Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 8, part. 3, Frit-Gild.djvu/263

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tours du même genre, plus extraordinaires les uns que les autres, se suivent et émerveillent l’assemblée. Il prend ensuite sa gibecière ; il la montre aux spectateurs aussi vide que ses mains, qu’il tient ouvertes, et commande que l’or en sorte à grands flots ; puis il en tire des œufs d’ivoire, et enfin une poule vivante, dont la vue fait éclater les applaudissements.

« Le Vice s’avance et prend place, sans oublier les formalités ordinaires.

À mon tour, messieurs… Prenez, dit-il, ce miroir magique, il charmera sûrement vos yeux. » Le miroir passe (le main en main ; chai-un veut le consulter, et s’y voit avec complaisance. Le nouvel escamoteur s’adresse à un magistrat, : « Voyez, dit-il, ce billet de change. C’est un assez beau présent. Soufflez-le ; passe ! » Un cadenas ferme les lèvres du président. Un second souffle rompt le charme, et le cadenas disparaît.

Douze bouteilles de liqueurs, rangées sur une table, sont enlevées tout à coup, et, à leur place, on voit deux épées sanglantes. Il donne une bourse à un voleur. Celui-ci la serre et, ouvrant sa main, n’y trouve plus qu’une corde. « Tenez, dit-il à un courtisan, tenez bien cette baguette. » Le courtisan la saisit, et entre ses mains ne voit plus qu’une hache. Il pose un tronc d’église sur une table, Que quelqu’un souffle dessus, » dit-il. Un curé souffle ; le tronc disparaît, et un repas succulent iume au même endroit.

« Il prend un cornet, remue bien les dés, et l’argent de toutes les poches se rend dans sa bourse.

» Regardez cette miniature, dit-il à un jeune homme blême et décharné. Voyez cette bouche vermeille, cette taille, ce sein, ces yeux pleins de feu. Prenez ce portrait, la belle est à vous. » Celui-ci prend la miniature ; elle se transforme en une boite de pilules, et l’assemblée éclate de rire.

Un jeton mis dans la main d’un avare produit à sa voix 20 guinées. Il commande que cet or passe aux héritiers de l’avare, et les guinées redeviennent jetons.

« Une guinée entre ses mains prend successivement toutes sortes de figures, excepté celle de la charité, et rien de ce qu’on, y voit ou de ce que l’on en tire ne conserve sa première forme.

L’autre jongleur, désespéré, reconnaît humblement celui-ci pour son maître. « Votre adresse, lui dit-il, est incomparable, et je ne peux vous le disputer. Mais un usage continuel a perfectionné votre main : je ne trompe le peuple que de temps en temps ; vous, vous le trompez toujours, et à toutes les heures. »

Les œuvres complètes de Jean Gay n’ont jamais été réunies. Mme de Kéralio a traduit ses Fables en prose française (Paris, 1759). Parmi ses œuvres dramatiques, nous citerons : Trois heures après le mariage (1717, in-8°) ; les Captives (1724, in-8") ; Comment l’appelez-vous ? (1725, in-8°), traduit en français par Patus ; le Gueux, opéra (1728, in-S°), production bizarre et licencieuse qui eut un grand succès et fut traduite en français par A. Hallam (Londres, 1750, in-8°) ; Polly, pièce encore plus licencieuse que la précédente, et qui, pour cette raison, ne put être représentée (1729, in-8°) ; Achille, opéra (1733) ; la Répétition à Gotham, comédie (1754, in-S°), etc. Parmi ses poésies pastorales, où l’on trouve des détails pleins de grâce, nous mentionnerons : Amusements champêtres (1711) ; Diane, tragédie pastorale ; la Semaine du berger, recueil de six idylles (1714), etc. Gay a composé, en outre, un petit poëme intitulé l’Éventail ; un autre, Trivia ou l’Art de se promener dans les rues de Londres, une des plus agréables productions de Gay ; des épîtres, chansons, ballades, etc., publiées sous le titre de Miscellaneous works (Londres, 1774, 2 vol.). Gay fut l’ami de Pope et le compagnon de plaisir de la plupart des beaux esprits de son temps. Sur la fin de sa vie, il perdit une partie de la fortune qu’il avait amassée par ses écrits et fut recueilli par le duc et la duchesse de Queensberry, qui lui firent élever un monument à Westminster, où reposent ses cendres.

