Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 6, part. 2, Dell-Dian.djvu/57

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la raison prédomine dans l’activité morale que demande la justice, et que le sentiment 1 emporte dans 1 activité qui relève de la bonté. En d’autres termes, justice et bonté Bont composées des marnes éléments : force, sentiment, raison, à un dosage différent. La preuve en est que la justice ne doit pas blesser le sentiment et que la bonté doit être raisonnable. La bonté est d’usage journalier ; la justice règle l’emploi de la force dans les cas inoins fréquents où il y a lutte, doute, responsabilité. L’usage des deux termes s’explique du moment qu’il est prouvé ne pas faire double emploi. L’éducation n’a pas toujours été ainsi comprise. On a un exemple de l’éducation sauvage, c’est-à-dire temporelle, interressée et défiante, dans l’éducation Spartiate. L’éducation trop civilisée, qui donne à l’esprit et à la parole un empire prépondérant, a précipité la ruine d’Athènes, préparé l’aifaiulissement de l’influence française. La charité, jointe à la hiérarchie, donne comme résultat l’Inde, ses castes, son irréparable misère. La prédominance de la raison produit la sénilité des hautes classes de la Chine et l’enfance des classes inférieures ; car le sentiment ne perd jamais ses droits. L’ambition, c’est-à-dire l’activité pour soi, par soi et par autrui, forme l’Anglais, qui, sur une terre neuve, devient l’Américain du Nord. On n’a pas encore essayé de la bonté en dehors de la charité et de la justice, en dehors de l’esprit de caste, de classe ou de parti. Le problème a été posé ainsi par M. Saint-Marc Girardin : « Il y a une révolution qui n’a point encore été tentée et qui mériterait de l’être, une révolution qui serait la conversion et l’amélioration de chacun de nous. Je suis disposé à croire qu’à mesure que les individus vaudraient mieux la société elle-même deviendrait meilleure. Nous cherchons depuis plus de soixante ans à résoudre un problème fort difficile, c’est-à-dire à faire un bon tout avec de mauvaises parties, à fonder la cité de Dieu sur les sept péchés capitaux. » Tout en rendant justice à l’excellence de ses intentions, il faut reconnaître que M. Saint-Marc Girardin a posé incomplètement le problème ; il n’a pas vu qu’il y a deux éducations à poursuivre, celle de l’individu et celle de la collectivité, ou démopédie. Avec des individus n’ayant aucun des sept péchés capitaux, il peut être impossible de fonder une société, et une réunion d’hommes violents et orgueilleux peut former un corps social très-harmonieux, parce que les qualités et les vices de l’individu et de la société ne sauraient être compris entre les péchés capitaux et les vertus théologales, parce que l’idéal chrétien est en deçà de l’idée moderne. Le plus grand des péchés capitaux, l’orgueil, est une vertu moderne ; le moindre, la paresse, est le plus grand vice social. Qu’est-ce qu’une liste de péchés qui ne contient pas le pire de tous, le mensonge, et qu’est-ce qu’une trilogie de vertus qui ne prend pas pour pivot la sincérité ? Une société libre ne peut s’organiser sur une telle base. Shakspeare en serait plutôt le législateur, lui qui a dit : « Sois sincère avec toi-méine et, aussi sûrement que la nuit suit le jour, tu seras sincère avec les nutres. »

Après avoir ainsi indiqué la séparation de l’éducation individuelle et de l’éducation populaire, dont la première, par exemple, ne défend pas de faire l’aumône en attendant mieux, et dont l’autre repousse absolument ce levain d’hypocrisie jeté dans’l’âme des pauvres, ce droit à l’indifférence acheté par les riches, il nous reste à examiner les spectacles odieux et démoralisants que la société se donne à elle-même. L’imitation étant inhérente à l’homme, un peuple se moralise ou se démoralise par l’exemple qu’il se donne à lui-même : l’homme et la société sont toujours face a face et s’influencent réciproquement. De ces actions et réactions se

constituent les mœurs et la moralité d’un peuple. Au nombre des spectacles démoralisants sont le déploiement de la force armée, la priorité accordée aux capitaines sur les génies créateurs ; — les concours sur programmes, qui excitent l’esprit de rivalité d’où naîtra 1 esprit d’intrigue ; — l’encouragement donné aux spécialistes, qui engendre des monstruosités intellectuelles, morales et physiques et fait un peuple d’invalides de bras, de pléthoriques, d’anémiques ; — le culte extérieur, oue Paracelse avait démontré, il y a 300 ans, être immoral ; — la charité officielle et administrative, dont le résultat ordinaire est do faire de la mendicité à domicile une profession ;

