Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 8, part. 3, Frit-Gild.djvu/211

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déjà en lai ce mélange de fermeté et de modération, d’inflexibilité pour les principes et de bienveillance pour les personnes, qui le faisait estimer et respecter de ceux mômes qu’il combattait.

îl prit une part active à la révolution de juillet, fut nommé président du conseil de révision des récompenses nationales, puis secrétaire de la société Aide-toi, le ciel t’aidera, qu’il réorganisa sur de nouvelles bases ; car il était dès lors en opposition avec ses anciens amis et jugeait que la lutte était à recommencer contre la dynastie nouvelle. L’énergie et l’intelligence politique dont il fit preuve dans ces circonstances augmentèrent sa popularité naissante, et, à la fin de 1831, il fut choisi comme député par les électeurs de l’Isère. Il avait à peine l’âge légal (trente ans).

À la Chambre, il alla s’asseoir à l’extrême gauche, et dès qu’il eut abordé la tribune, il se trouva porté naturellement à la tête de l’opposition républicaine, bien faible dans l’Assemblée, mais qui comptait au dehors de nombreuse adhérents. D’un autre côté, si les idées qu’il représentait n’excitaient parmi la plupart de ses collègues qu’une sorte de terreur, il conquit bientôt la considération par la sincérité de ses convictions et de son caractère, et la haute estime de ses adversaire^ politiques par la modération avec laquelhs il exposait-ses idées. Il eut le principal- rôle dans l’affaire du fameux Compte rendu de 1832, qui fut signé par quarante de ses collègues. Son rôle parlementaire grandit chaque jour au milieu des événements. L’insurrection de juin 1832, celle de 1834, furent pour lui l’occasion de luttes de tribune, dans lesquelles son sang-froid, sa finesse, sa vigueur et son habileté lui donnèrent souvent l’avantage sur un ministère triomphant, appuyé pur une majorité frémissante et passionnée. Aux accusations incessantes contre les sociétés secrètes, il répondit un jour avec un heureux à-propos que deux hommes éminents qui siégeaient là, sur les bancs ministériels, avaient fait partie, l’un, Guizot, de la société Aii !e-toi, le ciel t’aidera, l’autre, Barthe, d’une vente de carbonari. Dans les luttes parlementaires que suscita la fameuse coalition, il se prononça naturellement contre le ministère, mais sans entrer dans aucune des petites combinaisons des coteries qui se disputaient le pouvoir, et les jugeant toutes avec cette hauteur de vues, cette sagacité critique et cette raison supérieure qui caractérisaient son éloquence et son talent. On peut dire que ce fut lui qui fut un des principaux promoteurs du mouvement réformiste. Dès 1810, il en avait esquissé le programme le plus radical, en proclamant le suffrage universel.

Désintéressé dans les luttes de portefeuille, il n’en avait que plus d’autorité pour juger les acteurs du drame politique.

«Si vous êtes fier, disait-il au président du conseil des ministres, de diriger les affaires de votre pays, nous sommes fiers, nous qui ne voulons pas être autre chose, d’être appelés ici à les défendre. La révolution de Juillet

vous a fait puissant : elle nous a donné la parole. C’est peu de.chose que notre parole ; mais enfin nous avons mission de défendre nos idées, et pour nous c’est tout autant que pour vous l’honneur d’être président du cabinet

du 1er mars Pour moi, je ne recule pas

devant le titre de révolutionnaire ; et pourtant je ne pense pas que tout progrès ne puisse venir que par le moyen des révolutions. Ne croyez pas qu’il y ait dans cette Assemblée ni parti ni homme qui veuille à plaisir entasser dèbri3 sur débris. Ne croyez pas que nous soyons décidés, toutes les fois qu’il y aura un ministère nouveau, à le renverser sans le connaître et le juger. Non ; nous savons trop ce qu’il en coûte au pays par suite de ces changements funestes et trop multipliés. Nous savons le devoir que nous impose le mandat qui nous est conféré. Nous représentons ici des idées philosophiques et des idées pratiques. •

On sait aussi qu’il avait résumé le problème de la démocratie dans une phrase pittoresque souvent citée : Allonger les vestes sans raccourcir les habits.