GAY (Joseph-Jean-Paul), architecte français, né à Lyon en 1775, mort dans cette ville en 1832. Il vint compléter à Paris ses études d’architecture, obtint plusieurs médailles dans les concours de l’école, entra en relations avec Denon, directeur des musées, qui le chargea de composer la médaille du sacre et de restaurer le sceptre qui passait pour avoir appartenu à Charlemagne. Gay s’aperçut, à une légende gothique, que ce sceptre, précieusement gardé à Saint-Denis, n était qu’un vieux bâton Je chantre. Il fit aussitôt part de sa découverte à Denon ; mais celui-ci se garda de laisser faire sur ce point la lumière ; il effaça la légende, et, comme par le passé, le bâton continua à être regardé comme le sceptre authentique du grand empereur des Francs. Lors de l’établissement de l’École des beaux-arts à Lyon, Gay y reçut une chaire d’architecture, et, vers la même époque, fut nommé architecte de cette ville. Parmi les édifices qu’il éleva à Lyon, nous citerons la Bulle au blé, le Musée de Saint-Pierre, le Bâtiment de la condition des soies, etc.

GAY (Marie-Françoise-Sophie Michault de Lavalette), femme de lettres, mère de Mme Émile de Girardin, née à Paris le 1er juillet 1776, morte dans la même ville le 5 mars 1832. « Son père, dit M. Th. Gautier, homme de goût et de fine culture intellectuelle (c’était un financier attaché à la maison de Monsieur, depuis Louis XVIII), comme pour lui donner le baptême de l’esprit, la fit embrasser à l’âge de deux ans par le vieux Voltaire, momifié dans sa gloire. Il semble que le vieillard de Ferney, approchant ses rides sarcastiques des joues roses de la jeune fille, lui ait inoculé par ce baiser la lucide raillerie, le tour enjoué et libre, la raison pétillante qui firent distinguer la femme jusqu’au bout de sa carrière. » Sa mère, d’une beauté remarquable, ressemblait, dit-on, à Mme de Parny, plus connue sous le nom de Mlle Contat ; elle s’appelait d’un nom illustre dans l’histoire de l’Église, Francesca Peretti. C’est ce qui fit dire un jour à Delphine Gay, devenue Mme de Girardin, devant des gens infatués de leur noblesse et qui vantaient sans cesse leurs aïeux : « Moi aussi, qui ne déploie pas ma généalogie, j’ai un ancêtre. — Et lequel ? — Un gardeur de cochons, Félix Peretti. — Sixte-Quint ? — Précisément. » Et l’on ne parla plus d’aïeux ce jour-là.

On dit que, tout enfant, Sophie se faisait remarquer par sa grâce, la précocité de son intelligence et la vivacité de ses reparties. Mais, comme toujours on a voulu trouver des choses merveilleuses dans l’enfance de ceux qui devaient plus tard se distinguer par des actions éclatantes ou s’immortaliser par des œuvres sublimes, depuis Hercule, qui, au berceau, étouffe un serpent, et Platon, sur les lèvres enfantines duquel viennent se poser des abeilles, jusqu’à Mirabeau et Napoléon, le premier tribun à huit ans, et le second homme d’État à dix, nous laissons la responsabilité de l’anecdote suivante à M. Sainte-Beuve qui la raconte : « À l’une des cérémonies qui accompagnèrent sa première communion, comme elle était en voilette et avec une robe longue et traînante qui l’embarrassait et qu’elle se retournait souvent pour la rejeter en arrière, une de ses compagnes lui dit : « Cette Sophie est ennuyeuse avec sa tête et sa queue. — Toi, ça ne te gênera pas, répondit-elle, car tu n’as ni queue ni ni tête. »

L’espiègle et charmante enfant fut mariée toute jeune à M. Liottier, un financier, et fit son entrée dans le monde sous le Directoire. Certes, le temps était peu favorable aux choses de l’art et à l’imagination. La littérature, comme tout le reste, était en tutelle sous la main de fer du maître. Il y avait un draine dans chaque existence, un roman dans chaque fortune, un héros dans chaque homme. Mais personne ne songeait à écrire ce roman ou ce drame, à peindre ce héros. Quant au passé, pourquoi l’évoquer ? L’épopée était partout. Le présent était plein de grandes choses ; mais si quelqu’un prend la plume, c’est pour se modeler sur les Grecs et les Romains. Alors fleurit l’école des classiques de la décadence, alors paraissent les imitateurs des imitateurs. Deux noms cependant resplendissent au milieu de cette cohue de byzantins et d’auteurs stipendiés : ce sont les noms de Chateaubriand et de Mme de Staël. Cette dernière venait de publier Delphine, livre plein de sensibilité et de passion, de profondeur et d’éloquence, moins beau que Corinne, mais d’un style peut-être plus gracieux, plus charmant, d’une forme plus suave. Le talent de l’auteur était nié pourtant, au moins contesté par quelques-uns. Les uns trouvaient Delphine un roman ennuyeusement métaphysique ; les autres n’y voyaient que des personnalités. Mme Liottier prend la plume et, le masque baissé, entre en lice pour défendre cette grande gloire, de qui Chateaubriand, son rival, a dit quand elle s’est éteinte : « On ne saurait trop déplorer la fin prématurée de Mme de Staël ; son talent croissait, son style s’épurait ; à mesure que la jeunesse pesait moins sur sa vie, sa pensée se dégageait de son enveloppe et prenait plus d’immortalité. »

