine. le jeune docteur, comme s’il eût été seul, laissa éclater en monologue l’admiration que lui inspirait cette nature luxuriante : « Quelles plaines fertiles I s’écria-t-il ; Oui, c’est bien là le jardin de la France.

— C’est juste, Je jardin de la France, répéta le vieillard ; "’, ’

— Et.dire, coriitiriua le premier, qu’en appliquant les découvertes de la science, les perfectionnements apportés à la culture par

’ l’a chimie agricole, on triplerait peut :être ces richesses I

— C’est ce qui arrivera, monsieur, reprit l’inconnu. »

Notre jeune homme fi.xa sur lui un regard moitié ironique, moitié curieuX) en se demandant sans doute ce que dé pareilles questions pouvaient avoir de commun avec l’épicerie, et i ! continua sur ce ton dégagé de l’homme qui se sent fort de sa supériorité :

« Vous en parlez bien à votre aise, mon cher monsieur ; mats, quand vous seriez l’oracle de Delphes en personne, je doute que votre prophétie reçoive de sitôt son accomplissement..,

— Et pourquoi ?

— Pourquoi ?.mais parce que, dans les campagnes, les esprits sont généralement hostiles

’ aux innovations. Là, plus que partout ailleurs, on s’en délie et on les accepte avec répugnance.

— Mais si l’utilité en était démontrée.

— Ah 1 oui, démontrée ; par A plus B, sans doute ? Vous.ne connaissez pas l’habitant de la campagne ; vous ignorez que ce n’est jamais le raisonnement qui le pousse à une détermination. Il cède à l’exemple, il imite, voilà tout ; c’est le véritable mouton de Panurge.

— Très-bien, vous venez ainsi à l’appui de ma thèse. (Ma thèse, dit à part lui le jeune docteur ; voilà un épicier qui parle comme un professeur de rhétorique). Nous avons des agronomes "éclairés qui font tous les’joùfs’des expériences, qui pratiquent des essais sur toutes les espèces de cultures, et puisque, selon vous, le cultivateur se sent entraîné à l’imitation, le voilà, donc lancé dans la voie du progrès.

— Tudieul comme vous y allez, mon bon monsieur I Quand je parla d’imitation, distinguo ; j’entends ici l’imitation qui n’expose à aucun mécompte, et qui ne s’étend pas plus loin qu’à recueillir les bénéfices d’une application nouvelle.

— Je crois, monsieur, qu’il y a de l’exagération dans votre manière de voir. Si l’habitant de la campagne repousse les innovations, c’est bien souvent parce que ses ressources, trop restreintes, ne lui permettent pas d’affronter les éventualités d’une expérience dont le mauvais résultat serait sa perte. Mais donnez-lui le droit d’attendre, sans témérité, la récompense due à ses efforts ; mettez à sa portée les découvertes de la science, par lu simplification des procédés, et je ne crains pas de vous affirmer qu’il secouera de bon cœur la tyrannie de la routine et des préjugés. »

Notre docteur sentit qu’il perdait du terrain, et que la discussion prenait pour lui une tour CHEM

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nure défavorable ; il chercha donc à faire prendre le change à son interlocuteur

« Vous paraissez ne douter de rien, lui dit-il ; je croyais néanmoins qu’à votre âge on mettait moins d’optimisme dans ses appréciations. Au reste, ajouta-t-il malignement, je ne comprends guère pourquoi vous verriez les choses en noir. Vous n’avez peut-être jamais subi une déception ; le calme de votre existence s’est reflété sur votre physionoraie, et sans doute que les émotions de ïa vie se sont concentrées tout entières pour vous dans les Îiréoccupations d’un commerce paisible et dans es soins du comptoir. Pourquoi douteriez vous ?»

Le vieillard jeta sur son compagnon un. regard où se peignait la surprise ; puis un sourire imperceptible plissa ses lèvres minces et pâles, tandis que ses sourcils se contractaient légèrement, ce qui imprima à sa physionomie un singulier caractère de malice et d’énergie, * En effet, dit-il, ^eune homme, je ne doute pas. •

Le jeune homme avait surpris ce jeu rapide, mais expressif, et il commençait à se demander si le personnage qu’il avait devant lui représentait bien vraiment le modeste industriel auquel il venait de le comparer. Mais un coup d’œil jeté sur les excavations de son chapeau lui rendit inopinément sa première impression.

« Pardieul monsieur, s’écria-t-il, j’aime à vous voir cette foi robuste. Il ne vous manque plus que de transporter des montagnes.