Outre son rôle parlementaire, si court, mais si brillant, il eut une action marquée sur les élections, et notamment dans celle de 183», autant par sa popularité que par les relations étendues qu’il avait conservées comme ancien secrétaire de la société Aide-toi, le ciel t’aidera.

Quoique député de l’opposition extrême, il n’en exerçait pas moins, comme nous l’avons dit, une influence réelle Sur la Chambre, qui utilisait son aptitude aux affaires et ses connaissances spéciales. Nommé membre et rapfiorteur de plusieurs commissions, il émit sur a conversion des rentes, la Banque de France, 1a nécessité des coupures plus petites pour les billets, etc., des idées qui, depuis, ont été appliquées. Ce fut encore lui qui lit le rapport sur le chemin de fer de Rouen et sur les paquebots de la Méditerranée. Enfin il prit une part importante aux débats sur la question d’Orient (1840), et il se prononça énergiquement contre Vembastillement de Paris, que soutenait cependant le National, organe des républicains modérés.

Ce fut une de ses dernières luttes de tribune. Atteint dès l’enfance d’une maladie de poitrine, qui avait lentement, mais sûrement Tait son ujuvre, il s’éteignit dans toute la

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fleur de son talent, pleuré de la démocratie, honoré et regretté de tous les partis. Et c’est avec une grande justesse que Pagnerre a pu dire devant sa tombe : « Si l’homme politique a eu des adversaires, l’homme privé n’a pas eu d’ennemis. »

La popularité de Garnier-Pagès était universelle, et sa mort fut un deuil public. Ses funérailles eurent un éclat extraordinaire, et un peuple immense, gardes nationaux, jeunes gens, ouvriers, dépuiés, pairs de France, etc., raccompagnèrent dans un profond recueillement jusqu’à sa dernière demeure.

Outre ses discours à la Chambre, qui mériteraient d’être recueillis, il a. écrit une Introduction (inachevée) au Dictionnaire politique, publié par Pagnerre, ainsi qu’un certain nombre d’opuscules restés manuscrits, des proverbes politiques et satiriques, des éludes sur les philosophes anciens, etc. Il n’est pas douteux qu’un choix de ces écrits ne fût digne d’être mis sous les yeux du public.

Voici en quels termes Louis Blanc a apprécié le caractère et le talent de cet homme politique : « Garnier-Pagès se distinguait surtout par sa finesse, par sa pénétration, par sa prudence honnête et calme, par une habileté singulière à mettre aux prises les partis adverses, de manière à les ruiner l’un par l’autre, en obtenant l’estime et les applaudissements de chacun d’eux. Garnier-Pagès ne s’était pas laissé insensiblement gagner comme Armand Carre ! à la cause de la République : dès ses premiers pas dans la carrière des affaires, et même avant 1830, il s’était déclaré républicain. Sa jeunesse avait été laborieuse ; au sein d’une famille atteinte par d’honorables malheurs, il avait souffert beaucoup, et pour lui et pour un frère dont la destinée devait à jamais rester unie à la sienne, sous les lois de la plus touchante amitié.... Garnier-Pages apportait dans la carrière politique tout ce que l’adversité donne aux natures d’élite : l’habitude de l’observation, la sérénité dans la lutte, une saine appréciation des obstacles, la connaissance des hommes, le sens pratique des choses. Or, ces qualités sont précisément celles que réclame, dans le régime constitutionnel, l’exercice du poavoir ; elles auraient appelé au ministère un ambitieux en sousordre : elles ne servirent qu’à créer à Garnier-Pagès, dans l’opposition, un rôle important et original. Affable et insinuant, son esprit vif, sa simplicité, sa grâce familière, son langage, dont une naïveté de bon goût tempérait 1» malice, lui valurent bientôt dans le parlemeut une influence que semblait lui refuser d’avance la hardiesse solitaire de ses opinions. Il est’ certain qu’il possédait au plus haut degré l’art d’amener ses adversaires à l’aimer dans ses croyances. Quand il parlait à la Chambre, c’était sur tous les bancs une attention pleine de bienveillance. Et en effet, nul ne méritait mieux que lui d’être écouté. Tantôt dans un langage simple et facile, mais d’une admirable clarté, il traitait les plus obscures questions d’économie politique ou de finances ; tantôt, armé d’une éloquence agressive et fine, il déconcertait les ministres par des interpellations inattendues, humiliait la cour par des révélations dont chacun s’étonnait, châtiait les interrupteurs par la promptitude de ses reparties, et forçait toutes les factions d’une chambre monarchique à le désirer sur la brèche et à honorer en lui la République. Au milieu des préventions perfidement répandues contre l’opinion radicale parmi ceux qui la jugeaient sans la connaître, Garnier-Pagès eut été difficile à remplacer ; car il servait avec grâce un parti représenté comme farouche. Il se montrait ennemi de toute violence a des esprits pour qui l’idée de la république était inséparable de celle de l’échafaud, et il confondait par sa science des affaires ces prétendus hommes pratiques qui affectent de regarder comme de pures utopies tout ce qui s’élève au-dessus du. niveau de leur intelligence. ■