— la prédominance accordée aux grands centres au point de vue intellectuel, Te bon sens et la moralité supérieure prêtés aux campagnes ; — les signes distinctifs, diplômes, décorations, qui tendent à transformer la sueur en parchemin, l’honneur en un ruban, et qui, chose plus grave, font relever la science d’une administration, l’honneur du gouvernement ; —les costumes du prêtre, du juge, du soldat, qui sont des attentats à la liberté do se vêtir et qui prolongent jusque dans l’ère moderne le symbolisme des sauvages ;

— les privilèges donnés dans tout spectacle gratuit à l’homme bien mis, à l’homme décoré, à l’homme officiel : restes des époques où les patriciens avaient leur banc au théâtre, les chevaliers un banc distinct, et la plèbe pas de banc du tout ; — les loteries autorisées, les opérations financières dont l’attrait est une prime tirée au sort ; — l’appellation

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de sieur usitée en justice : l’expression : le nommé un tel, s’il s’agit d un pauvre diable qui souvent a été héroïque ; — le luxe à outrance, qui désorganise l’état social en développant certaines industries superflues aux dépens d’industries nécessaires, et qui, -par l’étalage des liasses de billets de banque et des piles d or aux bureaux de change, et des toilettes aux courses et aux raouts, alimente l’envie de ceux qui n’ont pas et dessèche le cœur de ceux qui ont ; — la fausseté, le sentimentalisme et la dureté, qui, sous le nom de Eolitesse, enveniment au rond et endorment la surface les rapports des hommes entre eux. On verra, a heure du réveil, combien ces rapports sont tendus.

Quand celui qui sait combien un peuple sa corrompt par le spectacle qu’il se donne à lui-même veut, pour se consoler de ce qu’il a vu de démoralisant dans la réalité, étudier les influences de l’art sur l’éducation popufaire, alors il éprouve une nouvelle douleur. Au lieu d’être la propriété d’un peuple, au lieu d’être l’art vrai, c est-à-dire 1 éducation antidoctrinaire qui si sûrement entre dans le cœur des foules par les yeux, les toiles et les statues sont d’autres meubles de l’opulence, d’autres ustensiles de toilette, d’autres instruments de gloriole. Le roman passe sans transition du salon au bouge et mêle l’argot qui se parle à l’écurie à celui du bagne. Le théâtre, trivial ou larmoyant, ou instruit les coquins ou leur fait verser des larmes de crocodile. Les dénoûments moraux, comme tout ce qui est faux, n’ont-ils pas la mission de tout réparer en montrant l’œuvre providentielle qui, à la fin, punit toujours-le vice et toujours récompense la vertu ?

Si enfin on veut instituer, au point de vue démopédique, la critique des actions directes tentées sur le peuple par l’enseignement, par le suffrage universel, par le journalisme, par l’exercice du droit de réunion, on trouve que l’enseignement est scindé par catégories de citoyens en supérieur, secondaire et primaire, c’est-à-dire qu’il n’est intégral pour personne ; on trouve le suffrage universel tiraillé en tous sens et aveuglé autant par le boisseau quo ceux-ci veulent lui imposer que par les lumières que ceux-là projettent tout à coup ; on trouve le journalisme aux gages du pouvoir

Far la crainte et aux gages des financiers par argent, des entreprises prônéeset des annonces-réclames ; on trouve dans les réunions

publiques la race moutonnière qui donne ses chiens à manger aux loups qui volontiers hurlent le mieux. Arrivé à un tel illogisme, le spectacle devient tout d’un coup consolant pour le penseur : ce monde, si détraqué, inarche ; ce corps social, si pourri, a depuis quelque temps des plaies de meilleur aspect. C’est qu’une nouvelle race d’hommes est apparue, gent justicière, méprisant la bonté bête, partisans de la bonté armée, se garant des victimes presque autant que des bourreaux, tendres de cœur, durs d’esprit, gagnant petit à petit le cœur et l’esprit du peuple à coups de vérités, parce que, forts des leçons du passé, incorruptibles aux séductions du présent, ils sont un peu prophètes ; en un mot, parlant toujours de ce qu’il y a de bon et de fort dans la nature humaine. Aussi bien, la passion de l’homme, qui, éclairée, est si bonne, et son intérêt qui, bien entendu, est si juste, bref le fond de la nature humaine modifie en bien la société et paralyse assez les effets de la démoralisation générale. Sans secousse, on arriverait même à cette terre promise qui attend les sociétés fortes et bonnes, s’il n’y avait pas au monde la coalition des hommes du passé. Cela s’est vu ; ils peuvent replonger dans la nuit un peuple qui émergeait à la lumière et à la vie ; ils ont