— On voit tous les jours des choses plus merveilleuses, répondit gravement le vieillard. Je ne déroulerai pas à vos regards le

— tableau des prodiges qui Se renouvellent continuellement sous nos yeux : mais, puisque nous en sommes à la chimie, a la chimie agricole, dites-moi pourquoi je douterais de son avenir ? La chimie n’est pas une science spéculative, dont les développements doivent être comme des jeux insignifiants auxquels s’exerce quelquefois l’esprit humain sans profit pour personne. Encore tout près de son berceau, elle tient déjà cependant le sceptre scientifique, au pointde vue pratique du moins. Les arts ont appelé à leur secours le secret de ses combinaisons ; sous son impulsion, l’industrie a subi de profondes transformations ;, au moyen de ses produits, la médecine a décuplé ses ressources curatives ; partout la chimie a détruit la routine, déraciné les préjugés, imprimé un nouvel essor à l’activité humaine, et je mettrais en problème sa puissance d’action I je la ferais reculer devant l’entêtement et la mauvaise volonté de quelques ignorants ! Les idées vont lentement ; elles s’arrêtent quelquefois, mais elles ne reviennent jamais en arrière ; et, comme le dit éloquemmènt dans un de ses ouvrages l’illustre prisonnier de Haro ; « Marchez à la tête des idées de votre siècle, elles vous suivent et vous soutiennent ; marchez à leur suite, elles vous entraînent ; marchez contre elles, elles vos s renversent. »’

Le vieillard parla longtemps ainsi, s’animant lui-même au son de sa parole. Sa voix était vibrante, son geste éloquent, son regard brillant et passionné. Il traça de l’avenir de la science et de la puissance du génie de l’homme un tableau qui éblouit le jeune docteur. Devant cette physionomie transfigurée par l’éloquence, il sentit l’admiration succéder rapidement dans son esprit au sentiment orgueilleux qui avait percé dans ses premières observations. Le vieillard était retombé dans le silence, ses traits avaient repris leur calme ordinaire, mais son compagnon n’osait plus jeter les yeux sur lui qu’à la dérobée ; le respect agissait sur sa’ volonté.

« A quel diable d’homme ai-je*donc affaire ? se dit-il. Voilà qui est singulier ; il me semble, maintenant, avoir vu son portrait quelque part. Ce n’est donc pas un épicier ni un droguiste ? les portraits de ces messieurs ornent généralement peu les musées et les boutiques des marchands de tableaux. Mais à quelle catégorie appartient-il ? that is the question, comme disent les Anglais. »

Un assez long temps s’écoula sans que le silence fût rompu. Le vieillard r/sprit enfin :

« Vous parlez de chimie, monsieur ; auriezvotis fait de cette science une étude particulière ?

— Non, monsieur, répondit très-raodestemént et très-f.espectueusement notre docteur, je n’en ai vu, que ce qui m’était absolument nécessaire.pour ma médecine.

— Ah 1 vous êtes médecin 1

— Tout frais émoulu ; je sors de la Faculté.

— Belle profession, monsieur ; mais, tout en vous y livrant, vous pourriez accorder à la chimie quelques heures de travail par jour ; ■vous en tireriez d’immenses ressources. Reviendrez-vous à Paris ?

— Je ne le pense pas, monsieur. Je retourne dans ma famille, avec l’intention d’exercer dans les lieux mêmes où j’ai passé mes premières années.

— Vous avez peut-être tort. À Paris, vous vous trouveriez entouré d’éléments de succès qui vous manqueront dans le coin obscur où vous allez vous reléguer.

— C’est vrai, monsieur ; mais je ne me briserai pas contre les obstacles que m’offrirait le séjour de Paris ; j’y serai à l’abri des mécomptes auxquels on est exposé quand il faut

lutter contre l’indifférence des uns^ contre l’envie et la jalousie des autres.

— Allons, je vous rappellerai k vos classiques : labor improbus... Vous êtes jeune, vous avez de l’actvvitè ; de l’énergie, de l’intelligence ; il n’en faut pas davantage pour réussir. De plus, vous trouverez la sympathie qui s’attache à la jeunesse et qui encourage ses-travaux. Nous ne nous connaissons que depuis quelques heures, mais v’otre physionomie me plaît ; et puis, nous sommes compatriotes, d’après ce que j’ai pu voir. Si vous revenez a Paris, présentez-vous chez moi, vous me ferez plaisir. Je vous prêterai des livres, je vous aiderai de mes conseils.»