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dit), membre du gouvernement provisoire de 1848, frère utérin du précédent, né à Mar GARMER-PAGËS (Louis-Antoine Pagesi d • •

1848

seillé le 10 juillet 1803

Son père, Simon Pages, était un ancien professeur du collège de Sorrèzo. Sa mère avait été mariée en premières noces à un chirurgien de marine, M. Garnier, dont elle avait eu un fils. En grandissant, les deux jeunes gens voulurent resserrer leur fraternité enprenant chacun le nom de l’autre : telle est l’origine de ce double nom de Garnier-Pagès.

L’enfance et la jeunesse des deux frères se ’ passèrent au milieu de pénibles épreuves, par suite de revers de fortune. Enfin, M. Pages, admis à la retraite en 1815 avec le grade d’inspecteur d’académie, vint s’établir à Paris. Dès leurs études achevées, les deux jeunes gens durent chercher des ressources dans le travail, et bientôt ils eurent le malheur dé perdre leurs parents. Celui qui nous occupa ici devint en 1825 courtier de commerce à la Bourse de Paris. Les fonds nécessaires à l’achat de sa charge lui avaient été prêtés par des amis confiants. • Fais notre nom, avait-il dit à son frère, qui étudiait le droit ; moi je ferai la fortune. «Et dès lors, travaillant avec une ardeur nouvelle/il parvint à remplir la tâche qu’il s’était imposée, celle de subvenir à l’existence et bientôt d’entretenir le bienêtre de la petite famille. Tous deux s’étaient engagés de bonne heure dans le mouvement

libéral et prirent une part active a la révolution de juillet. Un an plus tard, l’aîné apparaissait aux premiers rangs sur la scène politique et, nommé député en 1831, commençait à parcourir cette carrière parlementaire où il allait acquérir, comme chef du parti radical, une si rapide et si brillante illustration. Pendant les dix années de cette existence si bien remplie, Garnier-Pagès le jeune demeura fidèle à sa tâche volontaire, à son rôle touchant de chef de famille et de providence des affaires intérieures. Son aîné avait dû renoncer à l’exercice de sa profession d’avocat pour remplir le mandat de député (qui ne donnait droit alors à aucune indemnité). Il mourut, comme on l’a vu ci-dessus, en 1841, en pleine gloire et en pleine popularité. Cette mort frappa Garnier-Pagès le jeune d’une douleur et d’un découragement profonds ; mais bientôt, choisi lui-même par le parti radical pour combler le grand vida que cette catastrophe avait fait dans les rangs de l’extrême gauche, il dut accepter le mandat des électeurs de Verneuil (Eure), qui l’envoyèrent à la Chambre des députés. Il était digne de cette succession, par son dévouement fraternel, par son culte pour une mémoire restée chère à la démocratie, aussi bien que par l’austérité de son caractère et de sa vie et la sincérité de ses convictions. Désormais il se livra tout entier à la politique et vendit sa charge en 1845, après vingt ans d’exercice, laissant dans les affaires une réputation de probité à laquelle ses ennemis les plus déclarés ont dû eux-mêmes rendre hommage.