Ce premier pas fait, Mme Liottier publia dans la même année (1802) une œuvre d’imagination, Laure d’Estell, qui lui fournit l’occasion de développer ses opinions littéraires et politiques, de proclamer ses antipathies et ses amitiés, en mettant en scène, sous des noms supposés, Mme de Genlis, à laquelle elle donne le mauvais rôle, et, en opposition, Mme de Staël et Mme de Flahaut. D’après M. Sainte-Beuve, ce roman de Laure d’Estell n’aurait été écrit et publié par Sophie que pour venir au secours d’un oncle et d’une tante, M. et Mme B… de L…, qui se trouvaient sans ressources au retour de l’émigration.

En 1799, six ans après son mariage, Mme Liottier divorça pour épouser M. Gay, devenu, sous l’Empire, receveur général du département de la Roer, et qui comptait alors au nombre de ses amis Alexandre Duval, Picard, Lemercier, le vicomte de Ségur et Mme de Flahaut.

Obligée de suivre son mari à Aix-la-Chapelle, elle trouva moyen de s’y composer une petite cour spirituelle, charmante, un petit hôtel de Rambouillet. Lorsque le duc de Bassano passa à Aix, à la suite de son maître, il alla loger chez M. Gay, le receveur général. Ce laborieux commis de l’empereur, après quelques instants de conversation dans le salon de son hôte, rentrait chez lui pour travailler. Mais « lorsque vers deux heures du matin, dit Mme Gay, après en avoir donné trois ou quatre au travail, il entendait encore parler dans mon salon, nous voyions s’entr’ouvrir la porte de son cabinet, et il nous demandait s’il n’était pas trop tard pour qu’il vînt causer avec nous. Il me surprenait alors au milieu de ce qu’il appelait mon état-major : c’était un cercle de bons rieurs, de causeurs spirituels, d’artistes, où les aides de camp étaient en majorité. »

C’est à Aix-la-Chapelle que Sophie connut la princesse Borghèse et devint son amie. On raconte que Napoléon, ayant rencontré Mme Gay dans un salon de cette ville, l’aborda brusquement en lui disant : « On vous a dit que je n’aimais pas les femmes d’esprit ? — Oui, sire, mais je ne l’ai pas cru, » répondit la jeune femme sans se déconcerter. L’empereur, qu’il s’adressât à un homme ou à une femme, voulait à tout prix avoir le dernier mot. « Vous écrivez ? continua-t-il, qu’avez-vous fait depuis que vous êtes ici ? — Trois enfants, sire. » L’empereur fut obligé de sourire. Un des trois enfants dont parlait Mme Gay devait être un jour Mme Émile de Girardin. Elle en eut en tout cinq, dont une fille, née de son premier mariage, devint la comtesse de Canclaux ; une autre épousa le comte O’Donnel ; la quatrième, Mme Garre, habite encore aujourd’hui Paris et s’occupe d’enseignement. Enfin, le seul fils qu’elle ait eu fut tué en Algérie, au siége de Constantine. Sophie resta dix ans à Aix-la-Chapelle ; mais elle était trop Parisienne pour ne pas regretter, au milieu de cette ville pleine des souvenirs du grand empire carlovingien, le petit ruisseau de la rue du Bac. Elle allait donc quelquefois à Paris, où toutes les célébrités de l’époque se pressaient autour d’elle ; c’étaient, avec ceux que nous avons déjà nommés, le chevalier de Boufflers, Méhul, qui lui donnait des leçons de musique. L’élève, du reste, ne fut pas trop indigne du maître. Plus d’un parmi nous se souvient d’avoir entendu fredonner par sa grand’mère quelque romance, musique et paroles de Mme Gay ; celle-ci, par exemple, qui a pour titre : Alœris, et dont la vogue fut si grande :

    Mais d’où me vient tant de langueur ?
  Qui peut causer le chagrin que j’ignore ?