— Monsieur, répondit le jeune médecin, de plus en plus surpris, je vous suis fort reconnaissant d’une offre si bienveillante ; mais pour en profiter, il me faudrait au moins savoir chez qui j’aurai l’honneur de me présenter.

’ — Ah ! c’est juste, dit-l’inconnu ; et il parut assez embarrassé. Tenez, ajouta-t-îl, vous pourrez me demander au. Jardin des Plantes, è>Ù je fais le cours de chimie ; ou bien à l’École polytechnique, où je professe le mêmoTMiirs ; bu Ken encore à l’hôtel des Monnaies, oit je suis chargé des épreuves. »

Pendant cette énumération, le jeune homme ouvrait démesurément les yeux, et, à chaque reprise, il se prodiguait intérieurement es èpithètes les plus roalsonnantes. En ce moment la voiture arrivait à Limoges. . « Au reste, continua le vieillard, pour vous épargner tout embarras, je vais vous laisser mon adresse. »

Il tira-alors un petit portefeuille des plus coquets, en sortit une carte et la remit à sou compagnon. Celui-ci n’osa point en prendre connaissance sur-le-champ ; mais, après être descendu de voiture et avoir sjjlué très-respectuensement son compagnon de voyage, il " profita du premier détour pour prendre la carte et y jeter avidement les yeux. Il y lut ce simple nom :

Oat-Lcssac.

11 avait voulu donner une leçon de chimie an plus savant chimiste de l’Europe. «

■ Triple sot que je suis ! s’écria-t-il, d’avoir cru quun savant devait avoir un chapeau neuf, lorsque les trois quarts ne se lavent même pas les mains. • Et

Le docteur, honteux et confus. Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plu».

À part quelques détails de peu d’importance, nous pouvons garantir la complète authenticité de ce récit, que nous avons recueilli de la bouche même du jeune médecin qui avait été le héros de l’aventure.

UN AFFREUX CRIMINEL. -’ Le !3 -février 1849, époque à laquelle les chemins de fer n’avaient pas encore complètement détrôné là diligence, et où Je commis voyageur existait encore & l’état oùl’a stéréotypé. Balzac, c’est-à-dire avant qu’il accomplît la brillante métamorphose qui nous le fait apparaître aujourd’hui encadré dans la pompeuse auréole de représentant ; le 23 février, disons-nous, deux hommes montaient, à Paris, dans lécoupé de la diligence qui partaitpoiir Lyon. La moitié de ce contingent était fournie par un des personnages que nous venons de rappeler •■ tête ronde et atteinte de calvitie, phénomène que présente souvent l’occiput des commis voyageurs’—pardon, des représentants — nous n’avons jamais pu savoir pourquoi ; yeux gros et épanouis à fleur de tète, joues colorées, lèvres lippues, bien découpées pour le boniment ; en somme, une bonne grosse figure d’ex-jovial garçon qui commençait à ’ prendre du ventre. À première vue, la seconde | moitié du contingent offrait presque le même

! diagnostic. Mais le plus léger examen suffisait

pour y découvrir un tout autre caractère, proj bablement par un de ces bizarres contrastes j qui font que les traits empreints de la plus ex’ qui se distinction se retrouvent quelquefois dans une vulgaire physionomie. Voilà nos deux voyageurs en tête à tête. Les

; chevaux piaffaient encore dans la cour, que lo

| commis voyageur — pour être fidèle au stylo de l’époque — avait entamé la conversation j dont il faisait tous les frais, àvrai dire ; mais il

! n’avait pas l’air de s’en apercevoir. Cinq mij

nutes ne s’étaient pas écoulées qu’il avait déjà

! mis son compagnon au, courant de sa vie publique

et privée : c’était un prêtre des saints j Crépin et Crépinien, il voyageait pour les 1 cuirs, et, rien qu’à l’entendre, on pouvait se convaincre qu’il en faisait de nombreux placements. Quand il eut déploré le marasme dans lequel étaient tombées les affaires, suivant l’invariable habitude de ces messieurs du commerce, il se rabattit sur les particularités de la vie privée. Les loyers étaient hors de prix, les objets de consommation journalière d’une cherté excessive, l’entretien horriblement coûteux. Bientôt il faudrait être millionnaire pour végéter à Paris. Passant à des détails plus intimes, il parla de sa femme, de ses défauts et de ses qualités ; de ses enfants, tant de filles et tant de garçons. Son petit dernier était un prodige d’esprit ; il.se préposait de le faire entrer plus fard à l’École polytechnique. Puis, ce fut le tour de la bonne. Bref, son chien, son chat, son perroquet et son serin devinrent successivement l’obift de