fiour eux, d’un côté le costume, la coutume, a tradition légendaire, la force matérielle, la paresse, la vanité générale, et de l’autre côté ■ la rage propre à ceux qui se noient. De là une nécessité urgente d’instaurer la démopèdie ; l’axiome fondamental en a été formulé en 1643 par un inconnu dont le livre est resté manuscrit et anonyme par crainte du bûcher :

  • Rendre à chacun ce que l’on doit et délaisser

ceux qui corrompent l’équité. • Il faut donc quo les sincères partisans de la justice se comptent, que par la parole, par l’écrit, par l’exemple, ils entraînent les indécis et délaissent le reste, les puissants du jour, ceux qui n’apprennent rien et qui n’oublient rien.

Le moment est venu où toute fausse manœuvre, tout compromis, toute concession reculerait à jamais l’avènement de la justice.

DÉMOPHAN’E, philosophe grec né à Mégalopolis. Il fut l’élève d’Arcésilas, prit une grande part à la délivrance de sa ville natale opprimée par Aristodème, et à celle de Sicyone, puis gouverna quelque temps Cyrène, conjointenrent avec Ecdeme.

DÉMOPHILË s. m. (dé-mo-fi-le — du gr. démos, peuple ; philos, ami). Ami du peuple. Il Peu usile.

DÉMOPHILË, philosophe grec de l’école de Pythagore, qui vivait à une époque incertaine. 11 nous reste quelques fragments remarquables d’un ouvrage de lui, intitulé : Guérison de la vie. Ils ont été imprimés pour la première fois dans la collection des anciens moralistes de Holstenius à Rome (1638, in-8), et souvent réédités séparément.

DÉMOPHILË, H1ÉROPH1LE ou MANTO,

. femme célèbre et mystérieuse de l’antiquité,

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plus connue sous le nom de sibylle de Cumes. V, sibyllins (livres) et Cumes.

DÉMOPHILË, artiste grec. V. damophile.

DÉMOPHON, fils de Thésée et de Phèdre, régna trente-trois ans à Athènes au xno siècle avant notre ère. Il se rendit au siège de Troie, où il délivra sa grand’mère Aethra, devenue l’esclave d’Hélène, fut, en revenant en Grèce, jeté par la tempête sur la côte do Thrace, et inspira la plus vive passion à la fille d’un roi de ce pays nommée Phyllis, qui se pendit de désespoir après son abandon. Plus tard, il défendit les Héraclides contre Eurysthée, et accueillit Oreste, qui venait de tuer sa mère.

DÉMOPHON, sculpteur grec. V. damophon.

Dômuphosa, en italien Demofoonte, drame lyrique de Métastase. Cette pièce, écrite vers 1735, se rapproche un peu du Pastor fido de Guarini. L’intrigue et surtout le prologue sont presque semblables dans les deux ouvrages. La pièce roule tout entière sur les sacrifices humains de la Thrace et sur les oracles qui

§ rescrivaient ces rites féroces. On trouve ans Démophoon ces lois barbares qui punissent de mort la femme qui épouserait, sans le consentement du roi, le pnneo héréditaire ; double supposition d’enfants et double reconnaissance ; enfin, tout un échafaudage de

roman mythologique. Néanmoins, la pièce a souvent de l’intérêt, parce que Métastase exprime toujours d’une manière touchante la tendresse d’une amante, d’une épouse ou d’une mère ; mais elle est presque fatigante par l’abus de ces lieux communs de la scène, qui sont si peu naturels, et par cette énumération de héros qui se dévouent tous à la mort les uns pour les autres.

DÉMORALISANT (dé-mo-ra-li-zan) part, prés, du v. Démoraliser : Principes démoralisant une société.