À la Chambre, il n’aspira pas d’abord à reprendre le rôle de son frère dans les hautes questions politiques, et il s’occupa surtout des questions de commerce, .d’industrie et de finances. Il concourut à l’élaboration de la loi sur les sucres, en demandant l’abaissement des taxes et le nivellement des droits sur le sucre indigène et le sucre colonial ; il soutint le projet relatif à la conversion des rentes (rejeté par la Chambre des pairs). Lors de la discussion de l’adresse de 1844, il traita avec compétence la question de nos relations avec l’Espagne, qu’il était allé étudier dans ce pays. Un peu plus tard, il contraignit par ses interpellations le ministère à retirer l’autorisation de coter à la Bourse un nouvelle emprunt du roi d’Espagne Ferdinand "VII. Mais il se fit surtout remarquer dans les discussions relatives à l’établissement des chemins de fer, et contribua puissamment à faire réduire la durée des concessions et à empêcher ainsi l’État d’engager indéfiniment l’avenir. Réélu en 184G, il continua de remplir laborieusement et consciencieusement son mandat, fut un des promoteurs de la campagne des banquets réformistes, parut lui-même dans plusieurs banquets et prononça un grand nombre de discours, notamment à Montpellier, à Loudéac, etc. Enfin il fut, en 1848, un des députés qui persistèrent jusqu’au dernier moment dans la résolution d’assister au banquet du XII« arrondissement. Le 24 février, il fut acclamé maire de Pa| ris à l’hôtel de ville, efmembre du gouver-I nement provisoire à la Chambre des députés, malgré l’exclamation fameuse d’un des combattants : Il est mort, le bon ! Cette récrimi- ! nation était injuste : les deux Pages étaient I bons, c’est-à-dire sincères dans leurs convic| tions et dignes de représenter la démocratie. 1 Sans doute, M. Garnier-Pagès n’a pas les ca-I pacités brillantes de son frère ni son éloquence entraînante ; sans doute ses opinions I ont toujours été modérées ; mais dans les ma’ tieres dont il s’est fait une spécialité il n[en est pas moins fort capable et son caractère

est au-dessus de toute atteinte. I À partir de ce moment et jusqu’au gouver. nement de Cavaignac, la biographie de Gar- ! nier-Pugès se confond avec l’histoire géné-1 raie de la Révolution, puisqu’il participa, comme l’un des chefs de l’État, à tous les grands actes politiques de ce temps. On signalera seulement ici quelques-uns des faits qui se rattachent à son rôle individuel.

Le 5 mars, il accepta le ministère des finances, que Goudchaux refusait de conserver. La situation était des plus critiques : la monarchie avait laissé le tresoi- vide ; une panique générale tarissait les ressources du pays ; la Révolution avait à faire face à des charges immenses ; enfin de toutes parts l’industrie et le travail imploraient l’appui de l’État. Quelques-uns des financiers de l’ancien régime (notamment M. Achille Fould) proposaient hardiment la banqueroute. Le gouvernement provisoire ne voulut pas s’arrêter un seul instant à cette idée, non plus qu’au projet d’une émission de papier-monnaie, ni à celui d’un emprunt forcé, ni enfin à la confiscation des biens de la famille d’Orléans. Ce fut dans cette situation que Garnier-Pagès fit décréter le trop fumeux impôt des 45 centimes, qui porta un coup si funeste à la République. Un urticle spécial de ce Dictionnaire est consacré à cette mesure (v. centimes [impôt des 45]) ; nous n’avons donc pas à discuter ici cette question. Nous rappellerons seulement que M. Garnier-Pagès est demeuré convaincu, après vingt années, que cette contribution, dont les réactionnaires ont tant exploité l’impopularité, a sauvé laFianee de la banqueroute et que ce fut, comme il l’appelle, un impôt sauoeur. Nous ne sommes pas entièrement de son opinion : mais nous le répétons, ce sujet étant traité dans un autre

article, nous ne nous y arrêterons pas. Nous ferons simplement remarquer que, depuis, la France a subi, en matière d’impôt, bien d’autres exigences et d’autres aventures.

Signalons, par compensation des 45 centimes, divers dégrèvements accomplis ou préparés par le ministre des finances de la Ré publique, le cours forcé donné aux billets de la Banque de France, la création des coupures de 100 francs et plusieurs autres mesures utiles qui conjurèrent le danger d’une suspension de payement. C’est à ce moment aussi que furent décrétées la fusion des banques départementales aveéla Banque de France et la création des Comptoirs d’escompte et des Magasins généraux. Outre les délibérations du gouvernement provisoire et les travaux de son ministère, Garnier-Pagès avait encore, comme ses collègues, à haranguer souvent le peuple, à répondre aux innombrables députations qui se présentaient, et à pourvoir enfin par de promptes mesures aux nécessités sans cesse renaissantes de ces jours de crise. Son activité infatigable, que ne pouvait paralyser la délicatesse de sa santé, — sa parole chaleureuse, son caractère bienveillant et conciliateur lui avaient conquis l’estime de tous et même de ses adversaires. Ses opinions, peut-être un peu trop modérées, étaient celles de la majorité du gouvernement provisoire.