· · · · · · · · · ·

    Quoi ! ces bosquets, ces prés fleuris,
  Dont j’aimais tant la fraîcheur, le silence,
    Ces chants d’amour, de jeux suivis,
  Tous ces plaisirs n’étaient que sa présence !

Mais elle ne s’en tient pas aux bouquets à Chloris, aux romances sentimentales si fort à la mode de son temps. Elle veut tenter une seconde épreuve dans le roman et publie Léonie de Montbreuse, » ce roman gracieux, dit Sainte-Beuve, où il n’entre rien que de choisi, où elle a seine de fines observations de société et de cœur, où elle s’est montrée une digne émule des Riccoboni et des Souza. »

Après Léonie de Montbreuse, publié en 1813, Mme Sophie Gay fit paraître, en 1815, Anatole, dont la donnée est un peu plus romanesque que celle du roman précédent. On y voit une jeune fille du grand monde qui aime un muet et qui, pour lui dire : « Je vous aime, » apprend la langue de l’abbé de l’Épée. Le troisième, publié en 1818, a pour titre : les Malheurs d’un amant heureux, et peint avec une vérité saisissante la société du Directoire où Sophie Gay, entre Mme Tastu et Mme Desbordes-Valmore, brilla du plus vif éclat par son esprit et sa beauté ; on voit se coudoyer en ce livre Mme Tallien et Daunon, Mme de Beauharnais et Garat, enfin tous les hommes et toutes les femmes illustres qui se donnaient rendez-vous dans les salons de notre auteur comme aux concerts Feydeau.

Mme Sophie Gay a publié encore, en 1830, le Moqueur amoureux ; en 1832, Un mariage sous l’Empire ; en 1834, la Duchesse de Châteauroux, etc. Elle aimait beaucoup le théâtre et jouait volontiers elle-même la comédie. Elle a laissé quelques opéras-comiques et quelques comédies, dont une, le Marquis de Pomenars, jouée en 1820, restera au répertoire.

Cependant, malgré le grand nombre d’ouvrages que nous a laissés Mme Gay, sa réputation de femme d’esprit dépassera toujours sa renommée d’écrivain. Elle n’était point une femme savante dans l’acception méchante que lui a donnée Molière, et elle aurait su, en vérité, distinguer un pourpoint d’avec un haut-de-chausses ; elle n’était point une précieuse non plus. Afin qu’on ne se la figure pas telle, montrons-la dans son intérieur, en pantoufles, en déshabillé, entourée de sa famille et de ses amis. « Mme Gay, dit Sainte-Beuve, était bien autre chose qu’une personne qui écrivait ; c’était une femme qui vivait, qui causait, qui prenait part à toutes les vogues du monde depuis plus de cinquante ans, qui y mettait du sien jusqu’à la dernière heure. Personne éminemment sociable, si elle menait de front trop de goûts à la fois, et qui même se nuisaient entre eux, on doit dire qu’elle ne sacrifiait jamais le goût de l’esprit ; elle en avait en elle un fonds qu’elle n’épuisa jamais. Il était impossible qu’une conversation dont elle était tombât dans le nul ou dans le commun ; toujours elle la relevait par une saillie, une gaieté, un trait d’ironie ou de satire, ou même un mot d’une douce philosophie. Vers la fin, elle promettait quelquefois à ses amis qu’elle irait mourir chez eux : « Je ne veux pas que cette demoiselle, disait-elle de la Mort, me trouve seule. » Ne lui demandez pas dans ses jugements cet esprit de justesse et d’impartialité qui prend sa mesure dans les choses mêmes et qui rend à chacun ce qui lui est dû. Elle était femme en ce point, et des plus femmes ; elle aimait ses amis et les défendait et brisait des lances pour eux à l’aventure. Quand elle vous aimait, me dit l’un de ceux qui l’ont connue le mieux, elle vous trouvait des vertus inattendues ; de même que, quand elle ne vous aimait pas, elle vous aurait nié des mérites incontestables. Pourtant, ses inimitiés ne tenaient pas ; son esprit de coterie n’était point exclusif ; elle était toujours prête à élargir le cercle plutôt qu’à le restreindre. Elle aimait la gaieté, la jeunesse, les gens d’esprit et ceux qui ont le collier franc. Sa parole, plus forte et plus drue quand elle causait que quand elle écrivait, rappelait parfois le tempérament de certaines femmes de Molière, bien qu’il s’y mêlât plus d’un trait de la langue de Marivaux.