DÉMORALISANT, ANTE adj. (dé-mo-rali-zan, an-te — rad. démoraliser). Qui démoralise ; qui amène la démoralisation : Nonseulement l’Église avait résisté à la pression démoralisante des invasions barbares, mais encore elle avait progressé sous cette pression. (L’abbé Héry.) Smith a fait ressortir l’influence démoralisante de la division du travail. (Proudh.) Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur l’action démoralisante du travail en commun. (J. Sim.)

DÉMORALISATEUR, TRICE adj. (dé-mora-li-za-teur, tri-se — rad. démoraliser). Qui démoralise : Homa’is démoralisateurs. Influence démoralisatrice. La charité, éclairée par la philosophie et l’économie politique, ne s’est plus renfermée dans le cercle étroit et démoralisateur des aumônes sans cesse répétées. (T.-N. Bénard.)

— Substantiv. Celui qui démoralise, qui détruit les bonnes mœurs : C’est un écrivain sans principes, un démoralisateur éhonié.

DÉMORALISATION s. f. (dé-mo-ra-li-zasi-on

— rad. démoraliser). Action de Corrompre, de démoraliser ; état de corruption, d’immoralité : Tôt ou tard on porte la peine de la démoralisation. (Saint-Prosper.) Par sa nature, la femme est dans un étal de démoralisation constante. (Proudh.) La démoralisation du travailleur dérive, non pas d’un profond ëgolsme, mais d’un complot organisé de la part des mnitres. (Ledru-Rollin.) Il n’y a qu’un moyen de sauver la femme de la misère et de la démoralisation, c’est le mariage. (L.-J. Larcher.) La démoralisation s’opère aisément, la désorganisation et la ruine sont rapides. (Ph. Chasles.)

— Eocycl. Puisqu’il est entendu qu’il n’y a pas de synonymes exacts en français, la démoralisation est tout à fait distincte de la débauche, du désordre, du dérèglement et de toutes les autres déviations morales ou matérielles. En effet, la débauche garde souvent une apparence d’élégance ; ses appétits sont grossiers, assurément ; mais elle met du raffinement à les satisfaire. La débauche est le vice des sociétés polies tombant en décadence. Le désordre est un trouble chronique ou passager, dont se rend très-bien compte celui qui s’y laisse aller. Le dérèglement est un abandon volontaire de la ligne do conduite jusque-là suivie. La démoralisation, elle, est un voile épais étendu sur le cerveau et qui ôte toute faculté d’apprécier sainement : c’est l’énervement de la pensée, la passion dans les jugements portés, bref, c’est toute manifestation intellectuelle en dehors des limites proposées par Horace dans ses Satires :

Est modus in rébus, sunt certi denique fines, Quos ultra cilraque ncquit consistera rectum.

La démoralisation, c’est cet état de la conscience individuelle ou de la conscience sociale en vertu duquel les principes comptent pour rien, le fait pour tout.

D’après cette définition, il y a deux sortes de démoralisationf celle qui regarde l’homme privé et celle qui affecte le moral des nations.

Suivant Dugald-Stewart, celui qui ne croit pas à un état futur est par là même déchargé de toute obligation morale, à moins qu’il ne trouve la vertu utile à son intérêt actuel ; un être complètement heureux ne peut avoir ni perceptions ni attributs moraux.

Cette manière de voir paraît justifiée par l’histoire. D’une part, plus le bien-être est

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rare dans la société, moins il y a de dépravation ; d’autre part, plus le -bien-être est commun, plus la dépravation devient commune, de sorte qu’il semble que la démoralisation individuelle et publique est le résultat nécessaire du bien-être. C’est la théorie pure et simple d’où dérive l’ascétisme. Il macère le corps et tue les sens pour n’avoir point à leur obéir. En fait, la démoralisation des moralistes est l’asservissement de l’homme au plaisir, au détriment du devoir.