Lors des élections générales il fut nommé représentant du peuple à l’Assemblée constituante par les électeurs do Paris (par 240,000 suffrages). Il avait été également nommé, à la presque unanimité, par le département de l’Eure.

Le 9 mai, il soumit à l’Assemblée nationale le compte rendu de sa gestion financière, qui fut approuvé à l’unanimité ; et le 11 mai il était élu l’un des cinq membres de la commission exécutive, dont le gouvernement, comme où le sait, fut de courte durée, et qui fut remplacée lors des événements de juin par la dictature de Cavaignac. Garnier-Pagès reprit alors son siège à l’Assemblée, dans le3 rangs du parti républicain modéré, et lutta courageusement contre la réaction jusqu’à la fin de la Constituante.

L’impopularité des 45 centimes fut si bien exploitée contre lui, qu’il ne fut pas réélu à l’Assemblée législative.

Il vécut alors dans la retraite, occupé surtout à préparer l’histoire des grands événements auxquels il avait pris part, mais sans jamais cesser de s’occuper du progrès des idées démocratiques.’

En 1857, il fut porté comme candidat au Corps législatif, à Paris, par une fraction du parti démocratique ; distancé de plusieurs milliers de voix par son concurrent, M. Einilo Ollivier, il se retira au second tour de scrutin, afin d’empêcher le triomphe du candidat du gouvernement. Elu lui-même en 1864, il a fait depuis partie de cette opposition, faible par le nombre, mais puissante par l’énergie et le talent, qui luttait sans relâche pour obtenir la restitution de nos libertés légitimes. Au Corps législatif, il s’occupa plus particulièrement des questions de finances et de politique étrangère.

Aux élections de 18G9, les démocrates radicaux de sa circonscription lui opposèrent M. Raspail, qui eut la majorité relative au premier tour de scrutin. Celui-ci ayant été nommé à Lyon, un certain nombre de voix se déplacèrent, et M. Garnier-Pagès passa au second tour.

Lors de la mémorable journée du 4 septembre 1870, qui mit fin à l’empire, M. Garnier-Pagès fut un des huit députés délégués par la Chambre à l’hôtel de ville. Mais là venait d’être installé un gouvernement provisoire, et, en sa qualité de député de Paris, M. Garnier-Pagès fut désigné pour en faire partie. Le souvenir de l’impopularité qu’il s’était acquise dans les campagnes, en 1848, comme ministre des finances, empêcha ses collègues du gouvernement de la défense nationale de lui donner une place dans le ministère ; aussi ne joua-t-il qu’un rôle des plus effacés pendant le siège de Paris. Lors de l’insurrection du3loctobre, il futassezmaltraité par lesenvahisseurs de l’Hôtel de ville, d’où il sortit contusionné et très-souffrant. Lors des élections du 8 février 1871 pour l’Assemblée nationale, il se vit entièrement abandonné par le suffrage universel, comme ses collègues Crémieux et Glais-Bizoin, et il rentra alors dans la vie privée.

M. Garnier-Pagès a publié, en 1831 et 18G2, une Histoire de la Révolution de 1848, qui se compose de"8 volumes in-8<>, et qui embrasse tous les événements européens de février à mai 1848. C’est un récit fait, naturellement/au point de vue de l’opinion républicaine modérée, mais d’un haut intérêt historique et qui renferme dos renseignements et des documents précieux. Il continue en ce moment ce travail par une histoire de la commission executive, jusqu’aux malheureux événements de juin.

GARNIR v. a. ou tr. (gar-nir — Du germanique : ancien haut allemand warnàn, garnir, munir, prémunir ; anglo-saxon, warnian, islandais wamu, avoir soin ; ancien frison, vternia, garantir, préserver ; allemand moderne wurnen, prémunir, prévenir, avertir quelqu’un du danger qui le menace ; du radical vur, couvrir, protéger, défendre, avoir soin, prendre garde, qui est, aussi dans gar-