Elle n’était point fatigante de marivaudage pourtant. Que vous dirai-je ? elle avait des aperçus, des idées, et cela sans jamais prétendre, comme beaucoup de femmes, refaire le monde ; elle n’aurait voulu refaire que le monde de son beau temps et de sa jeunesse. Et encore, bien souvent, elle n’y songeait pas ; elle acceptait le présent avec émulation, avec philosophie, et les plus jolis vers qu’on a d’elle sont ceux qu’elle a faits sur le Bonheur d’être vieille.

« Chez elle, me disent ceux qui ont eu l’honneur de la voir habituellement, elle était très-aimable, et plus que dans le monde ; elle y avait tout son esprit et, de plus, celui des personnes qu’elle recevait. Elle les faisait valoir avec une sorte de grâce familière et brusque, qui n’excluait pas un souvenir d’élégance.

Sa vanité n’était point pour elle ni pour ses ouvrages ; elle ne la mettait que dans le succès de ses proches, de ses entours. Quant à elle-même, qui avait tant produit, elle n’avait point d’amour-propre d’auteur : ce n’était qu’un amateur qui avait beaucoup écrit.

« Le monde était pour elle un théâtre et comme un champ d’honneur dont elle ne pouvait se séparer ; elle était infatigable à causer, à veiller, à vouloir vivre. Un jour, ou plutôt une nuit, comme les bougies s’étaient plusieurs fois renouvelées et qu’elle sonnait pour en demander d’autres, le valet de chambre qui était à son service, familier comme les anciens domestiques, alla à la fenêtre, ouvrit brusquement les volets, et le soleil du matin entrant : « Vous voulez des lumières, dit-il, en voilà ! »

« Ce petit nombre de traits, qu’on pourrait multiplier, font assez voir à quel point Mme Sophie Gay était une personne de vigueur et de nature, une de celles qui payèrent le plus constamment leur écot d’esprit, argent comptant, à la société. Ce qu’il faut ajouter pour corriger ce que l’expression paraîtrait avoir de trop énergique, c’est que quelqu’un qui voudrait faire un livre intitulé : l’Esprit de Mme Sophie Gay, n’aurait qu’à bien choisir, pour le composer d’une suite de bonnes remarques sur le monde et sur les sentiments, d’observations à la fois fines, délicates, naturelles et bien dites. »

Mme Sophie Gay a passé les dernières années de sa vie à Versailles. Mais dans cette grande ville silencieuse, la « demoiselle » ne l’a pas trouvée seule. Comme à Aix-la-Chapelle, comme à Paris, elle avait su réunir autour d’elle un petit cénacle, se faire une petite cour d’amis fidèles et spirituels ; nommons seulement l’auteur au stylo léger et facile des Études françaises et étrangères, Émile Deschamps. C’est au milieu d’eux que celle dont nous venons d’esquisser la vie et les travaux mourut, le 5 mars 1852, âgée de soixante-seize ans.

GAY (Delphine), célèbre femme de lettres et poëte française. V. Girardin (Mme Émile de).}}


GAY (Jacques-Étienne), botaniste français, né dans le canton de Vaud vers 1785, mort en 1864. Il vint s’établir en France, où il se fit naturaliser, et fut attaché, en 1814, au secrétariat de la Chambre des pairs. M. Gay réunit des herbiers considérables et publia un assez grand nombre de travaux sur la botanique, dans les Annales des sciences naturelles, dans les Mémoires du Muséum d’histoire naturelle, etc. Nous citerons notamment ; Monographie de la tribu des lasiopétalées (1821) ; Notice sur une nouvelle espèce de chêne français (1857) ; Recherches sur les caractères de la végétation du fraisier et sur la distribution géographique de ses espèces (1858), etc.

GAY (Claude), botaniste et voyageur français, né à Draguignan en 1800. Il se rendit à Paris, s’y livra à l’étude des sciences naturelles, de la botanique, de la zoologie, de la géologie, etc., parcourut ensuite la Grèce, l’Asie Mineure, une partie de l’Orient, et partit, en 1828, pour le Chili, afin d’étudier à fond la flore si riche de ce pays. De retour à Paris en 1832, il prépara une nouvelle expédition pour poursuivre ses explorations sur une plus vaste échelle et avec des instruments météorologiques et outres. Bientôt après, il reprit la route du Brésil, y fit, pendant onze ans, des observations aussi nom