Le plaisir et le devoir entraînent en effet des actes opposés. Le plaisir est une jouissance, le devoir est un frein aux désirs des sens ; à le prendre rigoureusement, il y a des gens pour qui il devient un plaisir. Ce plaisirlà est de l’héroïsme dans son genre, et on le comprend ; car le devoir longtemps pratiqué devient une habitude, et une habitude à la longue est toujours agréable à suivre. Celle du plaisir se consolide également et prend en peu de temps le caractère d’une passion ardente..En dernière analyse, le plaisir et lo devoir, considérés en eux-mêmes, sont difficiles à juger. Le devoir est commandé par Dieu, dit-on. À qui Dieu l’a-t-il commande et par 1 organe de qui ? pourrait-on répondre. On serait fondé au même titre à dire que lo plaisir est commandé par Dieu, car il n’est pas nécessaire qu’on nous invite à nous y livrer pour que nous l’aimions, et c’est assurément Dieu qui nous en a donné le goût. On dit encore que le devoir est commandé par la prudence. C’est ici qu’est la vérité. La prudence est la prévision du résultat. Or le plaisir mène à la démoralisation, et la pratique du devoir mène à la moralité. D’abord le plaisir ruine la santé, puis de la santé le mal se transmet à la conscience et finit par hébéter l’intelligence elle-même. Il y a démoralisation quand le plaisir a produit en nous : l° l’énervement physique ; 2° l’indifférence morale ; 3° l’hébétement intellectuel.

Le développement excessif du bien-être dans la société produit la démoralisation sociale, comme la satisfaction de tous les désirs physiques produit la démoralisation privée. En matière sociale, cela se traduit par l’indifférence absolue en matière politique, religieuse et philosophique. Cet état de choses terrible s’est produit à Rome sous l’empire, et Tacite l’a décrit dans des pages immortelles. Sommes-nous bien loin des Romains d’alors ? « Pourtant, dit M. Saint-Prosper, comme hommes etcomme citoyens nous n’exerçons de l’influence que parce que nous sommes fidèles à certains devoirs et à certaines affections. La source de notre force, c’est la moralité do nos actions : par là, nous inspirons la confiance dans nos rapports privés ; par là, en politique, nous rallions aussi les masses et rattachons à notre système les peuples étrangers. Sans doute, aux époques de trouble et do révolution, on peut jouer accidentellement un grand rôle et être entaché de démoralisation ; mais c’est qu’on entre avec habileté dans les passions du moment, et puis, quand on a besoin de tout le monde, on ne regarde pas de si près aux mœurs de ceux qui spontanément se présentent. »

Il est certain q’ue la démoralisation sociale se compose de la démoralisation d’un grand nombre d’individus. L’ordre existe matériellement, mais il n’est plus que lo résultat do la force. Au sommet de la société, les aventuriers s’emparent du pouvoir ; à tous les degrés de l’échelle sociale, l’habileté règne. C’est l’exploitation de co qui reste de simplicité, de bonne fol ou d’ignorance, par quiconque est doué d’uno habileté quelconque. Mais c’est là une situation douloureuse, sujette à des catastrophes fréquentes et qui-ne dure jamais longtemps. Arrivée à cette période de son développement, la civilisation prend peu à peu un caractère haletant et chetif.

DÉMORALISÉ, ÉE (dé-mo-ra-li-zé) part, passé du v. Démoraliser. Qui a perdu les principes moraux : Votre noblesse française est démoralisée. (G. Sand.)

— Déconcerté, découragé : Vous me voyez tout démonté, tout démoralisé. (Scribe.)

DÉMORALISER v. a., ou tr. (dé-mo-ra-li-zô

— du préf. privât, , et de moraliser). Corrompre, rendre immoral : Démoraliser un pays. Démoraliser une nation. Louis-Philippe a mis dix-huit ans à démoraliser la France. (Proudh.) L’ivrognerie tend d DÉMORALISER et à détériorer l espèce. (L. Cruveilhier.) La prison, au lieu de moraliser l’homme, le démoralise. (L.-J. Larcher.) Tout ce qui dépayse l’homme l’expose à la séduction et le démoralise. (Lamart.)

— Déconcerter, décourager ; jeter dans uno sorte d’inertie morale : La révolution de 1SM nous avait démoralisés ; te socialisme nous efféminé. (Proudh.) Quelques duellistes célèbres doivent, dit-on, leurs sanglants triomphes à cette action fascinatrice de leur regard, qui DÉMORALtSE, qui atterre leurs adversaires. (E. Sue.) Dans les guerres civiles un seul moment d’hésitation de la part des chefs suffit pour démoraliser les meilleurs soldats. (L. Enault.) Si vous punisses votre enfunt injustement, vous le démoralisez. (Boitard.)

Se démoraliser v. pr. Être, devenir démoralisé, corrompu : Dans notre malheureux pays, tout languit, tout SE démoralise, tout se perd par le manque d’organisation. (E. Sue.) Le peuple français se démoralise faute d’une idée. (Proudh.)